Un certain Edouard Philippe était dans les murs du Sénat, ce mardi matin. Le candidat à l’élection présidentielle est venu à la réunion hebdomadaire du groupe Les Indépendants République et territoires (Lirt pour les intimes), histoire de débriefer les élections municipales, d’évoquer la présidentielle, mais aussi, bien sûr, les sénatoriales de septembre prochain.
Sur les 20 membres que compte le groupe présidé par Claude Malhuret, 13 sont adhérents d’Horizons, aux dernières nouvelles. La venue, pendant plus d’une heure, de leur champion, semble avoir galvanisé certains. « On est rassérénés… » sourit après coup un sénateur du groupe, qui souligne qu’Edouard Philippe vient « très régulièrement » devant Les Indépendants. La rencontre du jour s’est en revanche calée au dernier moment, la veille.
Si les municipales étaient au menu, les bons sondages ont bien aussi été évoqués. Le président d’Horizons, réélu maire du Havre, voit en quelques jours deux études le donner même vainqueur en 2027 : un sondage Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche, qui le donne gagnant en cas de second tour face à Jordan Bardella (51,5 % contre 48,5 %, et même 53 % face à Marine Le Pen). Puis notre sondage Odoxa, pour Public Sénat et la presse régionale, qui crédite l’ex-premier ministre de 21 % d’intentions de vote au premier tour, en progression de 4 points, derrière le candidat RN (34 %), mais devant le candidat LR, Bruno Retailleau (8 %). Au second tour, Edouard Philippe est là aussi donné gagnant, à 52 % contre 48 % contre Jordan Bardella. Mais attention, on est dans la marge d’erreur ici.
« Il n’accorde pas aux sondages de valeur prédictive »
Mais l’ancien juppéiste connaît trop bien l’ivresse des sondages pour s’en méfier. « Je l’ai trouvé extrêmement serein et calme par rapport aux sondages. C’est un homme aguerri de tous ces sujets-là. Les sondages, ça va, ça vient. C’est un peu aléatoire. Je ne l’ai pas du tout trouvé dans le triomphalisme d’être en tête dans les sondages de second tour », raconte après la réunion un membre du groupe. « Il a parlé des sondages, car tout le monde en parle. Mais il a dit qu’il s’était fixé comme règle de ne pas y prêter attention. Car quand ils sont bons, on lui dit qu’il n’est pas assez haut, et quand ils sont hauts, qu’il est trop haut trop tôt… Il n’accorde pas aux sondages de valeur prédictive », ajoute un sénateur Horizons. « Il est très content, mais il ne se fie pas aux sondages », résume un autre. « Il a dit surtout, ne nous emballons pas avec les sondages », dit en substance un membre du groupe, « qu’il faut tracer notre route et que l’important, c’est l’union du bloc central et des LR, que les Français n’aient pas à choisir entre Mélenchon et Bardella. Il ne jouera pas l’avenir du pays avec des logiques d’appareil. Il faut garder la tête froide ».
Sur la recherche d’un candidat unique de la droite et du centre, celui qui refuse jusqu’ici toute idée de primaire a salué les efforts du président LR du Sénat en la matière. « Il a beaucoup insisté sur le fait qu’il y avait une vraie instance de liaison avec Gérard Larcher, les chefs des partis, ce qui n’existait pas avant. Il en est très content », rapporte une sénatrice. Bref, « il a l’impression que tout le monde est en phase ».
« Je sais que ça ferait plaisir à la presse de dire que la campagne présidentielle commence aujourd’hui, mais ce n’est pas le cas »
Mais pour l’heure, il est urgent d’attendre, car les Français n’ont pas la tête à ça. « Il a dit : « Je sais que ça ferait plaisir à la presse de dire que la campagne présidentielle commence aujourd’hui, mais ce n’est pas le cas » », rapporte deux membres du groupe. Comme, on le sait, le programme « massif », qui était à l’origine annoncé pour l’après municipales, sera dévoilé… plus tard. En attendant, chaque responsable d’Horizons travaille son sujet, selon des thématiques bien définies, travail qui doit nourrir le projet. Et les membres du parti d’Edouard Philippe ont carte blanche. « On creuse les sujets à fond, avec la consigne très claire d’être disruptif, de ne pas avoir peur de proposer des choses chocs », lance un membre du groupe. Disruptif, comme le candidat Macron de 2017 ? Le sénateur en question précise que le terme est de lui. Mais l’idée est là. « Il y a deux messages : ne pas avoir peur de remettre les choses en cause, et ne pas avoir peur de remettre en cause des choses que lui-même a faites, comme premier ministre », ajoute ce membre d’Horizons.
« Le programme est en cours d’écriture et ce n’est pas le moment d’annoncer le programme maintenant, tout sera oublié au moment de l’élection sinon », explique-t-on encore. Chez Horizons, on se souvient de l’épisode des 50 milliards d’euros de baisse d’impôts, en contrepartie d’une baisse des aides aux entreprises, proposition faite en novembre par Edouard Philippe. Mais personne ne s’en souvient ou presque. « Il faut en garder sous la semelle pour ne pas lasser les gens. Ça n’empêchera pas de mettre des petites pierres et de faire des propositions d’ici l’automne », ajoute un sénateur.
« Il n’y a pas de raison de ne pas être le troisième pilier de la majorité sénatoriale »
Last but not least, les sénatoriales de septembre prochain. Les Indépendants pensent pouvoir progresser. « On a commencé à 11, puis 14, ensuite 18, maintenant on est 20. On espère bien être 23 ou 24 », avance un membre du groupe, dont 9 sénateurs sont renouvelables. Le même ajoute : « On a bon espoir d’avoir beaucoup de ralliements ».
« On a beaucoup évoqué la question des sénatoriales », ajoute un autre membre du groupe. Avec un point important : « Edouard Philippe a évoqué la place du groupe Les Indépendants au sein de la majorité sénatoriale. De temps en temps, on est frustré de ne pas être considéré dans la majorité », glisse un membre de Lirt. « Il a dit que les sénatoriales étaient une élection importante, car c’est la prochaine élection avant la présidentielle. On aura l’occasion d’élargir la majorité sénatoriale, avec Gérard Larcher », avance un autre sénateur du groupe, qui rappelle qu’« on a toujours voté Larcher pour le plateau ». « Edouard Philippe a toujours entretenu de très bonnes relations avec Gérard Larcher, Hervé Marseille et même Bruno Retailleau. Ça marche dans l’autre sens. C’est de très bon augure pour la suite », ajoute ce sénateur.
Mais la position du groupe est ambiguë. S’il vote en effet Gérard Larcher pour la présidence du Sénat, les postes à responsabilité de la Haute assemblée (présidences de commission, questure, etc.) sont répartis entre les groupes LR et Union centriste, les deux piliers de la majorité sénatoriale. Mais pour ce sénateur Horizons, il faut aller plus loin. « Quand ça les arrange, on est dans la majorité, quand ça ne les arrange pas, on n’y est pas », pointe cet élu, mais « on s’est beaucoup rapproché quand Michel Barnier était premier ministre et Bruno Retailleau à l’Intérieur. Il n’y a pas de raison de ne pas être le troisième pilier de la majorité sénatoriale », avance ce sénateur, qui a fait ses calculs : « LR et UC ont 14 sièges de plus que la majorité. Donc s’ils perdent 14 sièges, ils auront besoin de nous… » Comme dirait l’autre, la poutre travaille encore.