Hantavirus : « C’est surtout une épidémie médiatique », rassure l’infectiologue Benjamin Rossi

Invité de notre matinale, l’infectiologue Benjamin Rossi a jugé que l’épidémie d’hantavirus était surtout médiatique. Il a rappelé que des cas étaient observés tous les ans en Argentine sans créer d’épidémies, et que ce virus était peu contagieux. D’après lui, la situation est inquiétante pour les gens présents sur le bateau « Hondius », sans risque de propagation à l’international.
Louis Mollier-Sabet

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Où en est la propagation de l’hantavirus ?

On a plutôt affaire à une histoire triste. Une personne se retrouve infectée et confinée sur un bateau avec 150 personnes pendant un mois. Forcément, il y a des cas secondaires de gens qui ont été confinés aussi longtemps avec cette personne malade. On est sur une contamination contrôlée.

L’hantavirus des Andes, on le connaît depuis les années 1990, il y a régulièrement des cas là-bas, notamment en Argentine. C’est un virus très grave mais très peu contagieux, même dans des zones densément peuplées. Ce sont pour d’éventuels autres cas au sein des personnes confinées sur le bateau que je m’inquiète, pas sur une propagation de cette maladie à l’international.

Quels sont les symptômes ?

La plupart des virus ont toujours des symptômes aspécifiques au départ (fièvre, myalgies, mal à la tête). Dans cette forme sud-américaine, on a rapidement une évolution vers des problèmes respiratoires ou cardiaques, avec une aggravation assez brutale, des difficultés d’oxygénation.

L’hantavirus entraîne des lésions au niveau des bronches et ça gêne notre capacité à respirer. C’était donc important que les patients du bateau soient débarqués pour être soignés. Il y a beaucoup de maladies qui peuvent donner ce type de symptômes. Je sais que tout le monde transpose l’expérience du covid, mais à l’hôpital on voit ce genre de choses souvent.

Dans quelles conditions peut-on guérir de ce virus ?

Avec un taux de mortalité de 30 %, cela veut dire que les gens qui sont infectés ne meurent pas forcément, et même qu’une majorité de gens guérissent. Avec des soins de support, de l’oxygène, de la ventilation, on peut passer ce cap et parfois on n’en a même pas besoin. Sur les éléments dont on dispose, les gens qui ont guéri vont très bien. La plus grosse épidémie jusqu’alors était de 35 cas en 2018 : la personne contaminée au départ va très bien aujourd’hui.

En Argentine, ils ont des cas tous les ans. Leur taux de mortalité fluctue entre 20 et 30 %. Comme dans toutes les pathologies, si vous êtes plus âgé, si vous avez des baisses d’immunité liées à des médicaments ou à des maladies, vous avez plus de risques de décès.

On n’a pas assez de patients pour avoir des statistiques solides et avoir des taux de mortalité différenciés par âge ou par condition, mais schématiquement, si vous êtes plus fragiles le taux de mortalité augmente (plutôt 40-50 %), sinon il baisse (10-20 %) et la moyenne est autour de 30 %.

Comment se propage ce virus ?

Cela se fait principalement en contact avec les rongeurs. La contamination interhumaine nécessite des contacts prolongés et d’être dans une même pièce à moins de 2 mètres. Manger ensemble pendant plusieurs heures par exemple, cela ne se fait pas avec des gens que vous croisez.

Pour vous dire à quel point ce virus est peu contagieux, on a mis énormément de temps à découvrir qu’il pouvait y avoir des transmissions interhumaines. Lors de cette fameuse épidémie de 35 cas en 2018, la première personne contaminée a fait une fête avec une centaine de personnes, lors de laquelle elle a contaminé cinq personnes. Ces cinq personnes ont ensuite contaminé des gens dans leurs familles et ça a ensuite fait 35 cas. Mais la majorité des gens présents à cette fête n’ont pas été contaminés.

Dans le cas présent, une personne malade s’est trouvée confinée pendant un mois avec 150 personnes et en a infecté une dizaine, alors qu’on était dans un milieu très contraignant. On n’a pas eu de diffusion de cas dans le port d’Ushuaia ou dans les aéroports. Il est très peu probable que les gens dans l’avion soient de réels cas contacts.

Vu qu’il y a très peu de cas, ce sont des études qui sont assez faibles scientifiquement, mais on pense que les gens qui ne sont pas symptomatiques ne sont pas contagieux. On commence à être contagieux après l’apparition de symptômes

Était-ce prendre un risque de rapatrier les personnes confinées sur le bateau avant la fin de la période d’incubation ?

La peur fait arrêter les gens de réfléchir. Une personne est tombée malade sur un bateau et est décédée, ensuite il y a eu des cas à bord. D’abord il faut leur donner des soins, ensuite il faut casser les chaînes de contamination sur le bateau. Je n’ai pas peur du rapatriement de ces gens, on parle d’un virus très peu contagieux.

La peur nous fait oublier notre rôle d’être humain. Il y a des personnes malades, il faut les prendre en charge, on n’est pas du tout dans le cadre d’une pandémie mondiale. Le fait qu’on ne connaisse pas beaucoup de choses sur ce virus, alors qu’il existe depuis si longtemps, devrait plutôt nous faire dire que ce n’est pas si inquiétant. Ce virus n’a pas créé de grosses épidémies là où il a infecté des gens. Il y a des cas en Argentine tous les ans.

Est-ce que l’hôpital est prêt à faire face ?

On est plus sur une épidémie médiatique. On transpose tout ce qu’on a vécu pendant le covid à un épisode tragique, mais circonscrit. Le virus va donner très peu de cas, les gens contaminés vont être très suivis.

Est-ce qu’on a suffisamment de moyens à l’hôpital de manière générale pour pouvoir prendre en charge toutes les pathologies des Françaises et des Français ? La réponse est non. Mais sur le hantavirus, on est encore une fois sur un virus qui n’a touché que des gens confinés dans un bateau avec des gens malades.

Dans mon hôpital, on n’a plus de diabétologie : les gens se font amputer et ont davantage de chance de mourir du diabète que de l’hantavirus. Si on arrêtait de communiquer là-dessus et que l’on donne des moyens aux hôpitaux, ça serait peut-être plus intéressant. Je ne sais pas si on a tiré tous les enseignements du covid, mais la situation actuelle n’a rien à voir avec le covid.

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