Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
ISA HARSIN/SIPA

« Je serai le Président de l’ordre, de la justice et de la fierté française » : Bruno Retailleau se déclare candidat à la présidentielle de 2027

Le président des LR se lance dans la course pour 2027. « J’ai pris la décision d’être candidat à l’élection présidentielle » a annoncé l’ancien ministre de l’Intérieur, assurant ne pas vouloir être chef de l’Etat « par obsession du pouvoir, mais par sens du devoir ». Une décision que l’ancien président du groupe LR du Sénat a « mûri » petit à petit. Mais selon ses proches, il a en réalité décidé d’y aller « il y a déjà plusieurs mois ».
François Vignal

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C’est fait. Bruno Retailleau déclare officiellement sa candidature à l’élection présidentielle 2027. Le président des LR en a fait l’annonce ce jeudi, à 18 heures, sur les réseaux sociaux. Une déclaration suivie d’une invitation au 20 heures de TF1 ce soir, puis d’un entretien dans Le Figaro Magazine.

« J’ai pris la décision d’être candidat à l’élection présidentielle », a annoncé Bruno Retailleau, lors de cette allocution de 9 minutes, au ton solennel et sur fond bleu, drapeaux tricolore et européen à ses côtés. Une décision prise « avec la sincérité de mes convictions, la force de mon expérience et la gravité qu’exige le moment », lance le sénateur. « Je ne veux pas être président de la République par obsession du pouvoir, mais par sens du devoir », assure celui qui a quitté le gouvernement en octobre.

« Je ne tenterai pas de vous convaincre par des slogans démagogiques ou par des postures théâtrales »

Sur le fond, Bruno Retailleau est resté là où on l’attend, défendant sa ligne de droite conservatrice, libérale économiquement, qui fait, comme le RN, des enjeux identitaires une question centrale (voir ci-dessous la vidéo de sa déclaration).

 

Celui qui parle, dans son allocution, de sa « petite patrie charnelle, la Vendée », prévient : « Je ne tenterai pas de vous convaincre par des slogans démagogiques ou par des postures théâtrales. Je crois au sérieux, à la constance, à la cohérence. Et je ne promettrai rien que je ne pourrai tenir ». « L’engagement que je prends, c’est de toujours vous dire la vérité », soutient Bruno Retailleau, dans des accents qui rappellent François Fillon. Et « dire la vérité, c’est dire qu’on ne peut plus tricher avec la réalité. Dire la vérité, c’est dire que l’immigration n’est pas une chance. Parce qu’au-delà d’un certain nombre, une société multiculturelle devient toujours une société multiconflictuelle. Dire la vérité, c’est dire qu’on ne peut pas vivre mieux en travaillant moins, que l’Etat ne peut pas dépenser plus que ce qu’il gagne », soutient l’ancien président du groupe LR du Sénat.

« Une majorité nationale existe »

« Je serai le Président de l’ordre, de la justice, et de la fierté française », lance encore le président des LR, qui ajoute : « Oui, une majorité nationale existe ». Y allant de quelques formules, il entend donner « la priorité au travail plutôt qu’à l’assistanat » et être « le protecteur de la France des travailleurs, pas de la France des profiteurs ».

Le sénateur de Vendée veut « redonner le pouvoir de décider », avec une idée : soumettre « directement par référendum plusieurs grands textes de loi. Ils constitueront le socle de notre nouveau contrat social ». Des consultations des Français pour « réduire drastiquement l’immigration, engager une véritable révolution de notre justice pénale, et redonner la primauté à notre droit national ». Il compte aussi « réorienter la protection de notre environnement sur une écologie de progrès ».

« Une campagne qui doit d’abord rassembler notre famille politique »

Le sénateur de Vendée a, au préalable, confié sa décision à quelques proches soutiens. « Je tenais à t’informer personnellement que je m’apprête à déclarer ma candidature à l’élection présidentielle. C’est une décision que j’ai beaucoup mûrie et je pense que le moment est venu pour notre famille politique d’indiquer aux Français un nouveau chemin, axé sur l’ordre, la prospérité et la fierté française », a écrit Bruno Retailleau, selon le SMS dont publicsenat.fr a obtenu copie.

« Je suis prêt à porter ce projet mais cette aventure ne peut être que collective. J’ai besoin de toi, de ton soutien et de ton implication personnelle dans une campagne qui doit d’abord rassembler notre famille politique, ses adhérents et ses sympathisants, et puis tous les Français qui veulent le redressement de notre pays », lance l’ancien président du groupe LR du Sénat.

« Il fallait qu’il remonte sur le cheval, je suis très heureux que ce soit fait », se réjouit Max Brisson

Dans son cercle de fidèles, c’est presque un soulagement ce jeudi soir. « Je me réjouis de la candidature de Bruno Retailleau. Lundi matin encore, je lui avais dit qu’il fallait qu’il remonte sur le cheval. Je suis très heureux que ce soit fait. Maintenant, il faut qu’il aille à la rencontre des Français. Pour cela, il y a un projet à construire, on s’y attelle », réagit Max Brisson, porte-parole du groupe LR du Sénat. Le sénateur des Pyrénées-Atlantiques, devenu un fidèle, ajoute : « Notre débat politique manque d’une chose très précieuse : des convictions, une vision. Et je sais que Bruneau Retailleau en porte. Il a la légitimité pour être candidat, je le soutiendrai pleinement ».

« Il a montré, à une très large majorité, qu’il avait l’adhésion de notre famille politique. C’est évidemment une bonne nouvelle pour l’ensemble des adhérents qui l’ont soutenu et le soutiennent encore après le passage à l’Intérieur, qui l’a identifié comme un homme d’action et de résultat », souligne pour sa part Stéphane Piednoir, sénateur LR du Maine-et-Loire, qui reçoit sa déclaration « avec enthousiasme ».

Si la fusée Retailleau décolle aujourd’hui, c’est aussi grâce à son expérience au gouvernement Barnier, puis Bayrou. « Son passage au ministère de l’Intérieur l’a exposé et fait connaître auprès du grand public, qui l’a découvert à ce moment-là. Jusque-là, il était connu du microcosme politique, au Sénat et dans les rédactions », remarque Stéphane Piednoir. Reste que sa sortie, mal comprise, a entraîné un trou d’air pour cet ancien proche de Philippe de Villiers. « La forme n’était pas réussie », reconnaît un parlementaire LR, « mais sa sortie était pertinente sur le fond. On a bien vu que le budget a sombré dans la cacophonie illisible, avec une prise en main par le PS, ce qui justifie son départ ».

« Dans sa tête, il avait décidé d’être candidat il y a plusieurs mois »

Le timing de sa candidature a pu faire débat, en interne. Après les discussions interminables sur le budget, qui ont saturé l’espace médiatique et empêchaient toute déclaration, plusieurs de ses soutiens le pressaient de se lancer au plus vite. « Il a bien fait d’attendre la fin de la séquence budgétaire. Après, soit on attendait les municipales, soit on n’attendait pas. Et nous sommes plusieurs à penser qu’il ne fallait pas attendre. Car la situation de la France se dégrade de jour en jour », explique Marc-Philippe Daubresse, sénateur LR du Nord. L’ancien ministre du Logement ajoute : « Il était grand temps que Bruno se déclare ». « Il y avait une fenêtre de tir, il aurait eu tort de ne pas la prendre », confie un autre parlementaire LR retailliste.

Pour celui qui était le bras droit de François Fillon, lors de la présidentielle de 2017, cette candidature n’allait pas forcément de soi, au départ. « Bruno Retailleau, ce n’est pas quelqu’un qui se rase tous les matins, en se disant, j’ai envie. Il est très détaché par rapport au pouvoir, les choses matérielles. C’est un intellectuel, un homme de devoir », le décrit un proche, « il a beaucoup réfléchi. Mais une fois qu’il a réfléchi, il y va ».

Après un moment d’hésitation, la décision a été prise en réalité il y a plusieurs mois. « C’est une décision lourde, qui engage toute la personne. Ce n’est pas quelqu’un d’hésitant, c’est quelqu’un de raisonné, qui pèse le pour et le contre. Il y a eu ce moment, il y a environ un an, quand il était encore ministre de l’Intérieur, où il se posait la question. Puis ce cap est passé. Dans sa tête, il avait décidé d’être candidat il y a plusieurs mois », confie un proche, qui ajoute : « La seule question qui se posait, ce n’était pas s’il allait être candidat, mais quand ». C’est fait.

« Annoncer sa candidature aujourd’hui ne veut pas dire qu’il va s’affranchir des règles qui seront choisies par les militants »

La déclaration n’est qu’un début. Il devra d’abord être désigné par sa famille politique, alors que « le comité de départage », qu’il a mis en place pour fixer les règles de désignation, n’a pas encore rendu ses travaux.

« Annoncer sa candidature aujourd’hui ne veut pas dire qu’il va s’affranchir des règles qui seront choisies par les militants », assure un pro Retailleau. Si l’idée d’une primaire de Sarah Knafo au centre droit, telle que la défend Laurent Wauquiez, meilleur ennemi interne de Bruno Retailleau, semble bien écartée, reste à voir la formule choisie : vote des seuls adhérents LR, primaire élargie aux sympathisants qui signent une charte d’adhésion et paient, mais avec des candidats uniquement issus de LR, conclave des chapeaux à plumes…

Une dernière option que préfère encore Marc-Philippe Daubresse, plutôt que « le vote de sympathisants, dont le contour est fumeux. C’est irréaliste ». Le sénateur du Nord se souvient amèrement de la primaire ouverte de 2016, avec des militants PS locaux, qu’il a vu débarquer pour « voter en masse pour Alain Juppé ». « Ce n’était pas la primaire, c’était la magouille », met en garde l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy. Alors que Xavier Bertrand se prépare, que David Lisnard trépigne, sans oublier Michel Barnier, le choix pour la méthode de départage devrait arriver d’ici le printemps. « L’objectif, pour le parti, c’est d’être en ordre de marche pour l’été », explique un sénateur LR, avec à la clef « une machine de guerre, qui est à reconstruire et un projet ». Tout un programme.

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