Jacques Mézard à l’Agriculture : un défenseur de la ruralité au caractère bien trempé
Le président du groupe RDSE du Sénat, le sénateur PRG du Cantal, Jacques Mézard, est nommé à l’Agriculture. Profondément laïc, c’est un fervent opposant à la loi sur le non-cumul, qu’Emmanuel Macron défend. Ce défenseur de la ruralité arrive dans un ministère compliqué.

Jacques Mézard à l’Agriculture : un défenseur de la ruralité au caractère bien trempé

Le président du groupe RDSE du Sénat, le sénateur PRG du Cantal, Jacques Mézard, est nommé à l’Agriculture. Profondément laïc, c’est un fervent opposant à la loi sur le non-cumul, qu’Emmanuel Macron défend. Ce défenseur de la ruralité arrive dans un ministère compliqué.
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C’est l’une des nombreuses surprises du gouvernement : la nomination de Jacques Mézard au poste de ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation. On évoquait un autre sénateur, l’ex-LR Jean-Baptiste Lemoyne. Finalement, c’est le sénateur du Cantal qui sera rue de Varenne.

Soutien de Macron dès le début de la campagne

Une personnalité dans le nom ne dira rien au grand public, mais bien connue dans les couloirs de la Haute assemblée (voir le sujet de Jérome Rabier). Agé de 69 ans, élu sénateur du Cantal en 2008 et président de la communauté d’agglomération du bassin d’Aurillac, Jacques Mézard est membre du Parti radical de gauche. Mais dès janvier dernier, il lance sur Public Sénat « un appel » aux radicaux de gauche pour rejoindre Emmanuel Macron.

Jacques Mézard appelle les radicaux de gauche à rejoindre Emmanuel Macron
02:23

Jacques Mézard est élu président du groupe RDSE (Rassemblement démocratique et social européen) de la Haute assemblée en 2011. Plus vieux groupe du Sénat, il est aussi à l’image du gouvernement : il rassemble élus de gauche et de droite, mais avec dans sa grande majorité des sénateurs du PRG. L’ex-communiste, Robert Hue, soutien de Macron, en est membre, tout comme l’ex-PS Jean-Noël Guerini. Jean-Pierre Chevènement était auparavant aussi au groupe RDSE, où la liberté de vote est la règle.

« Je ne m’attendais pas à cette nomination »

Son arrivée au gouvernement, il la reçoit « avec beaucoup d’humilité ». « Je ne m’attendais pas à cette nomination. Je ne suis pas de ceux qui font du zèle pour occuper des postes » a-t-il réagi auprès de Public Sénat, exprimant « un profond attachement au Sénat de la République ».

Jacques Mézard: "je ferai le maximum pour aider le monde agricole"
01:03

C’est hier soir, au cours d’un dîner, que Jacques Mézard apprend la nouvelle. Françoise Laborde, sénatrice PRG de Haute-Garonne, soutien aussi de Macron, était à ses côtés. « Il a eu un coup de fil. Et il a dit oui. Je me suis marrée. Je lui ai dit « depuis le temps où tu dis non, non, non, tu vas dire oui ! » » raconte celle qui « connai(t) très bien Jacques ». « Je pense qu’il a mal dormi » sourit-elle.

« Il a des fois un côté grognon »

Jacques Mézard, c’est aussi un caractère trempé. Mauvais diront certains, voire bougon. « Si dans le monde politique on n’a pas un peu de caractère, il est difficile de s’affirmer. Ce n’est pas un défaut, mais plutôt une qualité » pour le sénateur du groupe RDSE, Michel Amiel.

« Il a des fois un côté grognon, fermé ou préoccupé. Mais c’est parce qu’il est dans la réflexion. Il est toujours en train de réfléchir. Mais quand il arrive à se poser, il a quand même le sens de la convivialité, de l’amitié. C’est quelqu’un que j’estime beaucoup et quand on pratique la vraie personne, il est à l’écoute et agréable » confie Françoise Laborde, « mais de temps en temps, on a parfois envie de lui dire « Jacques, il faut rire plusieurs fois par jours pour être en bonne santé ! » » Pas sûr que le portefeuille de l’Agriculture, souvent délicat, le fasse souvent sourire.

« C’est vrai que ce n’est pas à l’agriculture que j’aurais pensé en premier, mais c’est un sujet qu’il connaît très bien »

A-t-il le profil pour le poste ? « C’est un homme issu des territoires ruraux, qui a une bonne expérience de l’agriculture et du monde agricole. C’est une bonne surprise » pour Michel Amiel. Mais l’agriculture n’est pourtant pas le sujet qu’on évoque spontanément, en pensant à Jacques Mézard. « C’est d’abord un juriste, avocat de formation, membre de commission des lois » reconnaît Michel Amiel, « mais par sa vie politique, il a la truffe du monde agricole » et il vient du « Cantal, territoire qu’on qualifie d’hyper-rural ».

« C’est vrai que ce n’est pas à ça (l’agriculture) que j’aurais pensé en premier. Mais c’est un sujet qu’il connaît très bien. Il est parfaitement compétent car il a toujours défendu son Cantal et l’agriculture en général » note Françoise Laborde. Comme l’été dernier, lors de la crise de l’élevage, où il montait au créneau pour défendre les éleveurs. « Il faut que nos producteurs puissent obtenir un prix juste, rémunérant leur travail et leur investissement » avait-il affirmé à notre micro.

Jacques Mézard est aussi un fervent républicain, laïc profondément convaincu. Au point d’appeler à la démission de Jean-Louis Bianco, président de l’observatoire de la laïcité, et à la suppression de la structure, qu’il accuse de développer le communautarisme. Regardez :

Jacques Mezard souhaite la suppresion de l'Observatoire de la laïcité, "paravent par rapport au problème de la laïcité"
01:21

Le non-cumul, « une atteinte grave à nos institutions » pour Jacques Mézard

Reste une contradiction dans cette nomination : Jacques Mézard a été le fer de lance des opposants au cumul des mandats, au Sénat, alors qu’Emmanuel Macron veut aller plus loin en limitant dans le temps à trois mandats. En 2013, une majorité de sénateurs s’était fermement opposée au texte. Une majorité transpartisane – déjà – entre UMP, UDI, PRG et une partie du PS, avait vidé de sa substance le texte au Sénat. Jacques Mézard était le plus virulent. Il n’avait pas de mots assez durs contre la réforme. Fronde qui a mis en avant ses qualités d’orateur.

Florilège : « Nous sommes l’objet d’une campagne lamentable » dénonçait le sénateur, « comme si nous étions goinfrés de privilèges et d’avantages ». « Nous sommes traités de ringards », ajoutait-il, amer.

Le premier jour de l’examen en séance, d’un ton grave, il parle d’« une atteinte grave à nos institutions ». Il ajoutait : le gouvernement agit « comme des braconniers  législatifs, qui font leur coup nuitamment, le visage masqué par la modernisation de la vie publique »… Il accusait « le gouvernement complice d’une campagne médiatique cultivant un antiparlementarisme dévastateur ». Une fois la loi votée, il avait souligné que « les dispositions prévues par une loi peuvent être abrogées ou modifiées par une autre loi »…

Un désaccord qui ne posera pas problème, selon Françoise Laborde : « Des paradoxes, le Président en aura d’autres dans son gouvernement. Connaissant Jacques, il va faire ce qu’on lui demande. Ce qui ne l’empêchera pas de glisser des choses sur d’autres sujets, quand ce sera l’occasion ou le moment ».

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