Immigration : le Sénat supprime l’article 3 sur la régularisation des sans-papiers dans les métiers en tension

C’est le moment clé de l’examen du projet de loi immigration. La majorité sénatoriale a supprimé l’article 3 qui visait à régulariser les sans-papiers dans les métiers en tension. Il s’agissait d’une ligne rouge pour la droite sénatoriale. Les Républicains et centristes se sont accordés hier soir sur un nouvel article 4 bis qui durcit les conditions de régularisation par le travail en laissant le pouvoir décisionnaire à la main des préfets.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

C’est une suppression qui ouvre la voie à l’adoption du projet de loi immigration par le Sénat. Après des mois de négociations, Les Républicains, majoritaires au Sénat, sont parvenus à leurs fins. Le fameux article 3 qui prévoit la régularisation de « plein droit » des sans-papiers dans les métiers en tension a été supprimé par un amendement défendu par la commission des lois  par 191 voix contre 138. La suppression de cet article était une exigence du président du groupe LR et de son chef de file Bruno Retailleau, qui avait menacé dans le cas contraire, de ne pas adopter le texte, pourtant sensiblement durcie par la droite sénatoriale.

Les centristes avec qui les Républicains forment la majorité au Sénat étaient, eux, attachés à la conservation d’un volet régularisation dans la loi. Mardi soir, les deux groupes ont trouvé un accord et ont déposé un amendement qui crée un nouvel article 4 bis. Cet article prévoit une régularisation « exceptionnelle » à la main des préfets, une « prise en compte » de la « réalité » du travail du demandeur, mais aussi de « son insertion sociale », de son « respect de l’ordre public » et de son « adhésion aux principes de la République ». (voir notre article)

« Vous ne manquez pas d’air Monsieur le ministre »

« L’important, c’est l’esprit de compromis que veut le gouvernement pour avoir l’essentiel de ce qu’il demande : une mesure de régularisation de personnes qui travaillent dans notre pays depuis très longtemps et dont les patrons ne veulent pas les régulariser », s’est félicité le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin qui a néanmoins donné un avis défavorable à la suppression de l’article 3. Rappelons ici que la circulaire Valls sur l’admission exceptionnelle au séjour, en vigueur depuis 2012, autorise la demande de titre de séjour aux étrangers en situation irrégulière qui vivent en France depuis au moins cinq ans, qui ont travaillé au moins huit mois dans les deux dernières années et disposent d’un contrat de travail ou d’une promesse d’embauche. Mais la demande doit être conjointe de la part de l’employeur et du salarié. « La première volonté du gouvernement était de mettre fin à ce servage moderne », a rappelé le ministre.

« Vous ne manquez pas d’air Monsieur le ministre. Vous voulez faire croire que le dispositif trouvé par la majorité sénatoriale, c’est l’équivalent du dispositif que vous proposiez […] parce que l’article 3 créait un droit automatique à la régularisation. Et bien nous, on n’en voulait pas », s’est agacé Bruno Retailleau, président du groupe LR du Sénat.

« On va sortir de l’hypocrisie », a recadré à son tour le président LR de la commission des lois, François-Noël Buffet. « Il y a une différence entre l’article 3 et l’amendement que nous avons déposé. La différence porte sur le caractère automatique des titres de séjour accordés dans l’article 3. Il suffisait simplement d’expliquer qu’on avait un travail sans vérification de la réalité de celui-ci auprès de l’employeur. Il est clair que nous n’étions pas d’accord sur ce point ».

 

« Ce qui va sortir du Sénat, c’est le cabinet des horreurs »

Lors de nombreuses prises de paroles, les sénateurs des groupes de gauche se sont indignés de la suppression de l’article 3. « Ce qui va sortir du Sénat, c’est le cabinet des horreurs. Cet accord scellé n’est pas entre LR, les centristes et le gouvernement, mais c’est l’accord scellé entre LR et le Rassemblement national puisqu’on trouve dans ce texte le programme du RN voire le programme du Front National des années 90. Les digues ont sauté. Les centristes se sont fait engloutir dans cette calamité », a fustigé le sénateur écologiste, Thomas Dossus.

A noter que la majorité sénatoriale a également supprimé l’article 4 qui permet aux demandeurs d’asile, originaires d’un pays dont le taux de protection accordé par la France est supérieur à 50%, d’avoir immédiatement accès au marché du travail, contre un délai d’au moins six mois après introduction de leur demande dans la législation actuelle. 4 «  En bénéficieraient  des Afghans, des Soudanais ou des Erythréens. C’est-à-dire des personnes qui n’ont pas de pratique de français et qui sont très éloignées des conditions d’employabilité. Une infirme partie de personnes seraient concernées », a justifié Philippe Bonnecarère, co-rapporteur centriste du texte

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Immigration : le Sénat supprime l’article 3 sur la régularisation des sans-papiers dans les métiers en tension
2min

Politique

Mazarine Pingeot sur François Mitterrand : « J'étais insolente avec mon père »

Grandir dans l’ombre du pouvoir oblige à se construire autrement, a fortiori lorsque votre existence relève du secret d’Etat. Mazarine Pingeot, « fille cachée » de François Mitterrand y est parvenue. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, la philosophe publie ces jours-ci Inappropriable (ed. Climats Flammarion), un essai ambitieux sur la relation entre l’homme et l'intelligence artificielle. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur une enfance hors du commun.

Le

Immigration : le Sénat supprime l’article 3 sur la régularisation des sans-papiers dans les métiers en tension
6min

Politique

Crise du Groenland : "Quand l'Europe montre ses muscles, Trump recule" se félicite l'eurodéputé Bernard Guetta

La tension est redescendue après l'inquiétante escalade de Donald Trump sur le Groenland. Mais l’épisode n’est peut-être pas clos, tant le contenu du fameux accord conclu à Davos reste opaque. Il a laissé des traces et beaucoup de questions. Emmanuel Macron parle d'un appel à un réveil stratégique pour les 27. À l'inverse, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a mis en garde les Européens contre toute tentation de divorce. Alors jusqu’où devons-nous et pouvons-nous nous émanciper des États-Unis ? Faut-il en particulier s’empresser de ratifier l'accord commercial conclu au mois de juillet ? Ici l'Europe ouvre le débat avec les eurodéputés Bernard Guetta (France, Renew), Zeljana Zovko (Croatie, PPE) et Rasmus Nordqvist (Danemark, Verts/ALE).

Le

Paris: Auditions candidats elections Mairie de Paris sur l exclusion
8min

Politique

Vent de fronde chez Les Ecologistes pour les municipales : une « manœuvre » de « déstabilisation » de LFI, dénonce le sénateur Thomas Dossus

A Paris, Montpellier ou Avignon, quelques élus des Ecologistes prennent leur distance avec le parti pour rejoindre LFI. Ils dénoncent la stratégie d’alliance locale avec le PS. « C’est marginal », minimise le sénateur Thomas Dossus, qui y voit un mouvement d’humeur « opportuniste » de certains. Malgré les tensions, il espère encore des rapprochements avec les Insoumis au second tour.

Le

Deplacement de Anne Rubinstein a Epide de Lyon Meyzieu
6min

Politique

Violence dans le périscolaire : « l’omerta » au cœur de la bataille municipale parisienne

Depuis plusieurs mois, les signalements d’agressions sexuelles et de comportements suspects se multiplient dans le périscolaire. L’enquête de Cash Investigation en a révélé les failles, derrière ce service public du quotidien, fréquenté chaque jour par des millions d’enfants, se dessine un système fragilisé, miné par la précarité des personnels, des contrôles défaillants et une responsabilité politique désormais au cœur de la bataille municipale parisienne.

Le