Immigration, asile et intégration : le Sénat rejette le budget du gouvernement
Les sénateurs examinaient ce mardi le budget consacré à la mission immigration, asile et intégration. Le gouvernement n’a reçu l’approbation ni de la droite, ni de la gauche, pour des raisons opposées. Les Républicains estiment que les crédits alloués à la lutte contre l’immigration clandestine sont trop faibles, alors que la gauche déplore une approche commune du gouvernement pour traiter deux problématiques distinctes : l’asile et l’immigration.

Immigration, asile et intégration : le Sénat rejette le budget du gouvernement

Les sénateurs examinaient ce mardi le budget consacré à la mission immigration, asile et intégration. Le gouvernement n’a reçu l’approbation ni de la droite, ni de la gauche, pour des raisons opposées. Les Républicains estiment que les crédits alloués à la lutte contre l’immigration clandestine sont trop faibles, alors que la gauche déplore une approche commune du gouvernement pour traiter deux problématiques distinctes : l’asile et l’immigration.
Public Sénat

Par Alice Bardo

Temps de lecture :

2 min

Publié le

Mis à jour le

« Cette mission est globalement sous-budgétisée » estime Sébastien Meurant (LR). Le rapporteur spécial de la commission des finances va même jusqu’à qualifier le budget proposé par le gouvernement pour la mission immigration, asile et intégration « insincère ». Une accusation dont se défend Gérard Collomb, qui rappelle que « la philosophie du gouvernement est de présenter un budget sincère ». Les sénateurs centristes le soutiennent : « Votre budget doit au moins être crédité d’une recherche de réalisme. »

Sébastien Meurant : "La mission immigration, asile et intégration est globalement sous-budgétisée"
00:33

Côté LR, on déplore une baisse de 7% des crédits affectés à la lutte contre l’immigration clandestine. Le ministre de l’Intérieur répond que « ce n’est qu’optiquement que les crédits affectés à cette politique sont en baisse puisque la fermeture des camps de calais et de Grande-Synthe entraîne de moindres dépenses ». Ainsi, la lutte contre l’immigration irrégulière augmenterait, selon lui, « de plus de 5% » dans le budget 2018.

La politique d’asile « se taille la part du lion »

La politique d’asile du gouvernement ne convient quant à elle ni à la droite, ni à la gauche. Pour Sébastien Meurant, elle est dans un « état calamiteux ». Il regrette que celle-ci « se taille la part du lion dans cette mission » au détriment de la politique en matière d’immigration clandestine, trop « laxiste ». « La France se trouve privée de ce droit élémentaire de choisir qui on accueille chez nous », estime le sénateur.

Des propos qui seront repris avec beaucoup de virulence par Stéphane Ravier, pour qui « le gouvernement s’emploie à détruire la France et l’unité du peuple Français » avec un tel budget. Selon lui, « le programme de reconduite à la frontière n’existe plus », « le budget pour la lutte contre l’immigration irrégulière est dérisoire » et celui pour l’allocation aux demandes d’asile « relève de la provocation ». Il regrette « une diminution de 3 millions des crédits destinés aux expulsions » alors que « le budget pour l’immigration et l’asile est en hausse de 28% ».

Stéphane Ravier : "Le gouvernement s'emploie à détruire la France"
03:20

La lutte contre l’immigration clandestine, « parent pauvre de cette mission »

Alain Dufaut (LR) a lui aussi tenu à « focaliser son propos sur la lutte contre l’immigration irrégulière » et déplore « une baisse notoire des crédits destinés à ce poste » : « C’est le parent pauvre de cette mission ». « Les crédits de frais d’éloignement sont en baisse de 10% par rapport à 2017 alors que l’éloignement des immigrés en situation irrégulière devrait être une vraie priorité », juge le sénateur.

Dany Wattebled (Les Indépendants) partage son opinion : « Dans le projet de loi de finance pour 2018, 4 600 éloignements forcés sont budgétés, c’est très insuffisant. » Pourtant, le ministre de l’Intérieur considère que la politique d’éloignement du gouvernement est « crédible » et qu’ « elle donne déjà des résultats ».

Concernant le droit d’asile, tous estiment qu’il doit être réformé. Si à droite l’objectif est d’éviter qu’il devienne « une filière d’immigration clandestine », à gauche il s’agit plutôt de raccourcir les délais de la procédure puis d’assurer la bonne intégration et « le plus vite possible » dans la société de ceux dont la demande a été acceptée. À ce propos, Gérard Collomb a souligné « la création de 4 000 places pour l’hébergement des demandeurs d’asile, de 1 500 en centre d’accueil des demandeurs d’asile et de 3 000 places en centres provisoires d’hébergement ».

Gérard Collomb annonce des places supplémentaires pour les demandeurs d'asile
00:13

La Guyane et Mayotte, « territoires les plus impactés »

Enfin, la nécessité d’apporter une aide accrue aux territoires français « les plus impactés » par l’immigration - la Guyane et Mayotte - fait l’unanimité chez les sénateurs. Le seul amendement adopté en séance fut d’ailleurs à cet égard. Il s’agit de celui déposé par Sébastien Meurant (LR) pour limiter le report de l’entrée en vigueur du contrat d’intégration républicaine à Mayotte de deux ans à un an ». L’objectif du gouvernement était de prendre en compte les difficultés techniques de l’île à mettre en place ce dispositif destiné à favoriser l’intégration des étrangers primo-arrivants, mais les sénateurs ont estimé qu’un an constituait un « délai suffisant ». Une opposition de plus entre l’exécutif et le Sénat.

La Guyane et Mayotte, "territoires les plus impactés" par l'immigration
00:34

Partager cet article

Dans la même thématique

Bourgoin-Jallieu  demonstation against sexual violence targeting women and children
6min

Politique

Loi intégrale contre les violences sexuelles : « Que le gouvernement aborde l'examen de ce texte avec humilité et en ayant en tête son bilan », enjoint Laurence Rossignol

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé l'inscription de la proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles comme premier texte de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale lors de la reprise de la session ordinaire, début octobre. Ce texte de 69 articles est inspiré des 140 propositions élaborées par une coalition d'associations féministes et de défense des droits des enfants. Le meurtre dramatique de la jeune Lyhanna avait mis la pression sur l'exécutif, poussé par l'opposition de gauche et le bloc central, à aborder les violences sexuelles et sexistes dans une approche systémique.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : suivez le premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
7min

Politique

Présidentielle 2027 : une multitude de candidats mais combien seront-ils réellement sur la ligne de départ ?

À huit mois de l’élection présidentielle, la course à l’Élysée donne l’impression d’une compétition sans limite. Une trentaine de personnalités, déclarées, pressenties ou envisagées, ambitionnent déjà de se présenter. Mais entre les primaires, le financement des campagnes et surtout les 500 parrainages d’élus nécessaires, la liste devrait rapidement se réduire.

Le

Photo illustration collage affiches election presidentielle de 2027
5min

Politique

Présidentielle : et si les électeurs français étaient moins indécis qu’on ne le pense ?

Une étude de Terra Nova en partenariat avec Cluster 17 sortie ce mercredi étudie la structure de l’électorat français à quelques mois de la présidentielle. Elle décrit des électeurs répartis en cinq blocs politiques. Si la porosité entre eux est possible, elle est plus probable entre blocs voisins. Si aucune majorité ne se dégage des estimations du premier tour, au second, le modèle prédit une victoire de Marine Le Pen dans tous les cas.

Le

Paris: The senate vote on an amendment of a government plan to enshrine the « freedom » to have an abortion in the French Constitution
11min

Politique

« La disparition de François Patriat nous ressoude encore plus » : confiant sur son maintien lors des sénatoriales, le groupe RDPI face à l’après Macron

Avec le décès de François Patriat, qui dirigeait le groupe macroniste depuis sa création en 2017, le RDPI, dont plus de la moitié des membres est renouvelable, aborde les sénatoriales dans des conditions très spéciales. Mais la disparition du fidèle d’Emmanuel Macron vient aujourd’hui resserrer les liens. Des questions se poseront plutôt après la présidentielle, où la « recomposition au centre » pourrait concerner le groupe, qui va avant se trouver un nouveau président. Plusieurs noms circulent.

Le