Ils sont de bords politiques parfois opposés mais ont uni leurs forces pour que la politique de la Ville revienne dans l'agenda gouvernemental:...
Huit mois de mobilisation qui ont ramené les banlieues dans l’agenda politique
Ils sont de bords politiques parfois opposés mais ont uni leurs forces pour que la politique de la Ville revienne dans l'agenda gouvernemental:...
Par Eve SZEFTEL et Antoine GUY
Temps de lecture :
4 min
Publié le
Mis à jour le
Ils sont de bords politiques parfois opposés mais ont uni leurs forces pour que la politique de la Ville revienne dans l'agenda gouvernemental: élus et associations sont mobilisés depuis huit mois et attendent beaucoup des annonces d'Emmanuel Macron pour la banlieue mardi.
L'alliance entre des maires communistes et de droite peut paraître contre-nature "mais si ce gouvernement avait été gentil avec les quartiers, on n'en serait pas là", assure Catherine Arenou, maire Les Républicains de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines). En cause, les 46 millions d'euros retirés au budget de la politique de la Ville et la fin des emplois aidés décidés au cœur de l'été.
"On a eu l'impression d'être piégés pendant les vacances et on voyait se profiler la loi de Finances 2018", rapporte Mme Arenou. "Très rapidement, s'est posée la question de comment on rouspétait ensemble", ajoute-t-elle.
Catherine Arenou, maire Les Républicains de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), à Paris, le 29 janvier 2015
AFP/Archives
Première initiative: une tribune dans le Journal du Dimanche le 5 août, dans laquelle six maires déclarent "l'état d'urgence" pour les quartiers populaires, "au bord de l'épuisement".
Derrière ce cri d'alarme, Jean-Philippe Acensi: président de "Bleu-Blanc-Zèbre", une association qui a joué un rôle moteur dans la mobilisation. C'est lui qui a appelé les élus pour rédiger la tribune et leur a suggéré le patronage de Jean-Louis Borloo, avec qui il travaille depuis décembre 2016 sur la question des banlieues.
"La tribune a fait un tabac et on s'est tous vus fin août chez Borloo, les maires, les associations... On était une petite vingtaine. Et l'histoire a commencé comme ça", explique celui qui a fait de l'ancien ministre de la Ville la tête de pont du collectif.
La figure de Borloo n'a pas fait débat. "Il a été maire de Valenciennes, donc il connaît la misère et il connaît les circuits de l’État", salue Philippe Rio (PCF), maire de Grigny (Essonne).
"Les élus ont un souvenir positif de lui, renchérit Gilles Leproust (PCF), maire d'Allonnes (Sarthe), en soulignant que M. Borloo a donné corps en 2004 à l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), qui a changé le visage des quartiers avec 47 milliards d'euros d'investissements.
- "Porte-parole" autoproclamés -
Le 16 octobre, les états généraux de la politique de la ville réunissent 1.000 personnes à Grigny à l'initiative d'une centaine de maires et de "Bleu-Blanc-Zèbre". Il en ressort un "appel de Grigny" listant dix mesures urgentes pour les quartiers.
Leurs auteurs sont invités à déjeuner à l’Élysée un mois plus tard, la veille d'un déplacement d'Emmanuel Macron dans le Nord, où il appelle à une "mobilisation nationale" pour les quartiers prioritaires de la ville. Jean-Louis Borloo se voit alors confier la rédaction d'un rapport, censé servir de base à un futur plan banlieue.
"Quand on a lancé l'appel de Grigny, la feuille était blanche et aujourd'hui, on a un rapport finançable de 160 pages", se réjouit Philippe Rio. "Ce qu'on a fait, c'est unique dans l'histoire de la République", affirme même Jean-Philippe Acensi.
Un enthousiasme que tient à tempérer le député du Val-d'Oise François Pupponi (PS), partie prenante du collectif à ses débuts mais qui a depuis pris ses distances.
Le député François Pupponi à l'Assemblée nationale à Paris, le 3 avril 2018
AFP/Archives
Le rapport Borloo contient "des choses qu'on connaît déjà, qui ont déjà été mises en œuvre", regrette l'ancien président de l'Anru, soulignant aussi l'absence de mesures "contre la radicalisation" islamiste ou "d'une politique de peuplement" afin d'enrayer "la ghettoïsation". "Je trouve qu'il peut y avoir de leur part un peu de naïveté", poursuit celui qui a été maire de Sarcelles de 1997 à 2017.
Membre du Conseil présidentiel des villes, instance lancée en mars pour nourrir la réflexion du président Macron sur la politique de la ville et qui se réunira pour la premier fois sous sa houlette mardi, Mohamed Mechmache approuve les conclusions du rapport Borloo dans ses grandes lignes.
Il juge néanmoins la méthode peu démocratique: le fondateur de la coordination "Pas sans Nous" regrette que les acteurs "qui vivent les inégalités et les injustices au quotidien, n'aient pas été associés" au processus. Sans oublier, dit-il, "l'hypocrisie" de certains élus qui se sont érigés en "porte-parole" de la banlieue, alors qu'ils font la "misère aux associations" et pratiquent le "clientélisme".
À quelques heures de la rentrée scolaire, l’éducation s’impose déjà comme l’un des thèmes de la campagne présidentielle. Salaires des enseignants, autorité, réduction des effectifs, autonomie des établissements, lutte contre les inégalités : de la droite à la gauche, les candidats avancent des réponses très différentes à une même préoccupation, celle d’une école jugée en difficulté.
Avec 203 enquêtes pénales actuellement ouvertes pour des soupçons de violences dans les établissements scolaires parisiens, l'inquiétude des parents n'est pas près de faiblir à la veille de la rentrée. Au Sénat, la commission d'enquête consacrée à la prévention et au traitement des violences dans le périscolaire va reprendre ses travaux avec notamment l’audition d’Anne Hidalgo prévue le 15 septembre et celle d'Emmanuel Grégoire le 16 septembre. Sa rapporteure, Agnès Evren (LR), regrette « la solitude institutionnelle » qui pèse sur les familles victimes.
À la veille de la rentrée scolaire, Bruno Retailleau dévoile ce lundi 31 août, à Boulogne-Billancourt, les grandes lignes de son projet présidentiel pour l’éducation. Le candidat LR a prévu de présenter ses propositions lors d’un échange avec des parents d’élèves.
Les socialistes et plusieurs formations satellites organisent une primaire en octobre pour choisir leur candidat à l’élection présidentielle. Les sympathisants de gauche qui n’appartiennent à aucun des partis organisateurs devront s’acquitter d’un tarif de 15 ou 10 euros, en fonction de leurs revenus, pour pouvoir voter. Explications.