Immigration: Philippe tente d’apaiser face aux critiques des associations
Une "consultation" en janvier sur le futur projet de loi sur l'immigration, un "groupe de suivi" sur un recensement controversé...

Immigration: Philippe tente d’apaiser face aux critiques des associations

Une "consultation" en janvier sur le futur projet de loi sur l'immigration, un "groupe de suivi" sur un recensement controversé...
Public Sénat

Par Claire GALLEN, Marc PRÉEL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Une "consultation" en janvier sur le futur projet de loi sur l'immigration, un "groupe de suivi" sur un recensement controversé des migrants: Edouard Philippe s'est efforcé d'apaiser jeudi les tensions autour de la politique d'immigration, sans convaincre les associations.

"Nous avons entendu les réactions, d'indignation parfois, et nous avons considéré qu'il était nécessaire de nous expliquer", a déclaré le Premier ministre au terme d'une réunion à Matignon avec une trentaine d'associations d'hébergement ou d'aide aux étrangers.

Cette consultation acte la reprise en main par le Premier ministre du dossier, initialement piloté par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Ces derniers jours, M. Philippe avait déjà assuré à plusieurs reprises la défense de la politique du gouvernement, à l'Assemblée ou encore sur RTL mercredi.

"On va remettre de l'huile dans les rouages pour montrer que tout n'est pas déjà ficelé", avance un proche du Premier ministre.

Cette "consultation", qui commencera par une réunion à Matignon le 11 janvier, rassemblera le chef du gouvernement et les associations concernées, mais aussi des maires ou des parlementaires, afin de discuter notamment du projet de loi sur l'asile et l'immigration préparé par le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb. Celui-ci suscite de vives inquiétudes du côté des associations de défense des étrangers.

"Pour aborder la discussion publique sur ce sujet difficile, sensible, dans un pays qui est à la fois généreux et en même temps traversé par un certain nombre d'inquiétudes, je souhaite que la discussion soit la plus riche possible de façon à ce que des mesures équilibrées, cohérentes, efficaces, puissent être adoptées", a commenté M. Philippe.

La réunion du 11 janvier sera également l'occasion de mettre en place un "groupe de suivi" de la circulaire controversée du 12 décembre sur le recensement des étrangers en centres d'hébergement d'urgence, via des "équipes mobiles" de fonctionnaires de l'Etat.

Présenté par l'Intérieur comme le moyen de connaître les publics hébergés et de les orienter en fonction de leur situation (réfugiés, déboutés...), ce recensement a été vivement dénoncé par les associations qui y voient un "tri", au mépris de leur mission d'accueil inconditionnel.

- 'Résistance passive' -

"La circulaire n'a pas pour objet et n'aura pas pour objet de revenir sur le principe d'inconditionnalité de l'accueil", a martelé le Premier ministre, en assurant qu'il s'agissait de cadrer une pratique "qui existe déjà", avec l'envoi de fonctionnaires "qui ne sont jamais des forces de police".

"Nous ne demandons pas aux associations de se substituer aux agents" procédant au recensement ni "de nous donner des listes", a-t-il ajouté.

D'ailleurs, le Premier ministre a proposé la création d'"un groupe de suivi qui permettrait de vérifier que la façon dont nous écrivons le recours à cette pratique est bien conforme (...) et permet d'atteindre son objectif".

Les propos se voulaient rassurants, alors que la polémique a gagné jusqu'aux rangs de la majorité ces derniers jours.

Mais les associations, qui s'étaient rendues à la réunion dans l'espoir d'obtenir le retrait de la circulaire, ont fait part de leur "déception" lors d'une conférence de presse. Elles devaient encore décider si elles se rendront à la réunion du 11 janvier, même si à Matignon on souligne que participer à la réunion "ne signifie par forcément être d'accord avec les objectifs poursuivis".

"Nous n'avons pas été entendus, nous n'avons rien obtenu", a estimé Florent Gueguen, le président de la Fédération des acteurs de solidarité (ex-Fnars), en évoquant la publication de consignes aux associations pour organiser "une sorte de résistance passive".

Sur le projet de loi, les associations se sont félicitées du retrait de la notion de "pays tiers sûr", permettant de renvoyer, dans certains cas, un demandeur d'asile vers un pays de transit, a indiqué Jean-Claude Mas de la Cimade. Mais "nous n'avons pas compris s'il y avait une possibilité d'évolution significative", a-t-il déploré.

Le calendrier initial, prévoyant un envoi au Conseil d'Etat vers le 15 janvier, "n'est pas nécessairement décalé", a-t-on souligné à Matignon, car "des choses peuvent cheminer en parallèle de la transmission au Conseil d'Etat".

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le