Marseille: Illustration of veiled women
Illustration of veiled Maghrebi women wearing a veil in the street in Marseille, southern France on May 13, 2023. Illustration de femmes maghrebines portant un voile (femme voilee) dans la rue a Marseille, le samedi 13 mai 2023.//ALAINROBERT_1Y8A5125/Credit:Alain ROBERT/SIPA/2305140858

Interdire le port du voile aux accompagnatrices scolaires : Bruno Retailleau reprend les propositions de la droite sénatoriale

À l’occasion des commémorations de Charlie Hebdo, le ministre de l’Intérieur a réaffirmé sa volonté de combattre l’islam politique, en étendant le « champ de la laïcité ». Bruno Retailleau propose d’élargir l’application de la loi de 2004 en interdisant le port du voile aux accompagnatrices scolaires. Une proposition votée à plusieurs reprises par son groupe au Sénat ces dernières années contre l’avis, notamment, de son prédécesseur, Gérald Darmanin.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

On peut reconnaître à Bruno Retailleau qu’il fait preuve de constance. Dans une interview donnée au Parisien, à l’occasion des 10 ans des attentats de Charlie Hebdo, le ministre de l’Intérieur a décliné ses propositions pour combattre « l’entrisme » de « l’islam politique ». Des mesures déjà votées, et même plusieurs fois, par la Sénat, lorsque Bruno Retailleau était à la tête du groupe majoritaire LR de la chambre haute.

Une mesure en particulier a occupé les sénateurs, de nombreuses heures, depuis 2019 : l’interdiction du port des signes religieux lors des sorties scolaires. Sont ici particulièrement visées, les mères accompagnatrices voilées. « Ce n’est pas qu’un simple bout de tissu : c’est un étendard pour l’islamisme, et un marqueur de l’infériorisation de la femme par rapport à l’homme », a justifié le ministre.

Une proposition de loi et des amendements

En 2019, le sujet avait fait la une de l’actualité lorsque Julien Odoul, à l’époque, élu (RN) du conseil régional du Bourgogne-France Compté, avait pris à partie une accompagnatrice lors d’une séance plénière, en lui demandant de retirer son voile ou de partir, provoquant les larmes de son fils.

Quelques jours plus tard, le groupe LR du Sénat examinait dans sa « niche parlementaire une proposition de loi de la sénatrice LR, Jacqueline Eustache-Brinio, « tendant à assurer la neutralité religieuse des personnes concourant au service public de l’éducation ». Quelques mois plus tôt, la droite sénatoriale avait déjà voté la mesure dans un amendement au projet de loi pour une école de la confiance.

Avec le soutien appuyé de Bruno Retailleau, le président du groupe, le texte avait été adopté au terme d’un débat houleux, par 163 voix pour, 114 voix contre. La séance avait été marquée par les propos polémiques du sénateur non-inscrit, Jean-Louis Masson, faisant le parallèle entre les femmes voilées et les « sorcières d’Halloween ».

Avis du Conseil d’Etat

Le chemin législatif de la proposition de loi s’arrêtera là. Le gouvernement, par la voix de Jean-Michel Blanquer, n’y étant pas favorable. Le ministre de l’Education avait rappelé l’avis du Conseil d’Etat de 2013, saisi par le Défenseur des droits. Il précise que les mères accompagnatrices ne sont pas considérées comme des agents auxiliaires du service public et ne sont donc pas soumises au principe de neutralité religieuse. Autrement dit, une mère qui porte le voile peut accompagner les enfants d’une classe.

En 2021, la droite sénatoriale reviendra à la charge en reprenant cette mesure dans un amendement de Max Brisson (LR) à la loi confortant le respect des principes de la République. Même opposition du gouvernement, exprimée cette fois-ci par le prédécesseur de Bruno Retailleau, Gérald Darmanin. Le locataire de Beauvau avait alors épinglé les marques de soutien dans son ancienne famille politique en faveur de la liberté d’enseignement, en établissement scolaire voire à domicile. « Je trouve assez paradoxal qu’on veuille absolument supprimer toute expression religieuse des parents […] alors qu’on laisse les écoles sous contrat et hors contrat porter des vêtements religieux », avait-il taclé, recueillant le soutien des sénateurs de gauche.

Le nouveau garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur qui affichent leur proximité sur une ligne sécuritaire ont probablement réglé ce différend lors de leur déjeuner de travail, hier.

A noter, enfin, que la commission d’enquête du Sénat portant sur les menaces et agressions contre les enseignants, co-présidée par François-Noël Buffet, désormais ministre auprès du ministre de l’Intérieur préconisait, l’année dernière, d’élargir la loi de 2004 sur l’interdiction du port des signes et vêtement religieux ostentatoire, dans les établissements scolaires. La commission recommandait d’élargir l’interdiction « à toute activité organisée par l’institution scolaire, en dehors du temps scolaire (sortie scolaire le soir, cérémonie de remise d’un prix pour un concours organisé par l’éducation nationale ou en partenariat avec le ministère, participation à un forum d’orientation organisé par l’établissement scolaire, …)

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Interdire le port du voile aux accompagnatrices scolaires : Bruno Retailleau reprend les propositions de la droite sénatoriale
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

Interdire le port du voile aux accompagnatrices scolaires : Bruno Retailleau reprend les propositions de la droite sénatoriale
3min

Politique

Industrie musicale : « il n’y a plus de coup de cœur, on regarde le nombre de followers », La Grande Sophie

Trente ans de carrière, artiste inclassable, la Grande Sophie se tourne aujourd’hui vers la comédie musicale avec un nouveau spectacle inspiré de son premier livre « Tous les jours Suzanne ». Une nouvelle aventure qui caractérise à merveille son envie insatiable de créer. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle se livre sur son passé, son rapport à l’industrie musicale et sa relation particulière avec Françoise Hardy.

Le

Interdire le port du voile aux accompagnatrices scolaires : Bruno Retailleau reprend les propositions de la droite sénatoriale
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le