« Je ne souhaite pas participer aux ravages sociaux et écologiques en cours » assume cet étudiant qui a bifurqué 

En 2022, Théophile Duchateau, élève dans l’école d’ingénieur Agro ParisTech, fait partie du groupe de « bifurqueurs », surnommés ainsi après avoir annoncé publiquement lors de la remise de leur diplôme qu’ils préféraient renoncer à une carrière toute tracée dans un grand groupe. Théophile Duchateau, ancien élève ingénieur d’Agro ParisTech partage aujourd’hui sa vie entre son métier dans l’agroforesterie et l’engagement dans une ferme collective. Au micro de Quentin Calmet et face aux sénateurs, il assume une nouvelle forme de « travail » dans l’émission Dialogue citoyen.
Rédaction Public Sénat

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Quatre ans après les déclarations dans son école d’ingénieurs, il continue d’assumer ce discours qui résonnait politiquement et correspondait à sa vision du travail. « Je suis toujours d’accord avec les idées de ce discours et c’est même quelque chose que j’essaie de porter dans ma vie, le travail salarié est quelque chose qui nous a été vendu comme un facteur d’émancipation pour trouver du sens à sa vie. Ce n’est pas le cas. On est nombreux à le penser ».

Selon une étude de l’IFOP publiée en 2023, 58% des Français considèrent leur emploi comme une contrainte nécessaire pour subvenir à leurs besoins.

En choisissant ce changement de cap, Théophile pense surtout avoir évité un burn-out. Il n’a donc aucun regret. « Entre gagner des revenus très confortables en participant à la destruction de la planète, à la crise écologique, et faire une activité qui permet d’être en accord avec ses valeurs, mon choix est très vite fait ». Pour lui, « le travail n’est pas bon en soi, la question est de savoir comment trouver une activité qui permette de faire avancer la société dans le bon sens ».

Aujourd’hui, Théophile est salarié de l’association Envol Vert, il accompagne des agriculteurs dans leurs projets d’agroforesterie. Il regrette qu’on associe trop souvent les termes emploi et travail. Dans son quotidien, Théophile ne compte pas ses heures, en plus de son emploi dans l’association, il passe beaucoup de temps à travailler bénévolement sur la ferme collective qu’il a fondée avec des amis dans le Tarn.

« Dans la vie, on a le droit d’être heureux »

Cathy Apourceau-Poly, sénatrice communiste du Pas-de-Calais rappelle que « dans la vie on a le droit d’être heureux, on a le droit de faire ses propres choix pour donner du sens à sa vie ». La sénatrice rappelle que de nombreux jeunes préfèrent aujourd’hui quitter leur activité professionnelle car « ils n’acceptent plus de partir à six heures du matin et rentrer à 22 h dans une entreprise où on demande de toujours en faire plus ».

Pour Emmanuel Capus, sénateur Les indépendants de Maine-et-Loire en revanche, « c’est l’oisiveté qui est plutôt nuisible à l’être humain » et qu’a contrario « le travail peut être source de satisfaction à condition qu’il soit choisi » Même si le sénateur reconnait que les jeunes cherchent désormais « à donner plus de sens au travail qu’ils vont faire »

« On ne construit pas un grand pays sans avoir des personnes qui se passionnent pour leur travail »

Olivier Henno, sénateur Union Centriste du Nord souligne que cette nouvelle vision du travail est générationnelle. Selon lui, il ne faut pas négliger l’importance du goût de l’effort et du travail, et précise : « on ne vit pas grâce aux efforts des autres et on ne construit pas un grand pays sans les efforts des uns et des autres et une participation citoyenne »

Pour conclure, Théophile rappelle que la France totalise 1 297 morts liés au travail selon le rapport de l’assurance maladie et s’interroge : « comment, dans ces conditions, considérer que le travail n’est pas subi ? »

L’émission est à retrouver en intégralité ici

 

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