Les adhérents LR sont appelés aux urnes, ce week-end, pour choisir le mode de désignation du candidat de leur camp. Ils seront exactement 76.653, précise dans Le Figaro Othman Nasrou, secrétaire général des LR, soit à quelques centaines près les « 80.000 » qu’annonçait hier le sénateur LR Roger Karoutchi sur Public Sénat. Ils devront choisir entre trois solutions : une primaire fermée réservée aux candidats et aux adhérents LR, une primaire ouverte, exclusivement réservée aux candidats LR, mais ouverte aux adhérents et sympathisants, sous réserve d’une adhésion à la charte des principes du mouvement et une participation financière, soit la désignation directe – roulement de tambours dans les rangs de la direction LR – de Bruno Retailleau, président du parti, comme candidat des Républicains. Les adhérents peuvent voter samedi 18 avril et dimanche 19 avril, jusqu’à 18 heures. Les résultats devraient être connus vers 19 heures.
« Bien sûr, qu’on est moins fringants qu’au moment de l’élection de Bruno Retailleau, il y a des militants qui doutent »
76.653 adhérents, soit moins que les 121.000 électeurs inscrits pour l’élection de Bruno Retailleau. Un début d’hémorragie militante ? « L’année qui a suivi l’élection d’Eric Ciotti, on était à 40.000. Donc c’est tout à fait normal », corrige l’entourage de Bruno Retailleau, « d’autant plus qu’on ne compte que les adhérents 2026. Donc pas ceux qui ont adhéré en 2025, comme on fait d’habitude. On a choisi ça pour inciter les gens à renouveler leurs adhésions. C’est une réussite, on ne s’attendait pas à ce chiffre. C’est plus que n’importe quel parti politique actuellement », soutient ce proche du président des LR, qui ajoute que le « pic, lors des primaires et des élections internes, sont toujours très importants ». Autrement dit, l’objet du vote est ici moins sexy. « Une élection sur plusieurs candidats, les gens aiment bien. Une élection sur les concepts… S’il y avait un match avec Wauquiez ou Lisnard, il y aurait plus de monde », confirme un parlementaire LR.
Mais le même décrit une réalité un peu moins rose, que celle que la direction du parti veut bien nous présenter. « Il y a eu un engouement particulier l’année dernière, qui est peut-être retombé. Il faut voir la réalité en face », reconnaît ce parlementaire. Il continue : « Bien sûr, qu’on est moins fringants qu’au moment de l’élection de Bruno Retailleau. Il y a des militants qui doutent, qui parlent d’union des droites et qui ne comprennent pas. Ceux qui entendent Copé jouer la carte Philippe et qui disent, « vous faites chier, vous n’avez pas changé », et claquent la porte. D’autres qui sont découragés ».
De l’aveu d’à peu près tout le monde, c’est la troisième option qui tient la corde. C’est-à-dire la désignation de Bruno Retailleau, déjà candidat à la candidature, comme candidat officiel des LR. Ce qui ne serait pas vraiment une surprise, dans un mouvement qui a élu président le sénateur de Vendée à 75 % des voix en mai dernier.
« Le seul suspense qui existe encore, c’est sur la participation »
Pour Max Brisson, sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques et porte-parole de son groupe, ça ne fait pas de doute : le président du parti sera désigné dès ce dimanche. « Je pense que c’est le souhait de la majorité des adhérents. C’est aussi ce que j’espère et dis auprès de mes amis dans ma fédération. C’est aussi la ligne dominante lors du dernier bureau politique », souligne celui qui dirige la fédé’ LR de son département. « Le seul suspense qui existe encore, c’est sur la participation », ajoute de son côté le sénateur LR Marc-Philippe Daubresse.
Prêts à en découdre pour la suite, les soutiens de Bruno Retailleau trépignent déjà. « C’est une deuxième étape qui va lui permettre d’entrer en campagne. Il doit jouer le match, aller à la rencontre des Français et leur présenter son projet de rupture, persuader et convaincre. Puis nous verrons bien qui sera le meilleur », lance Max Brisson. Autrement dit, en étant désigné dès dimanche, « il pourra sortir du vestiaire et rentrer sur le terrain », alors que « certains aimeraient qu’on soit absents, en tout cas sur le banc des remplaçants », en cas d’union de la droite et du centre derrière Edouard Philippe, pointe le sénateur.
« Il y aura bien un meeting avant l’été »
Pour les LR, l’enjeu est de passer vite à la suite, alors que la candidature de Bruno Retailleau n’a jusqu’ici pas vraiment fait bouger des sondages qui donnent l’ancien président du groupe LR du Sénat autour de 8 %, loin derrière un certain Edouard Philippe. Depuis son départ, que beaucoup jugent raté, ou du moins mal compris, du gouvernement, Bruno Retailleau connaît une phase de faux plat. C’est pourquoi il est pressé de passer la seconde. « Nous avons besoin d’avoir un candidat rapidement investi qui porte nos couleurs et nos convictions. Il est urgent d’aller à la rencontre des Français et de mettre les divisions derrière nous », soutient Othman Nasrou. Et si le président du parti est désigné, « notre parti, nos fédérations et nos cadres pourront se lancer en campagne dès la semaine prochaine », assure le secrétaire général des LR.
Selon les informations de publicsenat.fr, un meeting est dans les cartons. Selon plusieurs sources chez les LR, il pourrait se faire au Parc Floral, à côté du bois de Vincennes, à Paris. La date évoquée, qui doit encore être définitivement calée, est le samedi 20 juin. Ce pourrait être en même temps un conseil national des LR. Mais dans tous les cas, « il y aura bien un meeting avant l’été », confirme une source bien informée.
« Bruno Retailleau fait travailler beaucoup de groupes sur le programmatique »
Le projet sera un élément essentiel dans le second étage de la fusée. « Si Bruno Retailleau est désigné candidat LR, il lui appartiendra de constituer une équipe de campagne et d’enclencher les opérations sur le terrain. Nous avons une quarantaine de groupes de travail qui construisent un projet solide qu’il nous faudra confronter à nos concitoyens », avance Othman Nasrou. « Personne ne parle aux Français de la France ! Le projet doit être déterminant », soutient Bruno Retailleau dans Le Républicain Lorrain. « Je veux présenter mon projet, ce que je veux pour pouvoir donner un 13e voire un 14e mois, pour plus de pouvoir d’achat, ce que je veux pour faire en sorte qu’on fasse moins d’assistanat, ce que je veux pour qu’on contrôle enfin l’immigration, enfin une justice plus ferme », a lancé mercredi sur notre antenne, dans une anaphore digne d’un meeting, Bruno Retailleau.
Le candidat va pouvoir décliner son programme, comme il avait commencé à le faire sur l’économie, avec notamment la sortie des 35 heures. Sous la houlette du trésorier du parti, Pierre Danon, les équipes planchent sur le fond. Les sénateurs notamment sont mis à contribution. « Le stade suivant, c’est de présenter les différents volets essentiels de son projet », explique Marc-Philippe Daubresse. L’ancien ministre ajoute qu’« il va présenter le plan logement qui est un plan majeur de son projet, auquel j’ai contribué. Nous avons validé le document avant-hier, il est prêt. Je peux dire que le titre, c’est « renverser la table » ».
« Bruno Retailleau fait travailler beaucoup de groupes sur le programmatique. Moi je suis secrétaire national sur l’énergie et je suis de très près tout ce qui est éducation, enseignement supérieur », explique de son côté Stéphane Piednoir, sénateur LR du Maine-et-Loire. Petit avant-goût de l’état d’esprit : « On accepte à l’université des bacheliers technologiques, qui réussissent leur licence dans moins de 1 % des cas. Ce n’est pas normal d’accepter des étudiants qui ne sont pas faits pour l’enseignement supérieur général », souligne Stéphane Piednoir, qui ajoute que « le coût d’un étudiant, c’est environ 11.000 euros par an. Chaque étudiant qui sort de l’université sans diplôme au bout de 5 ans, c’est 60.000 euros de dépense pour rien. On a un problème de sélection à l’entrée de l’université ». Et de pointer des « capacités d’accueil obstruées dans les filières de psychologie, de sciences humaines en général », alors « qu’on a besoin de dizaine de milliers d’ingénieurs ».
« Il faut qu’il attire l’attention avec des éléments de rupture un peu forts, qui font parler de lui »
Cette dimension projet se déclinera en deux dimensions, selon Max Brisson. D’abord « par un travail de fond, dans chaque domaine ». Le sénateur des Pyrénées-Atlantiques travaille pour sa part sur les propositions sur l’école. « Et à côté de cela, il faut qu’il attire l’attention avec des éléments de rupture un peu forts, qui font parler de lui. Il faut qu’il mène le débat, comme il l’a fait comme ministre de l’Intérieur », décrypte Max Brisson.
Une stratégie qui n’est pas sans rappeler celle de la campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy, en 2007, où le candidat UMP avait réussi à rythmer, et au final imposer l’agenda médiatique à coups de propositions clivantes. « Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain. Et aux autres de se positionner », lance le porte-parole du groupe LR. Le sénateur insiste :