Beaucoup ont navigué entre droite et gauche, au gré des déceptions. S'ils soutiennent Macron aujourd'hui, c'est d'abord parce qu'il rassemble au...
Ils marchent derrière Macron et ont soif de changement
Beaucoup ont navigué entre droite et gauche, au gré des déceptions. S'ils soutiennent Macron aujourd'hui, c'est d'abord parce qu'il rassemble au...
Par Nicole DESHAYES avec les bureaux de l'AFP à Marseille, Grenoble et Clermont-Ferrand
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Beaucoup ont navigué entre droite et gauche, au gré des déceptions. S'ils soutiennent Macron aujourd'hui, c'est d'abord parce qu'il rassemble au-delà des partis et donne un coup de neuf à la politique, confient des Marcheurs, soucieux aussi de faire barrage au FN.
"Dans son programme, j'ai vu quelque chose de nouveau surgir, je me reconnais dans ses valeurs, il veut stopper le clivage gauche/droite et rassembler", apprécie Leila Arfaoui, infirmière libérale de 39 ans et mère de deux enfants à Lyon.
Un argument récurrent parmi les sympathisants d'Emmanuel Macron rencontrés par l'AFP ces dernières semaines. "Il faut dépasser les vieilles manières de faire", assure Julia Martinez, une avocate de 32 ans d'Avignon, lors d'un meeting à Marseille.
Emmanuel Macron, candidat de "En Marche!" à la présidentielle, entouré par des supporters lors d'un meeting à Marseille, le 1er avril 2017
AFP/Archives
Les antécédents électoraux divergent: la première, ex-sarkozyste, a rejoint En Marche! après la défaite d'Alain Juppé à la primaire de droite; la seconde avait voté François Hollande en 2012.
Matthieu Thomas, 38 ans, responsable commercial à Aix-les-Bains en Savoie, a toujours voté François Bayrou au premier tour et c'est le ralliement du maire de Pau qui l'a "convaincu", cette fois, de soutenir Macron. Attaché aux "valeurs du travail et de l'initiative", il a vécu en Allemagne et recherche un peu "le Merkel français".
- 'Trou noir' -
Emmanuel Macron, candidat de "En Marche!" à la présidentielle, et le maire centriste de Pau François Bayrou lors d'un meeting à Pau, le 12 avril 2017
AFP/Archives
Pour la plupart, le fait de militer sur le terrain est une première. Comme pour Hugo Le Van Truoc, étudiant de 19 ans qui distribuait des tracts le 27 mars dans les rues de Lyon. Avec une analyse bien à lui: "Macron, ce n'est ni la droite, ni la gauche" mais "pas le centre" non plus ; "il a pris une place encore jamais prise, j'appelle ça la théorie du trou noir".
Pauline Rivière, 33 ans, animatrice du comité des Marcheurs dans l'Allier, a eu "le déclic" lors d'un meeting à Clermont-Ferrand en janvier. "Je le suivais de loin, au départ c'était un engagement digital (...) Par ses mots et son enthousiasme, je me suis dit: j'y vais", raconte-t-elle lors d'une réunion, un soir d'avril, à Ceyrat (Puy-de-Dôme).
Cette habitante de Moulins qui travaille dans l'événementiel n'y était pas la seule conquise, avant tout, par l'homme. "J'apprécie le personnage plus que le programme. Ce qui est important, c'est le choix d'une personne et sa manière de se comporter", avance Bruno, chef de projet de 56 ans.
s supporteurs d'Emmanuel Macron, candidat d'"En Marche!" à la présidentielle, lors d'un meeting à Besançon, le 11 avril 2017
AFP/Archives
Pour Robert François, retraité savoyard de 80 ans, ce serait bien "d'avoir un quadragénaire qui dirige le pays". "Il faudra au futur président gouverner en bon père de famille, peu importe le programme", juge celui qui aurait voté Fillon sans le "Penelopegate".
En Auvergne, Rozenn André, 41 ans, qui élève neuf enfants, apprécie la "stabilité" et la "bienveillance" du candidat, qui n'est pas "un agité du ciboulot" et agit aussi, à ses yeux, en bon père de famille, bien qu'il ne soit "même pas papa".
- 'L'équilibre qu'on attendait' -
Des supporteurs d'Emmanuel Macron, candidat d'"En Marche!" à la présidentielle, lors d'un meeting à Dijon, le 23 mars 2017
AFP/Archives
Le 4 février au meeting de Lyon, Marie-Colette, 63 ans, éducatrice, comptait surtout sur son champion pour "mettre un coup de pied dans la fourmilière". Sur le fond, cette électrice de gauche apprécie son "engagement européen", comme beaucoup d'autres.
"Sur l'économie, le social, je pense qu'il apporte vraiment l'équilibre qu'on attendait", estime Antoine Marchand, 74 ans, d'Aix-en-Provence.
La méthode Macron, avec des citoyens "au cœur du projet"; sa vision de l'éducation, du travail, d'une France ouverte quand d'autres prônent un retour au protectionnisme; la suppression de la taxe d'habitation ou sa connaissance du monde des affaires sont également mises en avant.
Retraité de l'industrie rencontré à Bron en banlieue lyonnaise, Bernard Fanjat, 69 ans, salue "le bon sens" de ces propositions.
"Macron ne stigmatise personne et il parle aux jeunes de toutes origines", ajoute Florence Delphin à Vaulx-en-Velin. Et "c'est important qu'il soit au second tour pour faire barrage au Front national". D'autres évoquent un vote "stratégique", comme Simone Desamais, ancienne pharmacienne de Clermont-Ferrand et "grande déçue" de la gauche.
Ou Mourad Toumi, ingénieur isérois de 39 ans. "Macron a plein de bonnes idées et il faut les tenter. On va lui donner sa chance mais il faudra qu'il relève le challenge. Sinon on pourra craindre le FN aux prochaines élections".
À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.
A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.
À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.
Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.