Jean-François Delfraissy prédit des « conséquences sanitaires importantes à la mi-mars »
L’hypothèse d’un nouveau confinement a pris de l’épaisseur ces derniers jours avec des déclarations alarmantes d’experts, comme le professeur Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique. Il était auditionné ce jeudi soir par l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) sur la stratégie vaccinale.

Jean-François Delfraissy prédit des « conséquences sanitaires importantes à la mi-mars »

L’hypothèse d’un nouveau confinement a pris de l’épaisseur ces derniers jours avec des déclarations alarmantes d’experts, comme le professeur Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique. Il était auditionné ce jeudi soir par l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) sur la stratégie vaccinale.
Public Sénat

Par Pierre Maurer

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Cette semaine, beaucoup ont critiqué sa versatilité. « Alarmiste » un jour, beaucoup moins le lendemain, Jean-François Delfraissy s’est expliqué ce jeudi soir devant les parlementaires de l’OPECST qui l’auditionnaient sur la stratégie vaccinale. Le président du Conseil scientifique, qui éclaire l’exécutif dans sa gestion de la crise sanitaire, n’a pas dévié de sa ligne : oui l’heure est grave, mais une décision ne nécessite pas d’être prise dans la minute.

Le professeur d’immunologie a d’abord dressé le bilan de la propagation des différents variants, britannique en tête. « On est à 14 % à Paris, mais il y a une grande hétérogénéité entre les régions », a-t-il expliqué face aux sénateurs et députés. Fort heureusement, les vaccins obtiennent « une neutralisation de qualité » sur le variant anglais. Beaucoup moins sur son cousin sud-africain, avec une perte de sensibilité à 40 %. Mais le professeur se veut rassurant : « Moderna est en train de construire des vaccins capables de se diriger contre plusieurs variants. Vont-ils y arriver ? La technique, en tout cas, le permet ».

Sur la circulation de ces variants, il estime que la France est plutôt « bonne élève » même si elle fait face à une « double infection ». Le couvre-feu ne lui paraît pas suffisant. « Il y a une efficacité, pas majeure, sur la circulation du virus en général, mais aucune efficacité sur la circulation et la pénétration des variants », relève-t-il. Il ajoute : « L’arrivée du variant montre que l’on va se retrouver à la mi-mars dans une situation sanitaire avec des conséquences importantes pour les entrées en réanimation ».

« Prenons le temps de construire la moins mauvaise des réponses »

Alors que l’exécutif consulte depuis deux jours dans la perspective d’un reconfinement « serré » selon les mots du porte-parole du gouvernement, une décision aurait-elle dû être prise plus tôt ? « A nos yeux, l’arrivée de ces variants est en train de modifier la donne. Je crois que c’est l’histoire naturelle et qu’il y aura d’autres variants. Il faut une très grande souplesse dans la construction des vaccins », explique-t-il. Encore faut-il disposer de doses de vaccins dont les retards de production s’accumulent. « Je considère qu’on est dans quelque chose d’urgent. Ne confondons pas l’urgence et l’extrême urgence sur des décisions aussi complexes comme un reconfinement. On est dans un moment où il va falloir prendre des décisions. Mais prenons le temps de construire la moins mauvaise des réponses », abonde-t-il, martelant son rôle de « conseil du politique » et non de décisionnaire. Il reconnaît bien qu’il y a « parfois un décalage entre le signal donné par le Conseil scientifique et la décision politique », mais pas de friture sur la ligne. A chaque fois, le politique reste maître de ses choix. Et s’oppose parfois à raison aux médecins : « Le politique a souhaité rouvrir les écoles au mois de mai, nous ne voulions pas, et finalement il a eu raison », estime-t-il. La question qui se pose actuellement à l’exécutif lui semble cornélienne : « Faut-il continuer à préserver la santé des anciens peut être au détriment des plus jeunes ? » Selon BFMTV, Emmanuel Macron souhaite un reconfinement moins dur pour les jeunes, en raison de l’impact psychologique. Est-ce qu’une stratégie de territoires pourrait être mise en place ? « Oui et elle a été jusqu’ici peu appliquée », observe-t-il.

Une sortie de crise possible ? « Une fois qu’on aura vacciné l’ensemble des personnes les plus à risques »

Sur le cas des écoles, Jean-François Delfraissy prêche dans le sens du ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer : « Nous restons pour l’instant sur la position de garder les écoles ouvertes ». Les études anglaises ne l’ont pas convaincu et « les enfants sont un facteur de transmission, mais pas particulièrement impliqués dans la transmission des variants », argue-t-il. D’ailleurs au niveau européen « la moitié des pays ont fermé les écoles, l’autre moitié non ». Et pour cause, selon lui, « ce qui ressort : c’est qu’on se contamine lorsqu’on arrête de porter le masque et que l’on boit et mange en extérieur ou en intérieur ».

Quand espérer voir le bout du tunnel ? « On aura une sortie de crise possible une fois qu’on aura vacciné l’ensemble des personnes les plus à risques ». Il assure par ailleurs que les prochains mois seront décisifs dans la course aux traitements, en supplément des vaccins. Le signe d’un autre espoir : « Nous n’avons pas de médicaments spécifiques ayant fait la preuve de son efficacité. Mais on a des cocktails d’anticorps qui doivent être donnés très tôt, avec lesquels on peut bloquer la multiplication du virus ». Pour l’heure, « l’idée n’est pas de contrôler et d’éradiquer ce virus (mais) de le maintenir à un certain niveau qui permette de protéger contre la morbidité et la mortalité les personnes les plus anciennes et fragiles ». Emmanuel Macron pourrait annoncer ce week-end ou lundi des mesures plus strictes, qui feront l’objet d’un débat et d’un vote symbolique au Parlement la semaine prochaine.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le