Immigration: quand la majorité cherche à déminer le débat
A l'approche du débat sur l'immigration au Parlement, des responsables de la majorité tentent de dépassionner ce thème hautement inflammable,...

Immigration: quand la majorité cherche à déminer le débat

A l'approche du débat sur l'immigration au Parlement, des responsables de la majorité tentent de dépassionner ce thème hautement inflammable,...
Public Sénat

Par Pierre ROCHICCIOLI

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A l'approche du débat sur l'immigration au Parlement, des responsables de la majorité tentent de dépassionner ce thème hautement inflammable, mis en avant par Emmanuel Macron et qui a irrité une partie des "marcheurs".

Un an et demi après le vote de la loi asile et immigration de Gérard Collomb qui avait divisé pour la première fois les élus LREM (1 vote contre et 14 abstentions), l'heure est à la prudence dans les rangs, où le sujet est potentiellement explosif.

Le discours du chef de l'Etat, lundi devant le gouvernement et quelque 200 parlementaires de sa majorité, a surpris. "Nous n'avons pas le droit de ne pas regarder ce sujet en face", a lancé le chef de l'Etat, dénonçant des détournements du droit d'asile.

"Les bourgeois n'ont pas de problème avec cela (...) Les classes populaires vivent avec", a-t-il considéré, appelant sa majorité à "dépasser les clivages et les tabous".

Depuis plusieurs mois, Emmanuel Macron tente de mettre en avant le thème de l'immigration, persuadé que la présidentielle de 2022 se jouera sur les sujets régaliens et qu'il se retrouvera à nouveau face à Marine Le Pen.

Il avait voulu en faire un des thèmes centraux du grand débat post-crise des "gilets jaunes" mais le Premier ministre avait alors, selon son entourage, poussé pour en faire un sous-thème, redoutant les ratés du débat sur l'identité nationale de l'ère Sarkozy.

Une des
Une des "raisons" d'accueillir les migrants projetées sur la façade de l'Assemblée nationale par Amnesty International France, à Paris le 19 juin 2018
AFP

Mais cette stratégie présidentielle ne fait pas l'unanimité dans son camp où certains, notamment à l'aile gauche, redoutent de perdre leur âme dans un calcul politicien.

Les débats sans vote prévus le 30 septembre à l'Assemblée, le 2 octobre au Sénat, ne doivent "pas servir de marchepied à ceux qui font leurs fonds de commerce d'une irréelle association immigration-islam-délinquance", ont mis en garde 15 députés LREM du "collectif social démocrate", dans une tribune appelant à parler plutôt "d'intégration".

Autre source de malaise, le fait que le président ait abordé dans son discours la question migratoire, après avoir évoqué la sécurité et "le sujet du communautarisme".

A l'inverse, d'autres membres de l'aile gauche, à l'instar de Brigitte Bourguignon, élue du Pas-de-Calais où le sujet est sensible, saluent un "discours de vérité nécessaire" du président, qui "cherche à rassembler en s'adressant aux catégories populaires qui sont les plus concernées par la question".

Quant à Aurélien Taché, autre figure à gauche, il a choisi le coup d'éclat en conviant lundi à l'Assemblée Carola Rackete, capitaine du Sea Watch 3, poursuivie en Italie pour avoir voulu faire débarquer de force des migrants.

- "Fermeté" mais "humanisme" -

Reconnaissant "un tiraillement dans la majorité", la porte-parole Olivia Grégoire a appelé les "marcheurs" à "travailler ensemble" à une "ligne" commune. Porte-parole du parti macroniste, Aurore Bergé a, elle, prôné "fermeté" mais avec "humanisme".

Le président de l'Assemblée Richard Ferrand et les présidents de groupe François Patriat et Gilles Le Gendre ont de leur côté exhorté jeudi députés et sénateurs au rassemblement, a indiqué à la presse M. Le Gendre lors des journées parlemenaires d'LREM.

Selon le journal L'Opinion, la ministre de la Santé Agnès Buzyn aurait obtenu la garantie qu'il n'y aura pas de coup de rabot généralisé sur l'aide médicale d'Etat (AME) dont bénéficient des étrangers en situation irrégulière
Selon le journal L'Opinion, la ministre de la Santé Agnès Buzyn aurait obtenu la garantie qu'il n'y aura pas de coup de rabot généralisé sur l'aide médicale d'Etat (AME) dont bénéficient des étrangers en situation irrégulière
AFP/Archives

Parmi les sujets soulevés ces derniers jours par l'exécutif figurent le droit d'asile pour éviter les abus ou celle du panier de soins de l'aide médicale d'Etat (AME) dont bénéficient des étrangers en situation irrégulière. Il n'est pas revenu sur la question d'éventuels quotas d'immigrés économiques, évoqués précédemment.

Dans une lettre ouverte, jeudi dans L'Opinion, 35 députés essentiellement LREM et MoDem ont exhorté le gouvernement à ne pas toucher à l'AME. Selon le quotidien, la ministre de la Santé Agnès Buzyn aurait obtenu la garantie qu'il n'y aura pas de coup de rabot généralisé sur cette aide.

Edouard Philippe a assuré qu'il tiendrait compte des débats au Parlement avant toute décision. "L’idée, c’est qu’on puisse mettre à plat tout ce qui se passe", a précisé le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. Pour la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, les parlementaires de la majorité doivent être capables "d'avoir un débat serein qui ne jette pas l'anathème d'un camp contre un autre".

Les initiatives se multiplient dans cette optique. Matignon prépare un "document de synthèse" sur la politique migratoire et une quarantaine de parlementaires ont rendez-vous lundi place Beauvau.

Pour tenter de rapprocher les points de vue, une réunion intergroupes (LREM-MoDem) est également programmée mardi, avec les ministres impliqués.

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