« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.
Rédaction Public Sénat

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Au pays du vin, on boit encore trop. Si depuis trente ans, on constate une baisse marquée de la consommation quotidienne d’alcool, c’est encore trop pour la sénatrice Cathy Apourceau-Poly. La consommation d’alcool reste la deuxième cause de mortalité évitable derrière le tabac, c’est pourquoi la législation « ne va pas assez loin », selon l’élue communiste du Pas-de-Calais pour qui trop souvent la consommation d’alcool est associée « à la fête ». Anniversaire, pot de départ, toute excuse est bonne pour boire décrit-elle avant d’ajouter « qu’on peut très bien avoir des départs en retraite ou des séminaires sans alcool. Cela peut participer à réduire la consommation et faire voir aux Français qu’il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » et cela nécessite « de casser cette image de bon vivant ».

Sommes-nous tous égaux face à la consommation ?

Lorsque la consommation se répète, rapidement l’addiction peut prendre le dessus avec des impacts différents selon les individus. Pour la psychiatre et addictologue Delphine Moisan « il y a des facteurs individuels de vulnérabilité : les facteurs génétiques selon qu’on ait antécédents familiaux d’addiction et les facteurs biologiques [comme] le circuit de récompense, le système de plaisir qui ne va pas être réglé pareil pour tout le monde. Il y a en plus plein de facteurs psychologiques : la sensibilité au stress, le fait d’être introverti, d’avoir peu d’estime de soi. Tout cela augmente le risque de développer une addiction ».

Pour éviter de tomber dans l’addiction des critères ont été établis précise l’addictologue : « depuis 2017, il y a les nouveaux repères de consommation qui ont été proposés par Santé public France. C’est maximum deux verres par jour et pas tous les jours. L’OMS dit qu’il n’y a pas de consommation d’alcool sans aucun risque, donc il y a un risque. »

Le fléau du « binge-drinking »

Le binge drinking, littéralement « beuverie express » est un comportement de plus en plus fréquent chez les consommateurs d’alcool et notamment les plus jeunes. Pour Delphine Moisan, « c’est le fait de consommer une grande quantité d’alcool sur un temps en une occasion, ça peut être épisodique mais aussi répété. En France, on a traduit ça par alcoolisation ponctuelle importante. Pour les adultes c’est six verres ou plus par occasion et pour les adolescents c’est cinq ou plus. » Elle alerte sur l’impact d’une telle pratique pour les adolescents « puisque leur cerveau est en maturation jusqu’à 25 ans. »

Il est vrai que l’offre de sans-alcool est en pleine croissance ces dernières années. Mais quand elle reprend tous les codes d’une boisson alcoolisée, l’addictologue Delphine Moisan nuance sur les bénéfices d’une telle solution : « certains patients vont être un peu gênés d’utiliser cet outil, parce que ça leur rappelle le goût et peut déclencher des envies de reconsommer l’alcool qu’ils appréciaient. »

L’émission est à retrouver en intégralité ici.

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