« Rigueur morale » et « sens du sacrifice » : tels ont été les qualificatifs qui ont fait office de fil rouge lors de l’hommage rendu par Emmanuel Macron à l’ancien Premier ministre Lionel Jospin, décédé dimanche à l’âge de 88 ans. Dans la cour Sud du dôme des Invalides – la cour d’honneur étant en travaux, le chef de l’État a revisité pendant une vingtaine de minutes la vie politique de cette figure de la Ve République, « héritier » de Jean Jaurès, Léon Blum et François Mitterrand. Un parcours « d’humble militant menant des combats de justice et de liberté ».
Face au Président, étaient présents les proches de Lionel Jospin, sa famille et ses compagnons de route politique à gauche, pour certains ministres de son gouvernement : Pierre Joxe, Laurent Fabius, Martine Aubry, Hubert Védrine, Dominique Strauss-Kahn, Élisabeth Guigou, mais aussi l’ancien Président de la République François Hollande. Les anciens Premiers ministres PS Édith Cresson, Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls ont également fait le déplacement, ainsi qu’Alain Juppé et les présidents des deux chambres parlementaires, Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher.
L’homme de la CMU, des 35 heures et du Pacs
Parmi eux, des figures politiques que Lionel Jospin a su rassembler de 1997 à 2002 au sein d’une « majorité inédite », avec qui « il modernisé la vie économique, sociale et démocratique de la Nation de manière inédite », faisant « entrer la France dans ce siècle qui s’ouvrait », selon les mots d’Emmanuel Macron. Et le Président de citer pêle-mêle les réalisations du gouvernement de gauche plurielle : la couverture maladie universelle (CMU), la parité dans les élections, les 35 heures, la réduction du chômage et les accords de Nouméa.
Sans oublier qu’il fut à la tête du « Premier gouvernement ayant reconnu que l’amour entre personnes de même sexe devait être source de droit », avec la mise en œuvre du Pacs. « Il défendit les engagements européens de la France, permettant à la monnaie unique d’advenir », a aussi salué Emmanuel Macron.
« Digne héritier » de Jaurès et de Blum
L’apogée d’un parcours politique débuté dans les années 1960, où « il s’engagea pour les causes de sa génération : l’indépendance de l’Algérie, la décolonisation et le refus de tous les totalitarismes », a insisté Emmanuel Macron. Des engagements puisés dans les racines familiales de Lionel Jospin, « protestantes et humanistes ».
« L’humble militant » a longtemps « balancé entre révolution et réforme », avant de s’inscrire « en digne héritier » des grandes figures socialistes – Jaurès, Blum et Mitterrand, dont le Président a cité les noms à plusieurs reprises. Jusqu’à devenir « gardien de la vieille maison » en tant que secrétaire général du Parti socialiste, puis ministre de l’Éducation nationale (1988-1992) sous le deuxième quinquennat de François Mitterrand.
« Sens de l’absolu »
Mais au moment de résumer une vie politique, Emmanuel Macron a surtout insisté sur la rectitude morale de l’ancien Premier ministre, « qui embrassa le socialisme avec discipline, rigueur et sens de l’absolu ». Une droiture qui l’aura suivi jusqu’à « l’étrange soirée du 21 avril 2002 » où, éliminé dès le premier tour par Jean-Marie le Pen, il s’est retiré de la vie politique. « Par sens de l’absolu, pas par abandon », a jugé Emmanuel Macron, qui a conclu en citant Lionel Jospin lui-même, à la fin de sa vie : « La mort n’est pas pour moi une occasion de lyrisme ».
Les hommages vont se poursuivre puisque, dans la foulée, une autre cérémonie publique doit avoir lieu en début d’après-midi avec les obsèques de Lionel Jospin au cimetière du Montparnasse.