Hulot s’en va, la valse des ministres de l’Ecologie continue
Après ceux de Nicole Bricq ou Delphine Batho, le départ du gouvernement de Nicolas Hulot est une nouvelle illustration de la difficulté pour les...

Hulot s’en va, la valse des ministres de l’Ecologie continue

Après ceux de Nicole Bricq ou Delphine Batho, le départ du gouvernement de Nicolas Hulot est une nouvelle illustration de la difficulté pour les...
Public Sénat

Par Stéphanie LEROUGE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Après ceux de Nicole Bricq ou Delphine Batho, le départ du gouvernement de Nicolas Hulot est une nouvelle illustration de la difficulté pour les ministres de l'Ecologie d'inscrire leur action dans la durée, la faute, selon certains d'entre eux, aux lobbies.

"Je sais que seul je n'y arriverai pas. (…) J'ai un peu d'influence, je n'ai pas de pouvoir", a déclaré mardi le ministre de la Transition écologique sur France Inter, dénonçant "la présence des lobbies dans les cercles du pouvoir".

Treizième ministre de l'Ecologie en 20 ans, M. Hulot ne sera resté en poste qu'un peu plus de quinze mois. François Hollande avait "usé" en cinq ans quatre ministres de l'Ecologie, Nicolas Sarkozy trois.

L'histoire des tensions entre les aspirations écologistes et la pratique du pouvoir est ancienne. Dans un livre publié en 1975, "Le ministère de l'impossible", le premier ministre de l'Environnement, Robert Poujade, incriminait déjà les "capacités de blocage et la force d'inertie des administrations traditionnelles".

Titulaire du portefeuille de 1995 à 1997, Corinne Lepage publie en 1998 un ouvrage faisant écho à celui de son lointain prédécesseur, intitulé "On ne peut rien faire Madame le ministre". L'avocate y dénonce l'influence des lobbies industriels, des chasseurs et des technocrates de la haute administration.

L'écologie au gouvernement
Longévité des ministres, ministres délégués ou secretaires d'Etat chargé de l'environnement ou de l'écologie depuis 1971
AFP

En 2014, c'est au tour de la socialiste Delphine Batho d'instruire le procès des lobbies, dans son livre "Insoumise". La ministre, mise à la porte par François Hollande après avoir critiqué publiquement l'amputation de son budget, avait alors fustigé les "forces économiques qui ont eu (sa) tête".

- "Il fuit ses responsabilités" -

Cela signifie-t-il qu'il est impossible pour un écologiste convaincu de réussir au gouvernement ? "En tout cas pas avec ce gouvernement", a répondu sur BFM mardi Mme Lepage.

Pour la fondatrice de Cap 21, qui avait soutenu Emmanuel Macron pendant sa campagne, M. Hulot a cependant commis une "erreur", celle de ne "pas s'appuyer sur un groupe politique à l'Assemblée nationale en donnant des forces à ceux qui voulaient se constituer".

Après avoir réussi à former un groupe politique en 2012, les écologistes ont quasiment disparu de l'Assemblée lors des législatives de 2017, et les velléités de certains de se regrouper n'ont pas abouti.

Au sein de la majorité, certains pointaient aussi du doigt mardi la difficulté pour Nicolas Hulot d'accepter les contraintes de l'exercice du pouvoir.

"C'est un combat qui ne se fait pas du jour au lendemain", a déclaré Emmanuel Macron, disant respecter la décision de Nicolas Hulot, "un homme libre".

"Malgré tout le respect et l’affection que j'ai pour Nicolas Hulot, en démissionnant, il fuit quand même ses responsabilités. Il a lancé un grand nombre d'initiatives qui nécessitent du temps", a critiqué sur Twitter le député Bruno Fuchs.

"Pour Nicolas Hulot les choses ne vont pas assez vite, mais il ne mesure pas la différence entre l'urgence écologique et la gestion du temps de l'action gouvernementale dans une économie mondialisée", a souligné auprès de l'AFP le sénateur François Patriat (LREM), proche des chasseurs.

Un reproche également formulé à demi-mots par le délégué général de la République en marche, Christophe Castaner. "La politique se mesure sur le long terme : ses effets ne sont pas toujours immédiats", a-t-il twitté.

Proche de M. Macron, l'ancien député européen Daniel Cohn-Bendit a reconnu auprès du Parisien la "dureté" du poste. "Moi j'aurais tenu trois minutes à sa place. Il y a trop de compromis à faire", a-t-il dit.

Le président de l'Assemblée François de Rugy a lui aussi évoqué sur Facebook un poste difficile où l'on est "pris entre le feu roulant des perpétuels procès en trahison et le feu non moins roulant des oppositions au changement venant des lobbys et des conservateurs de tous poils".

Dans le domaine de l'écologie, "on ne peut plus se dérober devant la nécessité de l'action", a dit celui dont le nom circule pour remplacer M. Hulot.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: discussion on the adoption of the special bill at the National Assembly
2min

Politique

Procès en appel de Marine Le Pen : un calendrier serré avant la présidentielle 

C’est un procès déterminant pour Marine Le Pen qui s’ouvre mardi. La députée RN va être jugée en appel dans l’affaire des emplois fictifs des assistants parlementaires européens de son parti. Condamnée à 5 ans d’inéligibilité avec exécution provisoire en première instance, de ce second procès dépend son avenir politique proche, notamment sa candidature à la prochaine présidentielle. 

Le

Hulot s’en va, la valse des ministres de l’Ecologie continue
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le