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Immigration, sécurité : après 6 mois à Beauvau, Bruno Retailleau assume « sa stratégie de rupture »

Le favori de la campagne pour la présidence de LR, Bruno Retailleau présentait, ce jeudi, son bilan après six mois au ministère de l’Intérieur. Un bilan forcément présenté comme positif même si « la bataille pour restaurer l’ordre prendra du temps ».
Simon Barbarit

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Un ministère « des crises », de « l’urgence », mais aussi de « l’endurance », a résumé Bruno Retailleau en introduction de sa conférence de presse, dressant un bilan de ses 6 premiers mois à Beauvau.

Considéré par le RN comme « un ministre de la parole » et par son concurrent à la présidence de LR, Laurent Wauquiez, comme un ministre « qui n’est pas écouté », Bruno Retailleau, désormais aux responsabilités après des années dans l’opposition, a dû apprendre à répondre « aux yakafokons ». « Ce n’est pas en quelques mois que l’on peut faire une législation pour protéger les Français », s’est-il défendu rappelant que la droite n’était pas majoritaire à l’Assemblée nationale. « La bataille pour restaurer l’ordre prendra du temps ». Mais pour cela il faut « assumer des ruptures ». « Une rupture qui passe d’abord selon lui par une « parole claire », a-t-il décrit.

Vers une reprise des relations normales avec l’Algérie : « Je jugerai aux résultats »

Quitte à ce que cette parole s’entrechoque avec le quai d’Orsay sur les relations avec l’Algérie. Dimanche, lors d’une visite à Alger, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot a annoncé « une nouvelle phase » pour les relations entre la France et l’Algérie, après huit mois d’une crise, alimentée par le bras de fer engagé par Bruno Retailleau qui a mené les deux pays au bord de la rupture. « Je jugerai aux résultats », a indiqué le ministre de l’Intérieur qui demande toujours la libération de Boualem Sansal et l’application de l’accord bilatéral de 1994 qui impose à l’Algérie de reprendre ses ressortissants faisant l’objet d’une mesure d’éloignement sans qu’un laissez-passer consulaire ne soit nécessaire.

Les chiffres mis en avant par le ministère en matière de maitrise de l’immigration se veulent encourageants. – 9 % de délivrances de visas de long séjour et – 7 % de primo délivrances de titres de séjour (d’octobre 2024 à février 2025, par rapport à la même période de 2023 et 2024). Le point de rupture se situe à la date de publication de sa circulaire du 23 janvier 2025 qui durcit les conditions de l’admission exceptionnelle au séjour (AES) et entraîné une baisse des régularisations de « 20 % ».

L’idée « déroutante » de Laurent Wauquiez

Bruno Retailleau enverra prochainement aux préfets une deuxième circulaire pour durcir les conditions de la naturalisation ». Elle prévoit notamment une hausse du niveau de français pour obtenir un titre de séjour au 1er janvier 2026, conformément aux dispositions de la loi immigration de 2024. « Le droit de séjour est une faveur qu’on accorde à un étranger régulier sur le sol français. Donc on y met des conditions », a-t-il justifié.

Interrogé sur la proposition de Laurent Wauquiez consistant à enfermer les étrangers placés sous OQTF, le ministre a indiqué de pas vouloir « polémiquer » avec son adversaire jugeant néanmoins « l’idée déroutante ». « Mais chacun a le droit, en démocratie, de s’exprimer », a-t-il ajouté.

Faisant face, comme l’ensemble de ses collègues du gouvernement à un agenda législatif chargé, il a fixé comme priorité l’examen de la proposition de loi visant à allonger la durée de rétention administrative pour certains étrangers dangereux, adoptée au Sénat, le 18 mars dernier.

En ce qui concerne la lutte contre la criminalité organisée, le hasard du calendrier a fait que la conférence de presse se tenait au même moment que la commission mixte paritaire sur la proposition de loi sur le narcotrafic. « C’est un texte qui me tient à cœur, car je l’ai vu naître. J’étais président du groupe qui avait déclaré sur son droit de tirage, au Sénat, la commission d’enquête. C’est à partir de ses conclusions que nous avons forgé une proposition de loi, votée à l’unanimité au Sénat et à une très large majorité à l’Assemblée nationale », n’a-t-il pas manqué de rappeler.

« Je pourrai assumer demain d’être président d’un parti et d’être ministre de l’Intérieur »

Sa stratégie visant à responsabiliser les consommateurs de stupéfiants a conduit à une hausse du nombre d’amendes forfaitaires de 4 % depuis octobre, 530 en moyenne par jour en 2025, sans toutefois indiquer le taux de recouvrement. Dans la lutte contre le narcotrafic, Bruno Retailleau « assume » là encore de changer de cap, préférant les « coups de filet » aux coups de pied dans la fourmilière, « parce que les fourmis partent mais reconstituent ailleurs le point de deal ». C’est pourquoi, sa stratégie consiste à travailler en amont avec l’autorité judiciaire, et « être un peu patient pour aller chercher en profondeur ceux qui sont responsables ».

Enfin, à un mois de l’élection de la présidence de LR, le favori face à Laurent Wauquiez assume « d’être candidat et ministre ». « Je pourrai assumer demain d’être président d’un parti et d’être ministre de l’Intérieur », a-t-il rassuré se mettant dans les pas de Jaques Chirac et de Nicolas Sarkozy mais aussi de « Giorgia Meloni, présidente du Conseil et du parti Fratelli Italia ».

 

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