SIPA_01203761_000031
Crédits : SIPA

Interdiction du démarchage téléphonique : accord des députés et sénateurs sur la proposition de loi de lutte contre les fraudes aux aides publiques

En commission mixte paritaire, ce mardi, les parlementaires ont trouvé une version de compromis sur le texte sur la proposition de loi contre toutes les fraudes aux aides publiques. Un texte qui s’attaque principalement aux fraudes dans les secteurs de la rénovation et de l’efficacité énergétiques et interdit également le démarchage téléphonique sans consentement.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Il n’y avait pas vraiment de suspense sur l’issue favorable de la commission mixte paritaire sur la proposition de loi contre toutes les fraudes aux aides publiques. L’auteur du texte, l’ancien ministre des Comptes publics, Thomas Cazenave et les deux rapporteurs au Sénat, Olivier Rietmann (LR) et Antoine Lefèvre (LR) s’étaient entretenus hier soir pour évacuer les derniers irritants.

Adopté à l’unanimité par les députés en janvier dernier, le texte s’attaque principalement aux détournements d’aides publiques, en particulier MaPrimeRénov’ (aides à la rénovation énergétique des logements), pour lequel Tracfin a traité pour 400 millions d’euros d’alertes en 2023, les certificats d’économies d’énergie ou encore les dispositifs de soutien de l’apprentissage. Selon l’ancien ministre des Comptes publics Thomas Cazenave, le coût estimé de la fraude sur l’ensemble de ces soutiens publics s’élèverait entre 700 millions et 1,6 milliard d’euros.

Le dispositif principal vise à rendre possible pour les agents de l’administration la suspension du versement d’une aide publique « en cas d’indices sérieux de manquement délibéré ou de manœuvre frauduleuse ». Cette suspension pourra durer jusqu’à trois mois. Sous l’impulsion du Sénat, l’administration pourra renouveler la période de suspension d’une aide publique en cas de suspicion de fraude.

« 80 % des mesures votées au Sénat ont été conservées »

On retient également la facilitation des contrôles à distance des fraudes aux compteurs électriques, la criminalisation de l’escroquerie aux finances publiques en bande organisée, ou encore l’exclusion des indus de revenus de solidarité active (RSA) obtenus de manière frauduleuse de toute remise, rééchelonnement ou effacement de dette, au même titre que les autres prestations ou aides sociales.

« 80 % des mesures votées au Sénat ont été conservées », se félicite la présidente de la commission des affaires économiques, Dominique Estrosi-Sassone (LR). « Le seul point qui a fait débat portait sur l’interdiction du démarchage téléphonique sans consentement préalable », précise-t-elle. Plusieurs dispositions de la proposition de loi pour un démarchage téléphonique consenti et une protection renforcée des consommateurs contre les abus, du sénateur Pierre-Jean Verzelen ont été intégrées au texte de Thomas Cazenave. Et ce, pour une raison de rapidité, le texte du Sénat a été adopté par les deux chambres mais pas en procédure accélérée. La navette doit donc se poursuivre.

Interdiction du démarchage téléphonique

« Les députés voulaient introduire une dérogation à l’interdiction du démarchage pour les entreprises du surgelé au nom de l’exception alimentaire. Nous nous y sommes opposés car si on commence à faire des dérogations pour une catégorie d’entreprises pourquoi pas ne pas en faire pour d’autres. Les entreprises qui pratiquent le démarchage téléphonique auront un délai de 14 mois pour changer leur pratique à compter de la publication de la loi », explique la sénatrice.

« L’adoption de ce texte était triplement nécessaire : d’abord, pour envoyer un signal fort aux organisations criminelles qui ont accru leur recours aux guichets d’aides publiques pour s’enrichir ; ensuite, pour donner aux services qui accordent ces aides les moyens législatifs adéquats pour lutter efficacement contre la fraude ; enfin, pour envoyer un signal à nos concitoyens qui, dans le contexte de rétablissement de nos finances publiques, attendent du législateur qu’il mène une action résolue pour lutter contre la fraude », s’est félicité Antoine Lefèvre dans un communiqué.

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Interdiction du démarchage téléphonique : accord des députés et sénateurs sur la proposition de loi de lutte contre les fraudes aux aides publiques
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le