Hauts fonctionnaires : que les (très) gros salaires lèvent le doigt
Invités de l’émission « On va plus loin », le grand reporter Vincent Jauvert et la directrice générale de l’association des anciens élèves de Sciences Po, Anne-Sophie Beauvais, débattent du pouvoir de certains hauts fonctionnaires français.

Hauts fonctionnaires : que les (très) gros salaires lèvent le doigt

Invités de l’émission « On va plus loin », le grand reporter Vincent Jauvert et la directrice générale de l’association des anciens élèves de Sciences Po, Anne-Sophie Beauvais, débattent du pouvoir de certains hauts fonctionnaires français.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Avec son livre « Les intouchables de l’État. Bienvenue en Macronie » (éditions Robert Laffont), Vincent Jauvert, grand reporter à l’Obs, met le doigt là où ça fait mal : « Je me suis intéressé à la rémunération des hauts fonctionnaires parce qu’elle est secrète, à la différence d’autres pays » explique-t-il sur le plateau d’ « On va plus loin ». « Plusieurs personnes, qui étaient désespérées de ce fait-là, m’ont donné des notes secrètes, comme un peu le code nucléaire, sur (…) les hautes rémunérations à Bercy, qui sont au-delà de 150 000 euros par an. C'est-à-dire le salaire du chef de l’État. Il y en a 150. Mais aussi une note encore plus secrète, [destinée] à François hollande, sur ceux qui gagnent encore plus que lui, dans l’ensemble de la fonction publique, qui recense à peu près 600 [fonctionnaires] (…) Ce qui me semble aberrant, et je ne suis pas le seul à le penser, c’est que ce soit secret » dit-il.

Face à lui, Anne-Sophie Beauvais, directrice générale de l’association des anciens élèves de Sciences Po et rédactrice en chef du magazine Émile, estime que son livre est « très à charge » : » On n’a qu’un prisme pour regarder la haute fonction publique (…) Vous énumérez des cas de personnes, les uns derrière les autres. Donc quand on referme ce livre, il y a peu de nuances. Des nuances, moi, je peux en apporter quelques-unes. D’abord, ces rémunérations touchent peu de monde. On a cinq millions de fonctionnaires. Dans ces fonctionnaires, on doit avoir 15 000, 20 000 hauts fonctionnaires. Et on parle de 600 personnes. Donc il faut relativiser un petit peu. »

En novembre 2016, dans son livre « Révolution », le candidat Macron fustigeait « ces hauts fonctionnaires qui se sont constitués en caste » et ajoutait : « Il faut en finir avec leur protection hors du temps ».

« On commence à voir une concrétisation de ce qu’il pensait » assure Anne-Sophie Beauvais : « Sa philosophie est assez simple. Il veut casser les rentes et il l’a dit de manière extrêmement claire pendant sa campagne. Moi, je l’ai entendu même s’exprimer devant les étudiants de Sciences Po alors qu’il n’était encore que ministre de l’économie, de cette façon-là : « Il faut briser les rentes, ne pas laisser les gens s’installer dans des castes » ».

Et s’adressant à Vincent Jauvert : « Votre livre (…) pose ces vraies bonnes questions : la transparence des salaires (…), le fait d’avoir un statut à vie, c'est-à-dire (…) d’avoir quoiqu’il arrive, même si on part dans le privé, la garantie de revenir (…), renforcer tous les garde-fous déontologiques, éthiques, pour éviter les conflits d’intérêts (…) Simplement il faut aller les chercher dans une énumération très à charge. »

 

Face aux déclarations d’Emmanuel Macron, Vincent Jauvert est, lui, beaucoup plus réservé : « Effectivement, Monsieur Macron dit que les hauts fonctionnaires constituent une caste bénéficiant de privilèges hors du temps.  Mais dans la pratique, pour l’instant (…), il a sélectionné des gens autour de lui, qui en font partie totalement. Que ce soit son secrétaire général de l’Elysée, son Premier ministre, sa ministre des armées etc. tous sont issus des grands corps, tous on fait des allers-retours dans le privé. »

Dans son ouvrage, le grand reporter à l’Obs évoque également les risques de conflits d’intérêts. Notamment lorsque de « hauts fonctionnaires de Bercy deviennent des conseillers fiscaux pour de grands groupes privés parce qu’ils connaissent les faiblesses des lois fiscales » : « Vous vous souvenez de cette affaire de la taxe des 3% sur les dividendes, qui a été retoquée au Conseil constitutionnel. Qui a déposé le recours au Conseil constitutionnel ? » questionne-t-il. « C’est un avocat fiscaliste qui vient de Bercy. Donc il connaissait cette faiblesse-là. Effectivement, là, il y a conflit d’intérêts, c’est clair (…) Pourquoi n’y a-t-il pas une commission de déontologie qui fait son travail correctement ? Parce que les grands corps dont je parle, se sont opposés à la transformation de cette commission de déontologie, en une institution forte. Et donc là, on trouve bien ces intouchables qui s’organisent entre eux pour que cela n’ait pas lieu. » Et d’ajouter : « Le problème est qu’on décide qui seront les princes à vie de la République, à 22 ou 23 ans. Et ils le restent - les 15 ou disons les 20 premiers - jusqu’à la fin des temps. »

Vous pouvez voir le match des idées, en intégralité :

Hauts fonctionnaires : que les (très) gros salaires lèvent le doigt
17:31

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Gerard Larcher elu President du Senat
6min

Politique

« Grand oral », « intox » et promesses : un match oppose Patrick Kanner à Rachid Temal pour la tête du groupe PS du Sénat

Les 62 sénateurs PS vont élire ce mercredi leur président de groupe. Le sortant Patrick Kanner, président depuis 2018, voit son poste convoité par Rachid Temal, qui pointe le manque de collégialité. Entre grands oraux passés ce mardi par le courant d’Olivier Faure et discussions de couloirs, cette campagne courte et discrète n’en est pas moins intense.

Le

« Ce sera du jamais vu depuis l’entre-deux-guerres » : le coût annuel de notre dette continue sa remontée, menaçant d’asphyxier nos capacités d’action
8min

Politique

« Ce sera du jamais vu depuis l’entre-deux-guerres » : le coût annuel de notre dette continue sa remontée, menaçant d’asphyxier nos capacités d’action

La hausse des taux d’intérêt continue de s’élever à un rythme qui n’avait pas été anticipé. Elle renchérit à la fois le coût des nouvelles émissions de dette mais aussi le renouvellement des anciens bons du Trésor. Selon l’économiste Anthony Morlet-Lavidalie, la charge annuelle de la dette pourrait à moyen terme retrouver des niveaux que la France n’avait plus connu depuis l’entre-deux-guerres.

Le

Paris : Block Everything protest day
7min

Politique

Blocus des lycées : « Une fois sorti du tube, le dentifrice ne rentre plus »

Parti de revendications sur les moyens, le manque d’enseignants ou les conditions d’étude, le mouvement lycéen s’étend de ville en ville. Le soutien affiché de La France insoumise et la réponse ferme du gouvernement ont progressivement déplacé la contestation sur le terrain politique. Mais les sociologues insistent sur l’autonomie des élèves et redoutent que l’affrontement entre adultes ne finisse par éclipser leurs revendications.

Le

La Seyne-sur-Mer RN party’s President Jordan Bardella
8min

Politique

Accusations d'antisémitisme : « La défense de Jordan Bardella est assez classique. C’est celle de Fillon en 2017 », selon le communiquant Philippe Moreau-Chevrolet

Dans la tourmente depuis lundi et l’article de Mediapart qui a révélé des écrits antisémites datant de 2013, le président du RN, Jordan Bardella, a annoncé dans la foulée le dépôt d’une plainte pour diffamation et dénonce une opération destinée à le « tuer politiquement ». Cette mise en avant d’une « manipulation » n’est pas sans rappeler la défense de François Fillon il y a 10 ans et pose la question d’une future mise à l’écart de celui censé former un ticket avec Marine Le Pen pour l’élection présidentielle.

Le