JDD : David Assouline interpelle le gouvernement sur les « concentrations économiques qui monopolisent les médias »

À l’occasion de sa dernière Question d’actualité au gouvernement après 19 ans de présence, le sénateur David Assouline interpelle l’exécutif sur la nomination de Geoffroy Lejeune en tant que directeur de la rédaction du Journal du dimanche. Un titre de presse dont le milliardaire breton, Vincent Bolloré, a récemment fait l’acquisition.
Henri Clavier

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 « Au moment de ma dernière, mon groupe, que je salue, m’a fait l’honneur de me confier une question au cœur de mon engagement, de mes plaidoiries, de mes travaux avec vous dans cet hémicycle depuis plusieurs années : l’indépendance, le pluralisme et la liberté des médias », lance David Assouline pour ouvrir son propos. Un combat de longue date pour le sénateur socialiste de Paris puisqu’il était à l’initiative de la commission d’enquête sur la concentration des médias, dont il était également le rapporteur. A cette occasion, les sénateurs avaient eu l’occasion d’interroger Vincent Bolloré, le 19 janvier 2022, qui poursuit actuellement la construction d’un empire médiatique, commencée en 2014, avec l’achat du groupe Canal. Le groupe Vivendi, propriété du milliardaire breton, avait lancé une OPA (offre publique d’achat) sur les médias du groupe Lagardère (notamment Paris Match et le JDD). La Commission européenne a validé l’opération le 9 juin. La nomination de Geoffroy Lejeune, ancien directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles, en tant que directeur de la rédaction du JDD suscite une fronde au sein de la rédaction où 98 % des journalistes ayant exprimé leur avis rejettent ce choix.

 « Il se construit devant nous un empire médiatique de propagande au service d’une idéologie qui promeut la haine de l’autre »

 « Je veux vous dire notre inquiétude face aux concentrations économiques qui monopolisent les médias au travers de quelques groupes industriels et financiers dont l’activité principale est le plus souvent étrangère à la presse, à l’information ou à la culture », juge David Assouline, préoccupé par la dimension prise par la partie médiatique du groupe Vivendi. Le sénateur socialiste fustige une atteinte à la liberté et à l’indépendance des médias en prenant soin de rappeler que le groupe a « détruit des rédactions entières comme à iTélé, Europe 1, Paris Match et maintenant le JDD ». Par ailleurs, David Assouline insiste sur les conséquences de cette nomination en rappelant qu’il s’agit d’un « directeur renvoyé d’un journal d’extrême-droite [Valeurs Actuelles] parce qu’il était lui-même trop d’extrêmes droite ». Les différents médias du groupe Bolloré sont particulièrement critiqués pour leur manque d’indépendance.

 « Il se construit devant nous un empire médiatique de propagande au service d’une idéologie qui promeut la haine de l’autre », accuse David Assouline qui récolte quelques huées venues des bancs de la droite. « L’enjeu de la liberté de la presse est vital, c’est un enjeu républicain qui doit nous rassembler », martèle David Assouline souhaitant en faire une thématique transpartisane et inciter le gouvernement à légiférer.

David Assouline incite le gouvernement à « légiférer »

A travers sa question David Assouline interpelle le gouvernement, s’interrogeant sur la tenue des « Etats généraux de l’information » voulus par le gouvernement. « Monsieur le ministre, vous ne pouvez pas me dire que l’on ne peut rien faire car la situation est grave, on peut mieux protéger l’indépendance des rédactions » demande David Assouline. Sans annoncer d’engagements concrets ou divulguer le contenu et la date d’éventuels États généraux de l’information, Olivier Véran a tenu a rappelé « qu’il ne revient pas au gouvernement de décider qui va diriger tel ou tel média sinon ce serait grave ».

 

Après cette déclaration liminaire, Olivier Véran reconnaît « qu’on peut quand même se poser la question de savoir s’il ne faut pas mettre à l’abri des comités de rédaction de l’influence d’actionnaires ». Afin d’assurer une plus grande indépendance des médias, David Assouline envisageait notamment de permettre aux journalistes de voter, à la majorité qualifiée, la confiance à leur direction. Un seuil de 60 % est envisagé par le sénateur socialiste de Paris. Alors que David Assouline pousse l’exécutif à « légiférer » prochainement, Olivier Véran évoque « une réflexion, qui a commencé au Parlement, sous l’égide de la ministre de la Culture. L’objectif est aussi de regarder loi Bloche de 2016 pour regarder ce qui pourrait être amélioré, renforcé dans ce cadre-là ». Visiblement peu convaincu par la réponse du ministre, le sénateur a lancé une citation de Victor Hugo en guise d’ultime avertissement : « La liberté de la presse, à côté du suffrage universel, c’est la pensée de tous éclairant le gouvernement de tous. Attenter à l’une, c’est toucher à l’autre ».

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