Paris:  Ciotti and Bellamy present the program of LR for the European elections
Éric Ciotti and Francois Bellamy. François Xavier Bellamy, head of the list of the French right-wing party Les Republicains (LR) for the upcoming European elections and President of LR Éric Ciotti during a press conference to present the program of LR for the European elections in Paris on May 14, 2024//01JACQUESWITT_choixlr010/Credit:Jacques Witt/SIPA/2405141723

« Je suis ulcérée », « LR ce n’est pas le RN », un tweet du parti sur l’Algérie choque les sénateurs du groupe Les Républicains

A une semaine des élections européennes, une publication des Républicains sur le réseau social X suscite la polémique. En réaction à la demande de l’Algérie de se voir restituer des biens détenus par la France depuis la période coloniale, le parti a fait une référence à la théorie d’extrême droite de la « remigration ». Si la direction de LR assume, le tweet a choqué des sénateurs LR.
Simon Barbarit

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C’est une division interne aux Républicains qui rappelle les belles heures de la dernière campagne présidentielle. Lorsque la candidate, Valérie Pécresse s’était laissée aller, lors d’un meeting » à faire référence à la théorie d’extrême droite du « grand remplacement ».

L’objet de la polémique provient cette fois-ci d’une publication du compte Les Républicains sur le réseau social X. « Message de service à l’Algérie, il faut tout reprendre, les biens et le mal : criminels, délinquants, clandestins, OQTF… », peut-on lire. Le tweet est accompagné du hashtag #OneTwoThree, d’un émoji « avion » et d’un visuel montrant des supporters de football avec le drapeau algérien sur les Champs-Elysées. Une publication qui rappelle certains comptes adeptes de la « remigration ».

Ce tweet avait pour but de commenter un article de Valeurs Actuelles indiquant que l’Algérie avait transmis, lundi, à la France une liste de biens à restituer. Un dossier sans rapport avec l’immigration, qui s’inscrit dans un dossier mémoriel engagé il y a deux ans, par les présidents français Emmanuel Macron et algérien Abdelmadjid Tebboune destiné à « regarder ensemble la période historique » allant du début de la colonisation française (1830) jusqu’à la fin de la guerre d’indépendance (1962).

Xavier Bertrand demande la suppression du tweet

Sur X, Xavier Bertrand a été l’un des premiers à se désolidariser de cette publication. « Je condamne avec force ce tweet qui ne reflète ni les valeurs ni l’histoire des Républicains. Aucun calcul électoral n’autorise à insulter un pays et son peuple, quelles que soient les divergences qui nous opposent. Je demande le retrait de ce tweet indigne qui abîme la belle campagne que mène François-Xavier Bellamy ». Ce n’est pas la première fois que le président de la région Hauts-de-France rappelle à l’ordre sa famille politique. En début d’année Xavier Bertrand avait vertement tancé les cadres de son parti suite à leurs déclarations visant le Conseil constitutionnel après une large censure du projet de loi immigration.

« Cette communication a rencontré un grand succès auprès de notre base électorale »

Du côté de la direction de LR, le tweet est parfaitement assumé. « Ce tweet ne sera ni corrigé, ni supprimé. Il correspond à ce qu’il y a écrit dans chacune des propositions de loi des Républicains depuis plusieurs années. C’est-à-dire la double peine pour les étrangers criminels ou délinquants. Sur la forme, nous constatons que cette communication a rencontré un grand succès auprès de notre base électorale », assure l’entourage d’Éric Ciotti auprès de publisenat.fr.

Difficile, toutefois, de savoir si cette « base » glissera un bulletin de vote pour François-Xavier Bellamy, ou se laissera tenter par Jordan Bardella ou Marion Maréchal le 9 juin prochain. Une chose est sûre, c’est qu’elle a jeté le trouble au sein du groupe Les Républicains du Sénat. « No comment », répond sobrement le patron de la droite sénatoriale, Bruno Retailleau qui ne veut pas alimenter la polémique. « Je croyais que c’était un faux tweet », confie le sénateur LR Roger Karoutchi avant d’estimer qu’il ne fallait « pas mettre sur le même plan la restitution des biens et les OQTF ». « Je suis pour qu’on les applique, mais ce n’est pas la même discussion. Je comprends ce que ça (le tweet) veut dire sur le fond. Ça se veut provocateur pour faire prendre conscience. Mais ce tweet est un peu décalé par rapport aux négociations ».

Sur Twitter, le président de la commission de la Défense et des forces armées et des affaires étrangères, Cédric Perrin dit d’abord avoir cru « à une fake news ». « Mais non ! Nul besoin de concurrencer les extrêmes par des propos haineux ! François-Xavier Bellamy est talentueux. La haine est naturelle dans le nationalisme, pas chez nous ! La forme est bien malheureuse … », déplore-t-il.

Sur X, Éric Ciotti avait lui-même commenté la demande de restitution de biens par l’Algérie avec une publication plus sobre. « Transmettons également à l’Algérie la liste des délinquants qu’ils doivent reprendre chez eux », a-t-il écrit au-dessus d’une photo des présidents français et algérien. Ce qui fait dire à un cadre de LR, qu’Éric Ciotti n’était « pas au courant », il n’aurait pas validé le tweet posté par le compte du parti.

« Je suis aux LR, je ne suis pas populiste, je ne suis pas raciste »

Dans le groupe Whatsapp des sénateurs LR, « il n’y a aucun message pour soutenir ce tweet. Comme c’est dérangeant, peut-être qu’ils n’osent pas. On a plutôt des messages où les gens sont choqués », rapporte une élue.

Proche de Xavier Bertrand, Jean-François Rapin, président de la commission des Affaires européennes du Sénat a des mots très durs pour dénoncer cette publication. « C’est le genre de chose qui ne doit pas exister. Je suis aux LR, je ne suis pas populiste, je ne suis pas raciste, donc ce genre de chose ne peut pas faire partie de notre registre. Je suis parfaitement dans la ligne de Xavier Bertrand et de nombreux de mes collègues sur ces sujets-là. Quand j’ai vu ça, je me suis dit nous voilà chez Trump, on fait de la diplomatie par Twitter. On ne gère pas une question d’affaires étrangères aussi sérieuse de cette façon-là. Je trouve ça très vulgaire. Et sur le fond, ça va trop loin, c’est un amalgame de premier degré. C’est inopportun et inapproprié ».

« Ce qui vient de se passer remet en cause mon vote pour François-Xavier Bellamy »

La sénatrice de l’Aisne, Pascale Gruny estime elle aussi que la forme du tweet « pose problème ». Le fond, c’est un sujet qu’il faut aborder. On peut comprendre que les Algériens veuillent récupérer ce qui fait partie de leur culture. On a également un sujet avec certains ressortissants algériens, qu’on retrouve sur le sol français alors qu’ils ne devraient pas être là et sont parfois responsables de la délinquance. En revanche, le mélange des genres n’est pas heureux. Ce n’est pas le moment, on est plein dans les européennes ! Il faut faire attention à ce qu’on dit, LR ce n’est pas le RN ».

« Comme beaucoup de mes collègues modérés, je suis ulcérée. Cette publication est extrêmement choquante, c’est une étape de plus qui nous éloigne des valeurs de l’UMP du début des années 2000. Et quand j’apprends que la direction assume, je suis abasourdie », se désole une sénatrice LR. « François-Xavier Bellamy fait une belle campagne mais ce qui vient de se passer remet en cause mon vote », confie-t-elle, sous-entendant qu’elle pourrait voter pour Valérie Hayer, la candidate Renaissance. Ce qui confirme que cette publication n’a pas recueilli de « grand succès » auprès de la base « sénatoriale » LR, en tout cas.

 

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