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President-elect Donald Trump watches with Elon Musk as Sen. Bill Hagerty, R-Tenn., left, and Sen. Ted Cruz, R-Texas, left, Sen. Kevin Cramer, R-N.D., and Rep. Ronny Jackson, R-Texas, before the launch of the sixth test flight of the SpaceX Starship rocket Tuesday, Nov. 19, 2024 in Boca Chica, Texas. (Brandon Bell/Pool via AP)/wx614/24324798962378/POOL IMAGE/2411192356

Ingérences politiques d’Elon Musk : « Il a l’impression d’être à la tête d’une forme d’Internationale de l’extrême droite »

Après avoir apporté son soutien à l’extrême-droite allemande, le milliardaire et propriétaire de X, Elon Musk s’affirme progressivement comme un porte-parole majeur de l’extrême-droite mondiale. En agissant durant les périodes de tensions sociales ou d’élection, Elon Musk fait planer un risque de déstabilisation des démocraties européennes.
Henri Clavier

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En plus de sa participation à la future administration Trump, l’homme le plus riche du monde n’en finit plus de faire parler de lui en faisant preuve d’ingérence dans la vie politique européenne. En effet, après l’attentat du marché de Noël de Magdebourg, le propriétaire du réseau social X a directement mis en cause le chancelier allemand et apporté son soutien à l’Afd, un parti d’extrême droite allemand le qualifiant de « dernière étincelle d’espoir » pour l’Allemagne. Durant la campagne pour les élections européennes, la tête de liste de l’Afd avait finalement dû se retirer après avoir affirmé que les SS « n’étaient pas automatiquement des criminels ».

A deux mois des élections législatives en Allemagne, ce positionnement interroge. D’autant plus que ce n’est pas la première fois qu’Elon Musk relaye des théories complotistes et se fait le porte-parole de l’extrême-droite. Cet été, durant les émeutes en Angleterre, Elon Musk avait largement relayé des fausses informations alimentant ainsi la violence des manifestations. Retour sur les motivations et les raisons de ces prises de position avec Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l’université Paris Cité, spécialiste des questions numériques et du complotisme. Entretien.

Comment faut-il interpréter les prises de position d’Elon Musk ? Peut-on également imputer ces positions à Donald Trump ?

A priori, c’est l’initiative personnelle d’Elon Musk. Il dit des choses qu’un Donald Trump élu ne pourrait pas forcément dire mais ils ne sont pas forcément en désaccord sur le fond. Son objectif est assez simple, il cherche à influencer la direction politique des différents pays européens. C’est la raison pour laquelle il prend position à des moments de grande tension sociale comme durant les émeutes de cet été en Angleterre ou à l’approche d’élections, comme en Allemagne. L’épisode anglais est d’ailleurs le plus inquiétant d’entre eux car en mettant de l’huile sur le feu, il a démontré qu’il pouvait amplifier des situations très inquiétantes, violentes.

A travers ces positions, Elon Musk essaye-t-il de fédérer un réseau regroupant les différents mouvements d’extrême droite ?

Je crois que sa méthode est profondément compulsive et ça rentre en phase avec sa vision politique radicale. Lors des émeutes à Londres, il a uniquement relayé la vision de l’extrême droite locale. Il propose généralement des réactions assez instinctives. Il relaye presque exclusivement les positions d’influenceurs et de groupes d’extrême-droite qui remontent dans son fil X. Il considère que X est la meilleure source d’information et par conséquent n’a une vision de l’actualité des pays de l’Europe uniquement à travers les militants d’extrême-droite. C’est une vision fantasmée qui ne résulte pas d’un travail de fond ce qui l’amène à relayer un nombre incalculable de fausses informations comme quand il appelle le roi d’Angleterre à dissoudre la chambre, un pouvoir qu’il n’a pas.

En quoi le soutien et l’expression d’Elon Musk permettent à l’extrême-droite de se développer ?

Il est en phase avec les évolutions de l’extrême droite qui évoluent. Il partage le même discours, d’une vision ultranationaliste du monde, d’une liberté d’expression qui serait en danger absolu dans nos démocraties occidentales. Il transmet aussi cette paranoïa d’un système qui chercherait à détruire les nations et affirme que les pays occidentaux doivent revenir à des valeurs traditionnelles contre une sorte de mixité induite par la migration. Il redynamise ces mouvements en leur donnant un outil et un dispositif de communication avec X, un outil extrêmement puissant pour ces radicalités en Europe. Ils obtiennent une courroie de transmission inespérée. Le personnage en lui-même crée une forme de synergie. Il a l’impression d’être à la tête d’une forme d’internationale de l’extrême droite. Finalement, il agit comme un accélérateur des influenceurs locaux d’extrême-droite.

Faut-il s’attendre à une évolution une fois que Donald Trump aura officiellement pris ses fonctions ?

Il faudra voir après le 20 janvier s’il n’a pas des contraintes plus fortes sur la scène internationale. Les pressions devraient être plus fortes sur le long terme si Musk devient gênant pour la diplomatie des Etats-Unis. Mais a priori il n’y a pas de raison qu’il se bride. Il n’y a pas nécessairement un désaccord de fond avec Donald Trump mais ce serait beaucoup plus une question d’ombrage, de savoir si deux personnalités aussi égotiques peuvent coexister.

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