Jean-Luc Mélenchon dans les starting-blocks pour sa rentrée

Jean-Luc Mélenchon dans les starting-blocks pour sa rentrée

Le candidat du mouvement la France insoumise se met en ordre de bataille pour la dernière ligne droite, après de longs mois de préparation, pendant que le PS se cherche un candidat et un projet.
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Il peut aborder sa rentrée politique et ses prochaines réunions publiques avec le sourire. Le candidat de la France insoumise, qui présentera ses vœux ce soir à Paris, a annoncé dans le Monde paru ce jeudi qu'il n'était plus très loin de réunir les 500 signatures requises pour l'élection présidentielle. Jean-Luc Mélenchon affirme disposer à ce jour de 483 promesses de parrainage. Tout comme de l'accord d'une banque pour un prêt.

Un autre chiffre est venu confirmer l'intérêt de la stratégie numérique installée par son équipe de campagne. Mercredi, la chaîne Youtube du candidat, a dépassé le seuil des 150 000 abonnés. Un chiffre sans équivalent chez les responsables politiques français, qui symbolise un certain engouement pour ses vidéos qui veulent s'adresser à un public plus jeune. Il y a trois mois, le même public sur ce canal numérique était cinq fois moins nombreux.

Macron ou Mélenchon, « le vrai choix des électeurs du PS »

Depuis 2012, le député européen n'a jamais été avare en critiques sur le bilan du quinquennat de François Hollande. Désormais, c'est l'intérêt de la présence du Parti socialiste à l'élection présidentielle qu'il remet en question. « Sans projet et sans avantage électoral, à quoi bon un candidat du PS ? », demande-t-il, lors de son entretien au Monde. Celui qui avait réuni près de quatre millions de suffrages au soir du 22 avril 2012 (11,10% des suffrages exprimés), considère désormais que « le vrai choix des électeurs du PS » sera « en réalité » de trancher entre Emmanuel Macron et lui-même. Le futur vainqueur de la primaire de la Belle alliance populaire n'est même plus dans l'équation.

 Pendant que le Parti socialiste reste suspendu à l'issue de sa primaire le 27 janvier, et que le projet d'Emmanuel Macron se fait attendre, Jean-Luc Mélenchon espère tirer les fruits d'une longue campagne démarrée en février 2016 et sur un projet présidentiel, qui s'est retrouvé au pied de beaucoup de sapins de Noël. Tour d'horizon de ses mesures emblématiques.

Un programme encore évolutif

Si le programme définitif n'est pas encore arrêté, son éventail de mesures continue de ses diffuser sur les réseaux sociaux et en librairie. L'humain d'abord, le projet présidentiel de 2012, a servi d'ossature et de base au programme. Les grands axes de la précédente campagne s'y retrouvent.

Des contributions collectives, venues des soutiens du mouvement de la France insoumise, ont également nourri jusqu'à l'été 2016 les pages du livre-programme de 2017, dont le titre illustre la méthode d'élaboration : L'Avenir en commun. Au cours des prochaines semaines, le candidat et son équipe vont dévoiler une série de livrets afin d'affiner et de préciser les 360 mesures publiées dans le livre, notamment les conditions de leur mise en œuvre. Ou encore la question de leur financement.

Une VIe République

Comme en 2012, Jean-Luc Mélenchon appelle à une refondation des institutions. Ce qu'il appelle la « révolution citoyenne » doit répondre à « l'urgence démocratique ».  Le programme prévoit la convocation d'une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution, qui mettra sur pied un régime parlementaire, avec une chambre unique élue à la proportionnelle. Autre mesure, qui figure parmi les dix plus emblématiques du projet : celle créant le droit de révoquer un élu en cours de mandat, sur demande des citoyens. Sur la question du vote, le droit de vote à 16 ans, le vote obligatoire et la reconnaissance des votes blancs sont proposés.

Une « planification écologique »

L'écologie s'affirme, elle aussi, comme l'un des piliers du projet de la France insoumise, à travers l'énergie, les transports, la construction, l'alimentation. Jean-Luc Mélenchon a annoncé qu'elle serait « le point de départ et le point d'arrivée de sa campagne ». La planification écologique sert d'arme contre le changement climatique et d'outil pour relancer l'économie. Le projet marche clairement sur les plates-bandes d'Europe Écologie-Les Verts, et de son candidat Yannick Jadot.  Jean-Luc Mélenchon revendique, lui, une démarche écosocialiste. Son programme vise une sortie du nucléaire, avec une fermeture « immédiate » de Fessenheim, et un abandon du site de stockage de Bure et du chantier de l'EPR, et un objectif de 100% d'énergies renouvelables en 2050.

L'offensive sur le terrain social : retraite à 60 ans, 35 heures...

Ce sont les autres fondamentaux du candidat. Jean-Luc Mélenchon a rappelé ce jeudi dans Le Monde qu'il souhaitait « introduire dans la campagne un projet de progrès social et pas simplement une résistance ».  Son programme résume une série de mesures par la formule « travailler moins pour travailler tous ». Le candidat propose notamment « d'appliquer réellement et immédiatement les 35 heures » et de favoriser « le passage à la semaine de quatre jours pour aller vers les 32 heures ». Une sixième semaine de congés payés figure elle aussi dans le catalogue de mesures.

Comme en 2012, le programme prévoit une hausse immédiate du Smic, pour le porter à 1326 euros net (hausse de 16%). Mais contrairement à la précédente campagne, il n'est pas fait mention d'un smic à 1700 euros net en fin de mandat. À l'opposé, les hauts salaires seront limités, en respectant un écart de 1 à 20 dans une entreprise. Une revalorisation des salaires des fonctionnaires et la restauration du droit à la retraite à 60 ans à taux plein figurent également dans les pages du programme. Quant au contrat de travail, le programme de Jean-Luc Mélenchon prévoit de fixer un quota de contrats précaires dans les entreprises (10% dans les PME, 5% dans les grandes entreprises).

Le volet emploi comprend aussi un symbole : l'abrogation de la loi El-Khomri, et le retour à la hiérarchie des normes sociales. Un moyen de capitaliser sur des mois d'opposition d'une partie de la France sur la loi Travail.

La « révolution » sera également fiscale, promet le cofondateur du Parti de gauche, avec « une lutte sans merci contre les déserteurs fiscaux » et la refondation de l'impôt sur le revenu et la CSG en un grand impôt citoyen sur les revenus, avec un barème à 14 tranches (contre cinq actuellement). Sur le volet de la protection sociale, une « sécurité sociale intégrale » pour les travailleurs, avec un remboursement à 100% des soins.

La refondation de l'Europe

Autre point majeur du programme : la sortie des traités européens actuels. Pour Jean-Luc Mélenchon, il s'agit « de prendre les mesures immédiates et unilatérales de sauvegarde des intérêts de la nation et d'application de notre projet ». En d'autres termes, il s'agirait pour la France de « s'exonérer »du pacte de stabilité et des règles encadrant les marges budgétaires des États (TSCG), de la directive sur les travailleurs détachés, ou encore de « refuser les régressions du droit européen sur les questions sociales ou écologiques » ainsi que les traités internationaux de libre-échange (Tafta avec les États-Unis et Ceta avec le Canada).

Le projet propose deux scénarios pour la suite du projet européen. Le premier : une « refondation démocratique, sociale et écologique des traités européens » par la voie de la négociation. Si celle-ci échoue, la France sortirait progressivement du marché unique et de la zone monétaire unique de l'euro.

Sur les questions de société

Défendant « le Progrès humain d'abord », Jean-Luc Mélenchon promet d'investir des moyens supplémentaires dans l'éducation, avec le recrutement de 60.000 nouveaux enseignants sur l'ensemble du quinquennat. Une mesure prévoit de rendre obligatoire la scolarité de 3 à 18 ans.

Le projet ambitionne d'atteindre l'égalité hommes-femmes dans les institutions et l'entreprise, en « réprimant les inégalités ». Au défi du vieillissement de la population, Jean-Luc Mélenchon répond par une « prise en charge solidaire de la dépendance ».

Une politique internationale d'indépendance

Sur le plan diplomatique, le programme prévoit une sortie de la France de l'Otan, du FMI et de la Banque mondiale.

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