Inflation, retraites, prix de l’énergie : vers un « effet boule de neige », selon le politologue Bruno Cautrès
Face à la situation sociale très difficile, entre inflation, crise de l’énergie et réforme des retraites qui suscite déjà l’opposition générale des syndicats, les sujets de tensions ne manquent pas pour le gouvernement. Le président de la République appelle à « l’audace et à l’écoute ». Il faudra au moins cela pour faire face aux prochains mois qui s’annoncent explosifs.

Inflation, retraites, prix de l’énergie : vers un « effet boule de neige », selon le politologue Bruno Cautrès

Face à la situation sociale très difficile, entre inflation, crise de l’énergie et réforme des retraites qui suscite déjà l’opposition générale des syndicats, les sujets de tensions ne manquent pas pour le gouvernement. Le président de la République appelle à « l’audace et à l’écoute ». Il faudra au moins cela pour faire face aux prochains mois qui s’annoncent explosifs.
Public Sénat

Par Tam Tran Huy

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Un début d’année sous tension

La rentrée politique de l’exécutif est celle de tous les dangers. Olivier Véran lors du compte rendu du Conseil des ministres, a évoqué le « stress lié à la hausse des prix », la « reprise épidémique en Chine, source d’inquiétude légitime en Europe », il s’est voulu rassurant sur ces délestages possibles et tant commentés tout au long du mois de décembre dernier : « Le risque de coupure semble s’écarter » a-t-il lancé dès le début de son intervention. Mais il a été largement questionné sur la rentrée sociale potentiellement explosive qui arrive, entre les boulangers en colère, la réforme des retraites qui suscite l’opposition de tous les syndicats, y compris les plus réformistes comme la CFDT, ou encore une possible reprise du mouvement des gilets jaunes samedi prochain. Cette accumulation de sujets de tension peut donner un « effet boule de neige » explique le politologue Bruno Cautrès.

Mais le premier risque auquel le gouvernement fait aujourd’hui face est celui « de l’expérience collective de tous les Français d’une inflation très importante », l’impression « dans l’opinion que malgré les efforts louables du gouvernement, la situation n’est pas sous contrôle ». A cet égard, l’accent aujourd’hui mis sur la situation des boulangers est particulièrement révélateur : « Cela donne l’impression que l’économie est devenue folle. Qu’un acteur économique puisse multiplier par 5 ou 6 les prix [de l’énergie que doivent payer les boulangers] donne le sentiment d’un pouvoir démuni face à une réalité économique qui lui échappe » insiste le chercheur.

De l’audace…

Alors que penser du discours volontariste du gouvernement en cette rentrée ? Lors du premier compte rendu du Conseil des ministres, Olivier Véran a d’abord présenté ses collègues comme « mobilisés ». Des ministres à pied d’œuvre qui ont laissé leur voiture pour parcourir les 150 mètres qui séparent le ministère de l’Intérieur, place à Beauvau et l’Elysée ce matin. L’image est devenue traditionnelle dans ces moments de rentrée, elle illustre, cette fois encore, l’union du gouvernement et son effort pour concrétiser l’ambition réformatrice d’Emmanuel Macron.

Comme Emmanuel Macron lors de ses vœux, le porte-parole a d’ailleurs vanté le bilan de ce début de quinquennat : malgré la majorité relative, le gouvernement a réussi à réformer le marché du travail comme jamais, a-t-il expliqué à propos de la réforme de l’assurance-chômage et de la future réforme du lycée professionnel. Un « exercice de communication rhétorique » estime Bruno Cautrès. Et de rappeler : la vraie réforme du travail n’était pas celle de l’automne, mais « celle du Code du travail, et c’était le début du premier mandat. »

….mais aussi de l’écoute

Dans cette séquence, le sujet des retraites, la réforme principale de 2023 concentre bien sûr les attentions. Alors que la Première ministre poursuit les concertations, Olivier Véran a affiché volontarisme et pédagogie en délivrant une nouvelle fois le calendrier de la réforme, qui doit être appliquée dès la fin de l’été. Mais il a aussi répété à l’envi que le gouvernement était « à l’écoute ». Il ne serait pas illogique qu’une partie de l’opposition, notamment à droite de l’échiquier, vote cette réforme a expliqué le ministre en un appel du pied aux LR et notamment à la droite sénatoriale qui vote, depuis plusieurs années, pour un report de l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans. « Nous vous écoutons et nous vous entendons » a-t-il d’ailleurs lancé aux oppositions, aux syndicats et aux corps constitués.

« Faisons le pari de la sincérité de tous les acteurs, les leaders syndicaux ne disent pas qu’ils sont écoutés lorsqu’ils sortent du bureau de la Première ministre » analyse Bruno Cautrès pour qui la réforme des retraites symbolise « le pilotage à vue sans cohérence du gouvernement ». « Il y a trois ans, on nous dit que si on ne fait pas la réforme systémique des retraites, tout s’effondre. Ensuite, on nous dit qu’il faut toucher au paramètre de l’âge et puis on nous explique que si on ne reporte pas l’âge légal à 65 ans, tout s’effondre. Puis on nous dit que ce n’est pas un totem. » Le politologue différencie bien la bataille parlementaire, qui pourrait être gagnée grâce au 49.3 ou grâce au soutien des LR, de la bataille de l’opinion. « Réunir aussi peu d’adhésion sur une réforme aussi essentielle est problématique. » résume-t-il, décidément bien peu convaincu par la stratégie du gouvernement en ce début d’année.

Partager cet article

Dans la même thématique

Inflation, retraites, prix de l’énergie : vers un « effet boule de neige », selon le politologue Bruno Cautrès
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le

Hearing of French billionaire and majority shareholder of the Canal+ media group Vincent Bollore at National Assembly
7min

Politique

L’offensive de Vincent Bolloré sur le septième art

À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, une tribune signée par près de 600 professionnels du cinéma dénonce l’extension de l’influence de Vincent Bolloré dans le septième art. L’entrée de Canal+ au capital d’UGC ravive les craintes autour de la concentration des médias et d’une possible emprise idéologique sur la création culturelle française.

Le