Immigration : Bayrou ouvre la porte à la dénonciation de l’accord de 1968 entre la France et l’Algérie

A l’issue du Comité interministériel de contrôle de l’immigration, le Premier ministre François Bayrou a annoncé une période de 4 à 6 semaines au cours de laquelle la France vérifiera si le gouvernement algérien compte bien respecter l’accord de 1968 sur la politique migratoire. Si ce n’est pas le cas, cet accord sera dénoncé par la France.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Patrick Stefanini, représentant spécial du ministre de l’Intérieur, avait assuré à publicsenat.fr que le Comité Interministériel de contrôle de l’immigration ne porterait pas spécifiquement sur l’Algérie. On ne pouvait pas tomber plus à côté, puisque la grande majorité de la conférence de presse qui a suivi la réunion du Comité a porté sur la politique migratoire entre la France et l’Algérie. Deux pays qui entretiennent des relations exécrables depuis maintenant plusieurs mois.

« Au bout du chemin ce sont ces accords qui seront remis en cause »

L’accord franco-algérien de 1968 est dans le collimateur du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Un récent rapport du Sénat proposait de le renégocier, à défaut de le dénoncer. Une voie que le Premier ministre a décidé de suivre. « La France va demander au gouvernement algérien que soit réexaminé la totalité des accords et la manière dont ils sont exécutés », a annoncé François Bayrou évoquant une période de 4 à 6 mois. « Pendant ce temps va être présenté au gouvernement algérien une liste d’urgence de personnes qui doivent retourner dans leur pays », a-t-il poursuivi. En cas de refus de l’Algérie, « le gouvernement français considérerait que les avantages particuliers qui sont consentis au terme de ces accords devraient être remis en cause ». S’il n’y avait pas de réponse, au bout du chemin, ça serait la dénonciation des accords qui serait la seule issue possible; ce n’est pas celle que nous souhaitons », a-t-il mis en garde.

« Ne pas faire de l’escalade et de la surenchère »

Il précise, toutefois, ne pas souhaiter « faire de l’escalade et de la surenchère ». « Mais il est de la responsabilité du gouvernement français de dire que les refus de réadmission sont une atteinte directe aux accords que nous avons avec les autorités algériennes ». François Bayrou a rappelé que le « drame de Mulhouse » aurait pu être évité si l’Algérie avait accepté la réadmission d’un de ses ressortissants. L’auteur de l’attaque au couteau qui a coûté la vie à une personne, est un Algérien sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Mais l’Algérie a « refusé 14 fois » de le reprendre sur son territoire, a répété plusieurs fois, le Premier ministre.

Les avantages de cet accord pour les Algériens font débat

Par cette annonce, le Premier ministre suit les recommandations d’une mission d’information du Sénat, pilotée par la majorité de droite et du centre. Le rapport de Muriel Jourda (LR et Olivier Bitz (centriste) avait conclu que l’accord de 1968 constituait « un régime très favorable de circulation et de séjour » aux Algériens. « Il ne connaît plus de justification évidente tandis qu’il ne s’accompagne aucunement d’un surcroît de coopération en matière de lutte contre l’immigration irrégulière », relevaient les auteurs. C’est pourquoi ils préconisaient une renégociation « afin d’aboutir à des mesures équilibrées pour les deux parties ». A défaut « sa dénonciation devra être mise en œuvre ».

Toutefois, l’avantage supposé que cet accord conférerait aux ressortissants algériens fait débat. Au Sénat, la sénatrice PS Corinne Narassiguin avait fait le choix de quitter la mission d’information rappelant « que les auditions d’experts menées durant de nombreux mois n’ont pas mis en évidence de façon claire et unanime la nécessité de dénoncer cet accord ».

Interrogé par publicsenat.fr sur ce point lundi, Serge Slama, professeur de droit public à l’Université Grenoble-Alpes, indiquait que « mis à part des conditions plus avantageuses d’installation au titre du regroupement familial », l’accord franco-algérien « n’avait aucune incidence sur les entrées et l’exécution des mesures d’éloignement ».

Un débat au Sénat prévu le 4 mars prochain sur cet accord franco-algérien mettra une fois de plus en lumière ces antagonismes.

Enfin, François Bayrou a également annoncé avoir demandé un « audit interministériel » sur la « politique de délivrance des visas » par la France aux inspections générales de la police et des Affaires étrangères.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Assemblee nationale questions au gouvernement
4min

Politique

Après avoir fracturé le camp présidentiel, le projet de loi d’urgence agricole revient au Sénat : le sort de Monique Barbut en suspens

Après un vote tumultueux à l’Assemblée nationale, qui a vu les soutiens du gouvernement se fracturer autour de la question des pesticides, le projet de loi d’urgence agricole est soumis à un dernier vote du Sénat ce mardi. Son adoption définitive pourrait pousser la ministre de la Transition écologique vers la sortie.

Le

Capture d’écran du documentaire « Michel Debré et La Réunion, dérives d’une ambition républicaine » d’Alice Cohen
4min

Politique

Les « docus de l’été » : L’histoire oubliée de l’île de La Réunion

C’est un chapitre méconnu de l’histoire de France : la politique menée par Michel Debré à La Réunion entre 1963 et 1988. Pendant vingt-cinq ans, l’ancien Premier ministre du général de Gaulle mettra tout en œuvre pour contenir les velléités autonomistes qui traversent l’île, notamment celles portées par les communistes réunionnais. Traumatisé par l’indépendance de l’Algérie, inquiet de la montée des mouvements anticoloniaux et frappé par la misère qui touche alors une grande partie de la population, il engage une politique volontariste de modernisation fondée sur de grands travaux, des investissements massifs mais aussi des mesures beaucoup plus contestées, comme le transfert de milliers de mineurs vers la métropole. Cette période complexe et controversée de l’histoire réunionnaise est au cœur du documentaire d’Alice Cohen, "Michel Debré et La Réunion", dérives d’une ambition républicaine à voir cet été sur Public Sénat.

Le

Assemblee Nationale – Questions au Gouvernement
4min

Politique

Sénatoriales 2026 : La France insoumise lance ses troupes à l’assaut d’un Sénat qui lui échappe encore

À deux mois des élections sénatoriales du 27 septembre, La France insoumise dévoile ses 90 têtes de liste dans les départements concernés par le renouvellement de la moitié de la Haute Assemblée. Sans aucun sénateur à ce jour, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon espère transformer sa percée aux municipales en premiers sièges au Palais du Luxembourg.

Le

L Assemblee adopte l’interdiction des reseaux sociaux aux moins de 15 ans
5min

Politique

Réseaux sociaux : députés et sénateurs s’accordent sur une interdiction totale aux moins de 15 ans

Réunis en commission mixte paritaire ce lundi, les sept députés et sept sénateurs se sont mis d’accord sur l’interdiction de tous les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Elle s’applique à toutes les plateformes, sans opérer de distinction comme le souhaitait initialement le Sénat. Emmanuel Macron veut appliquer le texte dès la rentrée, mais sa portée pourrait être limitée puisque la Commission européenne cherche à reprendre la main sur le sujet.

Le