Inflation : peu de « hausses suspectes » des prix alimentaires, mais les distributeurs dans le viseur, selon un rapport du Sénat
Si « suspecte » que cela, l’inflation ? Pas selon les sénateurs, qui dans un rapport publié ce mardi, estiment qu’il est inexact de parler de hausses abusives et généralisées des prix. La Chambre haute fait plusieurs propositions pour le pouvoir d’achat.

Inflation : peu de « hausses suspectes » des prix alimentaires, mais les distributeurs dans le viseur, selon un rapport du Sénat

Si « suspecte » que cela, l’inflation ? Pas selon les sénateurs, qui dans un rapport publié ce mardi, estiment qu’il est inexact de parler de hausses abusives et généralisées des prix. La Chambre haute fait plusieurs propositions pour le pouvoir d’achat.
Public Sénat

Par Steve Jourdin

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La pierre a été jetée trop vite, et peut-être sur la mauvaise personne. Le 30 juin dernier, au micro de BFM-TV, le médiatique Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique des centres Leclerc, affirmait que « la moitié des hausses (de prix) ne sont pas transparentes, sont suspectes ». La faute à des industriels qui gonfleraient artificiellement les prix et participeraient ainsi à l’inflation des prix dans les rayons (au mois de juin, l’inflation observée sur les produits alimentaires s’est établie à 5,8 % ). En réponse à ces accusations, la France Insoumise avait demandé le lancement d’une commission d’enquête parlementaire à l’Assemblée nationale. Le Sénat, par le biais de la commission des Affaires économiques, annonçait qu’elle allait se pencher sur la question. Le résultat des travaux de la Chambre haute, menés de concert par les sénateurs Sophie Primas, Daniel Gremillet et Anne-Catherine Loisier, est limpide.

« Il n’a pas été constaté de phénomène massif de hausses suspectes des tarifs fournisseurs […]. Il peut bien entendu exister certains effets d’aubaine ponctuels, mais il n’a pas été constaté de déconnexion régulière entre ces deux phénomènes, qui gonflerait de façon injustifiée le niveau d’inflation. » selon le rapport publié ce mardi. Le groupe de suivi de la loi Egalim, saisi pour l’occasion, a entendu plusieurs acteurs du secteur. Objectif : démêler le vrai du faux dans une partie de « poker menteur » alors qu’industriels et distributeurs se renvoient la responsabilité de la hausse des prix de l’alimentation.

 

Une combinaison de facteurs, les distributeurs dans le viseur

Si une partie de la hausse des prix provient probablement de « spéculations financières », les sénateurs estiment que la part exacte de cette spéculation dans l’inflation est difficile à mesurer. Plusieurs facteurs jouent actuellement. Parmi eux, la reprise économique mondiale soudaine post-covid et un certain nombre d’aléas climatiques extrêmes. Selon les rapporteurs, ces facteurs ont entraîné une envolée spectaculaire du prix des matières premières agricoles et industrielles dès l’an dernier, et la guerre en Ukraine, si elle n’a pas provoqué cette inflation, l’a renforcée et accélérée.

Plutôt que de « hausse suspectes », les sénateurs préfèrent parler de manque de transparence dans les échanges entre distributeurs et industriels du secteur alimentaire. Ces derniers ne justifieraient pas, au détail près, les hausses de tarifs qu’ils demandent. Pour un même produit, plusieurs industriels demandent ainsi des hausses de tarifs très différentes (de 5 à 20 % selon le fournisseur), sans justifier ces écarts. Le groupe de suivi sénatorial rappelle néanmoins que les chiffres de l’inflation des matières premières (énergie, emballage, transport, intrants alimentaires) sont particulièrement impressionnants (+ 45 % pour le verre, + 60 % pour le carton, + 75 % pour les céréales, etc.), et que cela pourrait expliquer les hausses demandées par les industriels. Voilà les industriels mis hors de cause par les sénateurs.

 

A l’inverse, la Chambre haute critique à mots couverts la sortie intempestive de Michel-Edouard Leclerc, et rappelle que le rapport de force actuel joue largement en faveur des grandes surfaces. En clair, « si des hausses suspectes ont été soumises par les industriels, les distributeurs n’ont pas été contraints de les accepter », et ne les ont donc pas acceptées. Dès lors, les causes de la hausse de certains prix sont plutôt à chercher du côté des distributeurs.

Selon les rapporteurs, certains d’entre eux auraient ainsi appliqué « des hausses de prix de vente dans leurs rayons alors même qu’ils n’avaient pas signé de hausse de tarif d’achat du produit avec le fournisseur ». En clair : ils profiteraient du contexte pour faire monter les prix. Aucune enseigne n’est visée explicitement par les sénateurs, mais le mécanisme est connu et détaillé dans le rapport. Sans solution rapide, les sénateurs pointent « des risques réels de ruptures d’approvisionnement » dans les rayons.

 

Les sénateurs demandent une réponse « structurelle » à la crise

 

Dans ce contexte de tensions inflationnistes, les sénateurs critiquent la « politique des chèques » du gouvernement. Les mesures proposées et discutées cette semaine à l’Assemblée nationale ? « Simples chèques qui sont autant de pansements sur des jambes de bois » selon les sénateurs, qui estiment que l’inflation des produits alimentaires devrait augmenter à la rentrée le panier moyen des Français de 45 euros par mois environ (contre 30 euros aujourd’hui).

Pour répondre à l’explosion des prix, les rapporteurs appellent à une politique de revalorisation du travail. Parmi les dispositifs proposés : une plus juste rémunération du travail et un allègement de la fiscalité. Autant de mesures qui seront proposées et discutées dans l’hémicycle au moment de l’examen du « paquet pouvoir d’achat » au Sénat.

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Inflation : peu de « hausses suspectes » des prix alimentaires, mais les distributeurs dans le viseur, selon un rapport du Sénat
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le