Impôts en retard: prison avec sursis pour l’ex-secrétaire d’Etat Thévenoud
Sa "phobie administrative" a "fait rire la France entière", lui a coûté sa place au gouvernement et valu un procès: l'éphémère secrétaire d'Etat...

Impôts en retard: prison avec sursis pour l’ex-secrétaire d’Etat Thévenoud

Sa "phobie administrative" a "fait rire la France entière", lui a coûté sa place au gouvernement et valu un procès: l'éphémère secrétaire d'Etat...
Public Sénat

Par Sylvain PEUCHMAURD

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Sa "phobie administrative" a "fait rire la France entière", lui a coûté sa place au gouvernement et valu un procès: l'éphémère secrétaire d'Etat Thomas Thévenoud a été condamné lundi à trois mois de prison avec sursis et un an d'inéligibilité pour fraude fiscale.

Député (ex-PS) sortant de Saône-et-Loire, Thomas Thévenoud, 43 ans, ne se représente pas aux législatives et a annoncé récemment qu'il arrêtait la politique.

Son épouse Sandra, qui était chef de cabinet du président du Sénat, a elle aussi été condamnée à trois mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Paris.

Le couple a été sanctionné par la justice pour avoir déclaré en retard ses revenus entre 2009 et 2013, et même ne pas les avoir déclarés du tout en 2012. Ils avaient régularisé leur situation en 2014 et se sont acquittés de 20.500 euros de pénalités.

Présents au délibéré, ni Thomas Thévenoud ni son avocat Martin Reynaud n'ont souhaité s'exprimer.

L'affaire Thomas Thévenoud en 5 dates
L'ex-secrétaire d'Etat Thomas Thévenoud, le 19 avril 2017 au Palais de justice de Paris
AFP

Le parquet avait requis un an de prison avec sursis et cinq ans d'inéligibilité contre Thomas Thévenoud, et six mois de prison avec sursis contre son épouse.

Détaillant les motivations du jugement, le président Olivier Géron a souligné qu'il n'y avait "pas seulement négligence", mais "volonté frauduleuse" d'omettre de déclarer ses impôts.

"Je considère que nous avons été défaillants, négligents", avait expliqué face au tribunal Thomas Thévenoud lors de l'audience. C'était, avait-il dit, le "mode de fonctionnement" du couple, qui comportait "une part incompréhensible et irrationnelle".

- Moralisation -

"A cause de ces omissions, de ces manquements, notre vie a basculé", avait-il souligné.

L'ascension politique de Thomas Thévenoud a été brisée net par cette affaire. Avec neuf jours au gouvernement, il est le ministre le plus éphémère de la Ve République, avec Léon Schwartzenberg en 1988, ministre délégué à la Santé du gouvernement Rocard.

Quelques jours après sa démission début septembre 2014, le Canard enchaîné avait révélé en outre des impayés de loyer de l'ancien secrétaire d'Etat dans son appartement parisien. Le parlementaire avait dit à l'hebdomadaire souffrir de "phobie administrative".

Une "bêtise" qui a "fait rire la France entière", "mais ça existe", avait-il déclaré à son procès, racontant avoir reçu des dizaines de témoignages de gens pour qui les démarches administratives sont difficiles.

L'affaire Thévenoud avait atteint une nouvelle fois la "République exemplaire" prônée par François Hollande, après le scandale des comptes cachés à l'étranger de l'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac.

Thomas Thévenoud est le troisième ministre du quinquennat Hollande à avoir été condamné pour une affaire qui l'a conduit à quitter le gouvernement.

Avant lui, Jérôme Cahuzac a été condamné à trois ans de prison pour ses comptes cachés, condamnation dont il a fait appel. L'ex-ministre de la Francophonie Yamina Benguigui a été condamnée en appel à un an d'inéligibilité, deux mois de prison avec sursis et 5.000 euros d'amende pour des omissions dans ses déclarations de patrimoine et d'intérêts. Elle a formé un pourvoi en cassation.

L'affaire Thévenoud, comme d'autres, a laissé une forte empreinte: après son investiture, le nouveau président Emmanuel Macron a annoncé la composition de son gouvernement avec une journée de retard, officiellement pour contrôler la situation fiscale de chaque futur ministre et l'absence de conflits d'intérêt.

Ce jugement intervient alors que le gouvernement planche sur sa première loi, consacrée à la moralisation de la vie publique, un chantier perturbé, en pleine campagne pour les législatives, par les révélations sur une opération immobilière concernant la compagne de Richard Ferrand, le ministre de la Cohésion des territoires.

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le