Jean Castex, remplaçant « édulcoré » d’Edouard Philippe
La nomination de Jean Castex à Matignon fait réagir certains sénateurs qui pointent du doigt un choix « technicien », « peu susceptible de faire de l’ombre à l’Elysée ».

Jean Castex, remplaçant « édulcoré » d’Edouard Philippe

La nomination de Jean Castex à Matignon fait réagir certains sénateurs qui pointent du doigt un choix « technicien », « peu susceptible de faire de l’ombre à l’Elysée ».
Public Sénat

Par Marylou Magal et Hugo Lemonier

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4 min

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Comme à chaque remaniement, plusieurs noms circulaient depuis plusieurs semaines. Pour remplacer Edouard Philippe à la tête du gouvernement, on évoquait tour à tour Florence Parly, Elisabeth Borne, Jean-Yves Le Drian, ou encore Bruno Le Maire. On misait aussi sur une figure forte, ancrée à gauche, une femme, peut-être, qui incarnerait le tournant social et écologique promis par Emmanuel Macron pour les deux dernières années de son quinquennat. La décision est tombée, ce vendredi. C’est finalement Jean Castex qui investira les locaux de Matignon, fraichement quittés par Edouard Philippe, retourné prendre la tête de la mairie du Havre.

A 55 ans, le nouveau premier ministre est peu connu du grand public. Sollicité au moment de la crise sanitaire, il a été chargé, en avril, de coordonner la levée progressive des restrictions liées au confinement. Issu des rangs de la droite (membre des Républicains qu’il vient de quitter, ce vendredi), Jean Castex a été directeur de cabinet de Xavier Bertrand lorsque celui-ci était ministre de la Santé, avant de devenir secrétaire général de l’Elysée sous Nicolas Sarkozy, dont il est proche. Un profil marqué politiquement, qui déplaît aux sénateurs de l’opposition. « J’ai le sentiment que le changement de cap promis par Emmanuel Macron aura bien lieu, mais à 360 degrés : c’est un retour au point de départ », réagit le chef de file des sénateurs socialistes Patrick Kanner. « Avec Jean Castex, c’est une droite libérale qui occupe Matignon, dans une logique de collaboration avec le président. Emmanuel Macron a délibérément décidé de chasser sur les terres de la droite pour sauver sa tête en 2022. »

Un parcours « classique », un ancrage local

Maire de Prades depuis 2008 et conseiller départemental des Pyrénées-Orientales, le nouveau locataire de Matignon incarne également l’ancrage local. C’est aussi, comme Emmanuel Macron, et Nicolas Revel, son nouveau chef de cabinet, un énarque. « J’espère, pour le pays, qu’il sera à la hauteur des enjeux », s’interroge le leader des sénateurs centristes, Hervé Marseille. « Je me questionne sur le choix d’un technicien, car nous entrons dans une période avec beaucoup d’enjeux sociaux, européens, budgétaires… J’attends qu’il fasse ses preuves. Je retiens pour l’instant que c’est un énarque, qui remplace un énarque, au service d’un énarque. »

Pour certains, le principal atout de Jean Castex est surtout sa capacité à ne pas faire de vague. Tandis que la côte de popularité d’Edouard Philippe était à son comble, beaucoup soupçonnent Emmanuel Macron d’avoir voulu remplacer un premier ministre trop populaire par un profil plus discret, qui ne risquerait pas de lui faire de l’ombre pour les deux années à venir. « La popularité d’Edouard Philippe agaçait prodigieusement le président, qui a souhaité mettre à sa place une personne avec moins d’ambition politique, qui cherche moins la lumière, une version édulcorée », analyse le sénateur sarkozyste Roger Karoutchi. « L’Elysée veut garder la main sur tout. Elle a donc choisi un homme de grande compétence, de grande qualité, mais pas un potentiel adversaire politique. Le vrai choix du président de la République n’est pas un choix d’orientation politique, mais un choix de mainmise sur l’ensemble des décisions du gouvernement. »

« Un nouvel Edouard Philippe »

Dans les rangs de la majorité, on voit plutôt dans la nomination de Jean Castex un choix fidèle à ceux qu’a pu faire Emmanuel Macron.  « Jean Castex est un homme sérieux, pondéré et bosseur », soutient le porte-parole des sénateurs de la majorité Julien Bargeton. C’est un nouvel Edouard Philippe : quelqu’un de peu connu au départ que les Français vont apprendre à découvrir. Il incarne une position centrale : Sarkozyste et social, haut-fonctionnaire et élu local, politique et technicien. Ce choix est dans l’ADN d’Emmanuel Macron : faire confiance à l’inattendu, faire émerger de nouveaux visages, s’appuyer sur les compétences et les talents d’où qu’ils viennent sans à priori idéologique. » Suite à sa nomination, Jean Castex sera l’invité du 20h de TF1, ce vendredi, où il devrait donner les grandes lignes de son orientation pour les années à venir.

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