Homéopathie: une victoire politique pour la ministre-médecin

Homéopathie: une victoire politique pour la ministre-médecin

La fin du remboursement de l'homéopathie conforte Agnès Buzyn dans son image de ministre faisant primer les arguments...
Public Sénat

Par Amélie BAUBEAU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La fin du remboursement de l'homéopathie conforte Agnès Buzyn dans son image de ministre faisant primer les arguments scientifiques sur les considérations politiques et économiques, un positionnement revendiqué par cette médecin de formation depuis sa nomination.

"On ne doit pas mêler la politique à des décisions scientifiques", a-t-elle martelé mercredi sur RTL, pour justifier la décision de mettre fin en 2021 à la prise en charge par la Sécurité sociale de certains traitements homéopathiques.

On ne peut pas "décider par pétition, par du lobbying, du taux de remboursement d'un médicament", a-t-elle fait valoir, disant assumer "de ne pas être populaire auprès des Français qui prennent de l'homéopathie".

Malgré le verdict de la Haute autorité de santé, qui a conclu que "ces médicaments n'ont pas démontré scientifiquement une efficacité suffisante pour justifier d'un remboursement", de nombreux élus ont défendu ces dernières semaines les arguments des pro-homéopathie (popularité de ces petites granules chez les Français, risques pour l'emploi, faible coût pour la Sécurité sociale...)

Et certains ministres du gouvernement semblaient y être sensibles, comme la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, qui estimait la semaine dernière qu'une "balance" devait être réalisée entre "ce qu'on sait scientifiquement de l'apport de l'homéopathie, des questions évidemment économiques, puisque derrière il y a des emplois, mais aussi (le) bien-être de la population française".

Or l'arbitrage à l'Elysée a donné raison à Agnès Buzyn, une victoire politique pour cette hématologue, ancienne présidente de l'Institut national du cancer (INCa) et qui dirigeait la Haute autorité de santé (HAS) avant d'être nommée ministre.

Une façon de conforter la "bonne élève" du gouvernement alors qu'elle s'apprête à porter plusieurs dossiers cruciaux politiquement dans les prochaines semaines (révision des lois de bioéthique et réforme des retraites)...

"Elle s'est battue pour que cette décision soit prise", reconnaît Jérémy Descoux, président du collectif Fakemed, à la pointe du combat contre le remboursement.

"Toute décision contraire à une décision scientifique, qui aurait répondu à des visées électoralistes n'aurait pas été très glorieuse", ajoute le médecin, interrogé par l'AFP.

Déremboursement des médicaments contre Alzheimer, jugés eux-aussi peu efficaces, extension du nombre de vaccins obligatoires chez les jeunes enfants pour contrer la méfiance vaccinale, hausse à marche forcée du prix du paquet de cigarettes... En deux ans, Agnès Buzyn aura eu plusieurs fois l'occasion de mettre en avant la science pour justifier ses décisions.

Quitte à incarner pour ses détracteurs le mépris du "sachant", s'étonnant que l'évidence scientifique ne s'impose pas d'elle-même.

- Raté sur l'alcool -

"La parole d'un ministre est immédiatement analysée, décortiquée, critiquée, alors que la parole d'experte que j'ai portée pendant des années n'était jamais mise en cause", découvrait-elle peu de temps après sa nomination, dans un entretien au Figaro Madame.

"Elle a eu des difficultés au tout départ, c'était compliqué de se plonger dans ce monde politique", observe Corinne Vignon, députée (LREM) de Haute-Garonne.

Mais "elle a pris une force terrible politiquement" et "tous les médecins trouvent qu'ils ont enfin un ministre à la hauteur", affirme la membre de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée.

Son engagement pour une medecine fondée sur les preuves lui a donné une forte crédibilité chez les professionnels de santé.

Mais cela n'empêche pas les économies réclamées aux hôpitaux, soulignent les syndicalistes, qui voudraient voir une médecine partant davantage des besoins des patients.

Son combat pour la science connaît aussi des ratés. Elle doit en rabattre sur l'alcool début 2018, quand Emmanuel Macron confie "boire du vin le midi et le soir" et affirme que tant qu'il sera président, il n'y aurait pas "d'amendement pour durcir la loi Evin" restreignant la publicité pour les boissons alcoolisées.

Le Plan national contre les addictions publié fin 2018 laissera sur leur faim les spécialistes, poussant l'Académie de médecine à réclamer au gouvernement de "revenir à une politique basée sur les preuves et de mettre en oeuvre les mesures qui ont une efficacité démontrée et reconnue".

"L'alcool, c'est un peu le point aveugle des politiques de santé publique", constate Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions, interrogé par l'AFP.

"On soutient la ministre dans ses actions, qui nous paraissent malgré tout encore insuffisantes", ajoute-t-il, estimant qu'"elle fait ce qu'elle peut".

Dans la même thématique

Paris: Francois-Xavier Bellamy during a press conference
12min

Politique

Européennes : un rapprochement entre LR et le groupe d’extrême droite ECR est-il envisageable au Parlement européen ?

Alors que le compromis est la règle en Europe, la tête de liste LR aux européennes assume de voter « très souvent » au Parlement européen avec des « collègues du groupe ECR », l’un des deux groupes d’extrême droite, où siège le parti de Giorgia Meloni. La première ministre italienne pourrait se retrouver au centre des discussions au lendemain du scrutin. Au sein des LR, la prudence reste de mise, mais certains, comme Julien Aubert, vice-président du parti, plaident pour « s’allier avec ECR ».

Le

FRA – EMMANUEL MACRON – MARINE LEPEN – RN – ELYSEE
7min

Politique

Débat Macron-Le Pen sur les européennes : « S’il avait lieu, ça commencerait à poser un sérieux problème démocratique », analyse Bruno Cautrès 

A deux semaines du scrutin des européennes, Emmanuel Macron a déclaré être « prêt à débattre maintenant » avec Marine Le Pen. Alors que la liste de la majorité présidentielle, menée par Valérie Hayer, se fait largement distancer par celle de Jordan Bardella, le principe de la confrontation arrange-t-il les deux camps ? Quels sont les enjeux d’un tel débat ? Décryptage.

Le

Paris: EELV lancement campagne elections europeennes
7min

Politique

Européennes 2024 : que contient le programme des Écologistes ?

A moins de deux semaines du scrutin, les sondages sont de moins en moins favorables au parti écologiste qui pourrait ne pas atteindre le seuil des 5 %. Au long d’un programme détaillé, Marie Toussaint dévoile une vision globale du futur de l’Union européenne en mettant l’accent sur la « bifurcation sociale et écologique ».

Le