Debate on France’s role in preventing international political crises
Crédit : Stephane Lemouton/SIPA

« J’ai assez honte que mon parti se tabasse toute la journée » : la crise interne continue au PS sur la stratégie pour 2027

En quittant la direction du PS, Boris Vallaud espère créer un « sursaut ». Le président du groupe PS de l’Assemblée veut mettre « la nouvelle gauche plurielle », soit toutes les forces de gauche, hors LFI, autour de la même table pour trouver « un contrat de gouvernement », avant l’incarnation. « On ne comprend absolument pas le sens de sa démarche, si ce n’est exister », rétorque un lieutenant d’Olivier Faure, qui entend rester premier secrétaire.
François Vignal

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Au PS, on n’a pas (encore) de candidat, mais on a des idées pour se diviser. C’est en plein jour férié, vendredi 8 mai, que le Parti socialiste nous a réservé un nouvel épisode dont lui seul a le secret. Pas d’armistice, mais une guerre interne qui continue. Le président du groupe PS de l’Assemblée nationale, Boris Vallaud, a claqué la porte de la direction du PS, isolant de fait le premier secrétaire, Olivier Faure, sur fond de désaccord sur la primaire de la gauche non-mélenchoniste et d’ambitions personnelles des deux protagonistes pour 2027.

C’est par l’intermédiaire d’un texte, signé du sénateur Alexandre Ouizille, mandataire du TOB, le courant de Boris Vallaud, que le député des Landes et ses amis ont dénoncé la « stratégie d’isolement et d’enlisement » du numéro 1 du PS. Si le tutoiement est de rigueur entre « camarades » socialistes, les mots n’en sont pas moins durs. « Le plus souvent désormais, tu décides seul », dénonce le texte, « tu as préféré la fuite en avant au débat ». Le sénateur de l’Oise souligne encore « un sentiment d’une collégialité bâclée », une « brutalisation du fonctionnement » et le « refus du fait majoritaire ».

« Tout le monde est en campagne, pas nous », pointe Boris Vallaud

Invité ce lundi matin de France Inter, Boris Vallaud a fait le service après-vente pour expliquer « le sens de cette démission », qui casse l’accord noué lors du congrès de Nancy en juin dernier, qui a permis à Olivier Faure d’être reconduit. « Tout le monde est en campagne, pas nous », alerte le Landais, « comme beaucoup, je ne savais plus où nous allions ».

Appelant au « sursaut », Boris Vallaud met surtout sur la table une « proposition » : « Que nous convoquions sans délai des rencontres de la nouvelle gauche plurielle », qui rassemblerait dans la même pièce les partisans de « Construire 2027 », soit Raphaël Glucksmann, Yannick Jadot et lui-même, et de l’autre les partis pros primaire, avec Marine Tondelier, François Ruffin ou Clémentine Autain. L’objectif serait de « travailler à un contrat de gouvernement, qui permettra de faire émerger cette équipe, les visages de cette nouvelle gauche plurielle » et de trouver « un accord législatif » en parlant « des circonscriptions ». Dans son esprit, la méthode revient à la recherche d’« une forme de consensus ».

« On reprend notre liberté pour faire des propositions »

Chez les soutiens de Boris Vallaud, on décrit une dégradation de la situation, débutée après les municipales, qui ne laissait aujourd’hui plus de choix. Face au refus d’Olivier Faure d’organiser des votes lors des derniers bureaux nationaux pour avancer sur la stratégie et la désignation d’un candidat PS, « on s’est dit que c’était enlisé. Donc on reprend notre liberté pour faire des propositions », explique un proche, avec l’objectif de « trouver une forme de troisième voie, qui est à inventer ». « La balle est dans le camp d’Olivier Faure », soutient un autre soutien de Boris Vallaud, qui ajoute : « Il reste premier secrétaire, tant qu’il ne démissionne pas ». Mais le député des Landes reconnaît qu’« il a été élu par les militants », autrement dit, il peut statutairement rester à sa place.

Chez les opposants internes, on apprécie ce lundi la décision de Boris Vallaud. « Il y a une forme de blocage et parfois, pour débloquer, il faut un coup de pied dans la fourmilière », salue un cadre socialiste, « c’est quand même une décision très grave ». Le même aimerait qu’Olivier Faure se remette en cause. « Il a été le champion du droit d’inventaire de François Hollande, il devrait faire son inventaire depuis 8ans », glisse-t-on, mais « il peut aussi ne rien se passer », craint ce socialiste.

« Risque de surplace, Boris Vallaud bloque la machine »

Le sursaut espéré n’est peut-être, en effet, pas pour aujourd’hui. Invité de France Info ce matin, Olivier Faure ne semble pas prêt à évoluer, ni à quitter ses fonctions. « J’ai été élu jusqu’au prochain congrès, qui aura lieu au lendemain de la présidentielle. Donc je continue mon travail, sur la base du mandat que j’ai reçu », rappelle Olivier Faure. Il continue : « J’essaie de comprendre ce que dit Boris Vallaud. Il dit « je veux réunir l’ensemble des forces, de Ruffin à Glucksmann ». C’est exactement ce que je propose […] et il n’y a pas de problème pour l’appeler la nouvelle gauche plurielle », « c’est ce que je cherche à faire depuis des semaines et des mois », rétorque le premier secrétaire du PS. Celui qui dit ne pas être « un fanatique » de la primaire, dénonce les tensions internes : « Le congrès permanent, ce n’est pas possible ».

Un lieutenant d’Olivier Faure insiste pour pointer l’incongruité de la démarche. « Si c’est pour dire, il faut de la démocratie militante, c’est ce qu’on fait : vote sur le projet le 25 juin, puis vote sur la stratégie avant l’été. On ne comprend absolument pas le sens de sa démarche, si ce n’est exister. Et le timing arrive après une réunion collective de la gauche (sur la primaire, ndlr), où Olivier Faure dit qu’il faut un cadre commun », s’étonne ce parlementaire pro Faure, qui craint « un risque de surplace. Il bloque la machine ». Le même minimise l’impact : « Cela ne change rien en interne. Ça fait deux mois que Boris ne veut pas valider le calendrier proposé par Olivier. La majorité constituée par Faure et Vallaud n’existe plus depuis deux mois, c’est une espèce de coup d’éclat ».

« Je retiens que ceux qui prônent la démarchandisation sont les premiers marchandeurs… »

Un autre parlementaire qui soutient la direction raille quant à lui la démarche. « Je retiens que ceux qui prônent la démarchandisation sont les premiers marchandeurs… » lâche ce parlementaire PS pro Faure. « Lors du dernier congrès, ils ont marchandé un pacte de gouvernance. Et derrière, ce sont des camarades pas très fiables. Car pour des ambitions personnelles, ils décident de démissionner de la direction, quelques mois plus tard, sans créer d’alternative crédible », pointe le même fauriste, qui craint qu’in fine, « on laisse les sondages » décider. « Et je ne crois pas que Boris Vallaud soit aussi haut dans les sondages que Raphaël Glucksmann… » ajoute le même, en référence aux ambitions présidentielle que pourrait caresser, lui aussi, Boris Vallaud.

Pour mieux brouiller les pistes, certains amis d’Olivier Faure imaginent que Boris Vallaud serait le faux nez d’un certain François Hollande, qui lui aussi rêve d’être à nouveau candidat, et qui a décrété que la primaire était enterrée, après le clash Vallaud/Faure. « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup… » glisse dans un sourire un parlementaire. Mais l’intéressé a lui-même démenti sur France Inter. « Il peut faire les commentaires qu’il veut, mais il n’est pas mon porte-parole. Et nous avons un désaccord majeur : moi je veux l’union de la gauche de Glucksmann à Ruffin, lui ne le souhaite pas. Vous avez compris que je ne roule pour personne et je n’ai pas de candidat », assure le président du groupe PS de l’Assemblée. Certains retournent au passage la politesse sur le numéro 1 du PS : « Ceux qui sont alignés, ce sont Hollande et Faure, qui veulent une désignation la plus tard possible. Ils ont un calendrier », relève un socialiste.

« La primaire est morte, il n’y a pas de majorité pour au PS »

Reste que pour l’heure, la primaire a bien du plomb dans l’aile, même si les amis d’Olivier Faure assurent vouloir encore « se battre » pour elle. « La primaire est morte. Il n’y a pas de majorité au PS pour faire la primaire que voulait Faure », soutient un membre du courant de Nicolas Mayer-Rossignol (le TOC), opposant d’Olivier Faure. Mais le même enterre aussi le projet « de plateforme, avec Jadot. Ça ne va nulle part », soutient ce parlementaire PS. « Lancer des discussions, la belle affaire. C’est ce que fait le PS à chaque fois », ajoute ce socialiste, selon qui « l’urgence, c’est de faire des propositions, travailler le fond. Vous ne pouvez pas gagner la présidentielle quand vous êtes un parti politique non identifié. J’ai assez honte que mon parti se tabasse toute la journée et qu’il soit incapable de faire des propositions aux Français ».

A moins qu’Olivier Faure ne cherche à gagner du temps pour mieux jouer le pourrissement, et permettre ainsi à l’idée de primaire de revenir par la bande, à la rentrée de septembre, pour sortir du bordel ambiant ? « Il sait qu’une primaire s’organise. Donc le pourrissement n’est une stratégie pour personne », met en garde un soutien de Boris Vallaud, si tel était le dessein du numéro 1 du PS.

« C’est comme une cohabitation, mais Olivier Faure reste premier secrétaire »

La seule chose de certaine finalement, pour le moment, c’est qu’Olivier Faure reste à la tête du Parti socialiste. « Les statuts font que le PS, qui est officiellement le parti le plus parlementariste, et le plus présidentialiste dans son fonctionnement. Aujourd’hui, c’est comme une cohabitation, mais Olivier Faure reste premier secrétaire, sans aucun souci. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de majorité », décrypte un sénateur PS.

Et chez les partisans du député de Seine-et-Marne, qui pourrait aussi avoir des ambitions pour 2027, on pense encore qu’il pourrait jouer sa carte, le moment venu. « On disait qu’il était affaibli avant le congrès. Mais à chaque fois, il gagne », lâche un de ses partisans. Au PS, chacun croit encore en ses chances. Mais avant d’unir la gauche, il y a encore du boulot pour unir les socialistes

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