Harcèlement: l’Assemblée muscle sa réponse interne
Travail de nuit, promiscuité, relation de pouvoir... Face à des conditions propices au harcèlement moral ou sexuel, l'Assemblée...

Harcèlement: l’Assemblée muscle sa réponse interne

Travail de nuit, promiscuité, relation de pouvoir... Face à des conditions propices au harcèlement moral ou sexuel, l'Assemblée...
Public Sénat

Par Charlotte HILL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Travail de nuit, promiscuité, relation de pouvoir... Face à des conditions propices au harcèlement moral ou sexuel, l'Assemblée nationale renforce son dispositif interne. Mais deux ans après #MeToo, les collaborateurs s'alarment de situations encore "nombreuses et préoccupantes" au sein de l'institution.

"Un cas de harcèlement c'est déjà trop, il faut que ça s'arrête" prévient d'emblée Brayen Sooranna, représentant CFDT des quelque 2.000 "petites mains" qui assistent les élus du Palais Bourbon, sur place ou en circonscription.

Les plaintes sont rares. Mais la presse se fait régulièrement l'écho de procédures aux prud'hommes à l'encontre de députés (la LFI Muriel Ressiguier dernièrement). Des accusations démenties à chaque fois par les intéressés, certains portant plainte pour "dénonciation calomnieuse", comme Pierre Cabaré (LREM).

Il n'existe pas d'état des lieux du harcèlement à l'Assemblée, mais la déontologue avait indiqué début 2019 avoir en moyenne deux rendez-vous par mois avec des personnes se disant victimes, principalement de harcèlement moral.

Depuis 2013, cette personnalité indépendante a en sus de ses attributions (conflits d'intérêts, contrôle des frais de mandat...) une mission de lutte anti-harcèlement, avec un "référent".

Au vu d'un dispositif "insuffisant" de son propre aveu, et après des alertes répétées, une cellule "de prévention et d'accompagnement", avec un médecin, un psychologue et un juriste spécialisé est lancée en janvier, conformément à un vote des députés au printemps. En accord avec la victime, la cellule pourra transmettre son analyse à la déontologue.

En matière de harcèlement sexuel, Mathilde Julié-Viot, du collectif "Chair collaboratrice", qui avait dénoncé fin mars la persistance de ces phénomènes, estime que les choses n'ont pas évolué en dépit de la vague #MeToo: "messages à connotation sexuelle" et agressions "comme des mains aux fesses" restent d'actualité.

Des harceleurs sont même "promus ou maintenus", s'offusque la collaboratrice. "Je ne vois aucun mec grillé!", s'étonne-t-elle auprès de l'AFP, alors que "dès qu'une femme bouge un cil, il y a une plainte".

- "Toxique" -

Astrid Morne (UNSA-USCP) évoque "une constante malheureuse" en matière de harcèlement sexuel tandis que le harcèlement moral a, selon elle, "explosé sous cette législature", plusieurs groupes étant concernés.

De février 2018 à octobre 2019, "34% des collaborateurs sont partis", souligne un autre responsable syndical.

Dans la majorité, on renvoie certains conflits député-collaborateur à un enjeu de "compétences" et de "compréhension" de la fonction.

Un jeune collaborateur raconte à l'AFP avoir subi un processus "toxique": ce sont des "petites remarques", puis "on vous rabaisse" et ensuite viennent des "brimades en public"... aboutissant à une "perte de confiance".

"Ceux qui font la loi ne la respectent même pas" et la "seule échappatoire est de partir et baisser la tête" face à un supérieur hiérarchique qui a "droit de vie ou de mort sur votre contrat de travail".

Les syndicats déplorent un certain manque d'allant au plus haut niveau de l'institution, qui n'est pas employeur des députés. Ils espèrent que la nouvelle cellule ne sera pas "de l'affichage", déplorant ne pas y être associés.

"Deux points essentiels" manquent, affirme en outre Gonzague de Chantérac (CFTC Parlement): le lien avec l'inspection du travail qui ne peut pas intervenir à l'Assemblée et la capacité de saisir la justice.

"Si c'est une marche supplémentaire pour atteindre la déontologue (...) c'est décevant", abonde Mathilde Julié-Viot.

La Fondation Jean Jaurès a épinglé l'Assemblée mi-décembre pour la "lenteur" de sa réponse, soulignant que l'institution "ne paraît pas déterminée" à des sanctions en interne, contrairement au Parlement européen et au Sénat.

"On privilégie le droit commun avec une saisine de la justice plutôt que des petits accommodements pour régler en interne des sujets de nature pénale", rétorque l'entourage du président de l'Assemblée Richard Ferrand (LREM). Et de souligner que la cellule, "parfaitement indépendante", pourra aider les potentielles victimes à porter plainte.

Le député LFI Michel Larive, qui a présidé un groupe de travail consacré notamment à ces questions, pousse - comme les syndicats - pour une meilleure formation des députés-employeurs. Il note une volonté des députés "d'essayer de réagir". "Pas d'omerta", plaident des élus de divers bords.

Partager cet article

Dans la même thématique

High school students and Yellow Vests mobilisation in Paris
10min

Politique

Violences du 17 octobre : au Sénat, l’heure des comptes pour le gouvernement

Au lendemain des violences en marge des manifestations du 17 octobre, plusieurs sénateurs veulent que la Haute Assemblée prenne la main. Une demande de commission d’enquête et un débat au titre de l’article 50-1 sont déjà sur la table. À gauche comme à droite, on réclame des comptes sur les approximations. Mais les diagnostics divergent.

Le

Harcèlement: l’Assemblée muscle sa réponse interne
3min

Politique

« Scroller sur son téléphone tue l’empathie, on est anesthésié », Tina Kieffer

Journaliste de renom passée par « Frou Frou » et les rédactions engagées de « Marie Claire » et « DS Magazine », elle a mis l’engagement humanitaire au cœur de sa vie après la rencontre bouleversante d’une petite fille cambodgienne. Une petite fille qui deviendra sa fille adoptive et qui donnera son nom à l’école « Happy Chandara ». L’établissement fête cette année ses 20 ans, il est aujourd’hui un campus et il forme des milliers de filles, petites et grandes, qui participent activement à la reconstruction d’un pays meurtri par le génocide et la dictature des Khmers rouges. Cette semaine, Tina Kieffer est l’invitée de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

Harcèlement: l’Assemblée muscle sa réponse interne
3min

Politique

« Soit je quittais l’Afghanistan, soit j’étais morte » : le récit bouleversant de la fuite de cette para-athlète de son pays

Désormais, Zakia Khudadadi concourt sous les couleurs de la France. Un épilogue heureux pour cette championne de para-taekwondo qui a fui son pays en 2021 lors de la prise de pouvoir des talibans. Un récit émouvant, ainsi qu’un combat personnel mené aussi bien sur les tapis que dans la vie, qu’elle raconte au micro de Caroline Delage dans Sport etc… sur Public Sénat.

Le