Jean François Bohnert, un magistrat au profil européen
Nommé mercredi à la tête du parquet national financier, Jean-François Bohnert, 58 ans, jusqu'alors procureur général à Reims,...

Jean François Bohnert, un magistrat au profil européen

Nommé mercredi à la tête du parquet national financier, Jean-François Bohnert, 58 ans, jusqu'alors procureur général à Reims,...
Public Sénat

Par Dominique CHARTON

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Nommé mercredi à la tête du parquet national financier, Jean-François Bohnert, 58 ans, jusqu'alors procureur général à Reims, présente un profil de magistrat européen, dont les pairs saluent "l'élégance" et le sens de "l'écoute".

Magistrat de liaison en Allemagne de 1998 à 2003, représentant adjoint de la France auprès de l'unité de coopération judiciaire Eurojust à la Haye (Pays-Bas) de 2003 à 2007, M. Bohnert connaît bien la mécanique de ce qu'il nomme "la diplomatie judiciaire". Une compétence utile quand la majorité des dossiers traités par le PNF sont aujourd'hui d'envergure internationale.

"En 2001, j'ai été au coeur des négociations qui ont permis d'extrader vers la France l'ex-numéro 2 d'Elf René Sirven, que l'Allemagne voulait garder lors de son escale à Francfort", rappelle ainsi cet hyperpolyglotte qui couramment six langues.

"Cela vient de ma famille", confie cet Alsacien. "Mon goût pour les langues m'a beaucoup aidé. Comme un trousseau de clefs pour ouvrir les portes de la confiance".

Son CV international avait d'ailleurs déjà circulé pour le poste de premier procureur européen, finalement revenu à la Roumaine Laura Codruta Kosevi. Un poste auquel il aurait, reconnaît-il, "aimé accéder car le parquet européen est une vraie révolution."

Mais "le PNF, c'est un autre projet qui s'inscrit dans la dynamique européenne, celle d'une approche technique et approfondie de la délinquance financière", ajoute celui qui est passé par les parquets de Strasbourg, Dijon, Bourges et Rouen, où il s'est "intéressé très tôt à la délinquance financière".

Dans un bureau voisin, l'avocat général Jacques Louvier commente la promotion de son patron: "C'est un poste difficile avec beaucoup de chausse-trapes. Son profil le met en position de force pour affronter tout type de situation", dit-il.

- "Ne pas se coucher devant les pouvoirs" -

"Si je devais le définir", livre de son côté le procureur de Reims Matthieu Bourrette, "je dirais que c'est, en toute circonstance, un homme élégant: l'autorité sans l'autoritarisme, la sérénité sans la certitude".

"C'est un homme qui sait donner le cap et fait confiance à ses collaborateurs, les laissant très libres tout en les accompagnant chaque fois que c'est nécessaire" ajoute-t-il.

Jacques Louvier complète le tableau: "c'est un homme d'humeur toujours égale, quoi qu'il arrive, quelqu'un qui écoute".

"A Reims, je n'ai jamais été amené à donner un ordre au procureur", assure Jean-François Bohnert. "Mais en retour, in fine, c'est le chef qui prend la décision. Et sans faire retomber un éventuel échec sur ses collaborateurs! La collégialité, c'est aussi la responsabilité".

Un souci du dialogue qui passe aussi, selon Jean-François Bohnert, par le recours au plaider-coupable. "On s'en servira au PNF! J'ai découvert dans ce dialogue le pouvoir de faire passer des messages aux prévenus beaucoup mieux qu'à l'audience".

Le nouveau patron du PNF sait également que les temps ont changé. "Nous sommes observés par les citoyens, les juridictions internationales. On doit peser nos décisions, assurer nos arrières, sans se coucher devant les pouvoirs" professe-t-il.

Jean-François Bohnert s'affirme aussi humaniste. "Mon sujet, ce sont les femmes et les hommes que j'ai devant moi. Les faire exister en tant qu'êtres humains pour que la sanction soit comprise et acceptée", insiste-t-il. Une ligne de conduite qui sera scrutée pour l'un de ses premiers grands rendez-vous: le procès de Pénélope et François Fillon en février 2020.

Partager cet article

Dans la même thématique

Jean François Bohnert, un magistrat au profil européen
3min

Politique

« Je ne souhaite pas participer aux ravages sociaux et écologiques en cours » assume cet étudiant qui a bifurqué 

En 2022, Théophile Duchateau, élève dans l’école d’ingénieur Agro ParisTech, fait partie du groupe de « bifurqueurs », surnommés ainsi après avoir annoncé publiquement lors de la remise de leur diplôme qu’ils préféraient renoncer à une carrière toute tracée dans un grand groupe. Théophile Duchateau, ancien élève ingénieur d’Agro ParisTech partage aujourd’hui sa vie entre son métier dans l’agroforesterie et l’engagement dans une ferme collective. Au micro de Quentin Calmet et face aux sénateurs, il assume une nouvelle forme de « travail » dans l’émission Dialogue citoyen.

Le

Jean François Bohnert, un magistrat au profil européen
4min

Politique

« L’IA, j’y crois beaucoup » : le préfet de police de Paris défend son utilisation pour la surveillance vidéo des rodéos urbains et des manifestations

Auditionné au Sénat sur la sécurité de l’espace public, le préfet de police de Paris Patrice Faure a défendu le recours à la surveillance vidéo algorithmique pour détecter certains délits et encadrer les manifestations. « Donnez-nous le cadre législatif pour utiliser les moyens technologiques qui existent », a-t-il exhorté devant les sénateurs.

Le

Retailleau ok
7min

Politique

Bruno Retailleau veut rétablir les contrôles à la frontière espagnole : c’est le cas depuis 2015

Suite à la régularisation de 500 000 sans-papiers en Espagne, la droite et l’extrême droite réclament un rétablissement des contrôles à la frontière espagnole. Or, ces contrôles ont été rétablis, théoriquement temporairement, mais sans discontinuer, depuis 2015. Par ailleurs, un titre de séjour délivré par un autre Etat-membre ne permet pas de séjourner légalement en France.

Le