Après plusieurs interpellations des groupes de gauche du Sénat, Gérard Larcher a saisi le président du comité de déontologie de la chambre haute sur le cas du sénateur LR, Thierry Meignen, a appris publicsenat.fr, ce midi.
Une saisine qui fait suite aux propos rapportés par le journal Le Monde et tenus 48h avant la victoire dimanche du candidat de la gauche unie, Demba Traoré au Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis.
Dans cet article, Thierry Meignen, qui a été maire de la ville de 2014 à 2021 date de son élection au Sénat, s’en prend à la journaliste Nassira El Moaddem, autrice du livre enquête « Main basse sur la ville », publié le mois dernier chez Stock.
« Je vais la faire condamner pour diffamation. Je vais la fouetter. J’irai au bout, elle va mourir, je la tue », a déclaré Thierry Meignen au Monde, rapporte le quotidien. L’élu LR a également affirmé que Nassira El Moaddem était « une militante payée » par le Parti communiste. Des propos qui ont conduit à un dépôt de plainte contre le sénateur de la part des Editions Stock et de la journaliste.
Le sénateur communiste, du Blanc-Mesnil, Fabien Gay a apporté son soutien à la journaliste. « On a mis fin à des années de gouvernance de la droite alliée avec l’extrême droite, avec une très grande dignité. Les gens ont chanté la Marseillaise. Oui, il y a eu des huées mais pas de violences », tient-il à préciser alors que plusieurs scènes montrant des maires battus, hués et insultés, circulent sur les réseaux sociaux depuis dimanche.
« Les propos inacceptables de notre collègue ternissent l’image de notre institution tout entière », dénoncent les écologistes du Sénat
« Une atteinte inqualifiable à la liberté de la presse, pilier de notre démocratie », a dénoncé le groupe écologiste du Sénat dans un courrier adressé à Gérard Larcher que publicsenat.fr a pu consulter et dans lequel il demandait à Gérard Larcher de saisir le comité de déontologie du Sénat pour se pencher sur les propos tenus par Thierry Meignen. « Les propos inacceptables de notre collègue ternissent l’image de notre institution tout entière », met en avant le groupe écologiste.
Mercredi, lors d’un rappel au règlement, le président du groupe socialiste du Sénat, Patrick Kanner a rappelé l’article 91 bis de ce document, selon lequel les sénateurs « exercent leur mandat dans le respect du principe de laïcité et avec assiduité, dignité, probité et intégrité ». « La gravité et l’indignité de cette déclaration nous obligent à réagir avec force » […] « Le Sénat ne peut rester inactif ». « De tels propos sont contraires aux obligations de dignité et pauvreté. Je demande au Sénat d’instruire rapidement ce dossier et de prendre les décisions qui s’imposent », a-t-il appuyé.
« Le Sénat met trop de temps à réagir »
« On l’a vu avec l’affaire Guerriau, le Sénat met trop de temps à réagir dans ces cas-là. En se retranchant derrière la présomption d’innocence, l’institution laisse le sentiment qu’on réglerait nos affaires entre nous. De l’extérieur, ce n’est pas compris. C’est pourquoi on pourrait aussi réfléchir à une évolution du règlement si c’est nécessaire car le Sénat aurait déjà dû dénoncer ce qu’il s’est produit. Gérard Larcher aurait pu aussi faire un signalement au titre de l’article 40 du code de procédure pénale », explique Guillaume Gontard, président du groupe écolo, contacté par publicsenat.fr.
« Je pense que le président Gérard Larcher va s’exprimer »
Invitée de la matinale de Public Sénat, la sénatrice LR, Agnès Evren a qualifié les propos de Thierry Meignen « d’inacceptables et d’intolérables dans une démocratie comme la nôtre ». « C’est une évidence : il faut arrêter avec la brutalisation de la vie politique. Et après on s’étonne de la progression des populismes. Non, ce n’est pas acceptable », a-t-elle dénoncé. « Je pense que le président Gérard Larcher va s’exprimer, ou notre président de groupe », a-t-elle précisé.
A ce stade, Thierry Meignen n’a pas encore répondu à nos sollicitations.