Jean-Paul Delevoye, habile « capitaine retraites »
"Fin politique", "tout en rondeur", parfois "casse-pieds", le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye a...

Jean-Paul Delevoye, habile « capitaine retraites »

"Fin politique", "tout en rondeur", parfois "casse-pieds", le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye a...
Public Sénat

Par Aurélie CARABIN

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"Fin politique", "tout en rondeur", parfois "casse-pieds", le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye a mené à bon port une concertation hautement sensible, résistant aux remous et aux tergiversations de l'exécutif sur l'âge de départ.

Après 18 mois de dialogue avec les partenaires sociaux, le haut-commissaire de 72 ans leur présentera jeudi ses recommandations pour le futur "système universel" de retraites avant de les remettre au Premier ministre Édouard Philippe.

Il s'agira de restituer "un projet collectif", assure à l'AFP Jean-Paul Delevoye, qui dit s'être "beaucoup enrichi de (ses) rencontres", notamment lors d'ateliers citoyens. "J'ai quasiment fait le tour de France", plaisante le colosse d'1,93 m aux sourcils noirs et cheveux cendrés.

Bonne nouvelle pour lui: le gouvernement qui envisageait ces dernières semaines d'introduire dès 2020 des mesures d'économies "paramétriques" (durée de cotisation, décote...) de nature à braquer les syndicats et saborder sa vaste réforme "systémique", y a finalement renoncé.

Une forme de victoire pour celui qui, en pleine cacophonie gouvernementale sur l'âge de la retraite, avait mis sa démission dans la balance au printemps. "Je suis un homme d'engagement", avait clamé M. Delevoye lors d'un colloque au Sénat, menaçant de "tirer les conséquences" d'une remise en cause des 62 ans.

"Quand vous naviguez, il y a des vagues plus ou moins hautes", philosophait récemment le haut-commissaire devant des journalistes curieux de l'état de ses relations avec Matignon. "Je ne crains absolument pas les tempêtes mais ma capacité à adapter les voiles pour ne pas casser le bateau".

Le report des mesures budgétaires en témoigne: derrière une apparente bonhommie se cache "un formidable manœuvrier", estime une source gouvernementale. "Il a cette capacité à aller chercher un arbitrage (...) à oublier ce qui ne l'arrange pas".

C'est que l'ex-ministre chiraquien de la Fonction publique (2002-2004), "gaulliste social" revendiqué, peut s'appuyer sur une longue expérience politique. Maire de Bapaume (Pas-de-Calais), sa ville natale, député, sénateur... L'ancien négociant en aliments pour bétail a également présidé l'Association des maires de France pendant 10 ans.

Sorti de sa retraite après son éviction fin 2015 de la présidence du Conseil économique, social et environnemental (Cese) pour rallier Emmanuel Macron, M.Delevoye s'est d'abord vu confier les rênes de la commission d'investiture pour les élections législatives d'En Marche!.

Puis, fin 2017, le chantier titanesque des retraites. "Le président a accepté que l'on prenne le temps", se félicite Jean-Paul Delevoye, soucieux de susciter "l'adhésion" plutôt que "l'obéissance".

- "ça va tanguer" -

Entouré d'une "dream team", comme il appelle son équipe, l'affable ancien médiateur de la République a consulté à tout-va.

A la satisfaction des syndicalistes, tel Dominique Corona (Unsa), séduit par "un personnage tout en rondeur, très abordable, qui respecte les gens en face de lui".

"C'est la première fois qu'on ne travaille pas dans l'urgence", apprécie Pascale Coton (CFTC).

Pour Frédéric Sève (CFDT), la méthode Delevoye a surtout permis de "montrer qu'un chantier que l'on disait hallucinant, infaisable, était possible".

En 2003 déjà, une autre réforme des retraites, celle des fonctionnaires, avait révélé l'habileté du négociateur, capable de ramener les syndicats autour de la table après plusieurs mois de conflit.

Mais le haut-commissaire, coutumier des "digressions" au point d'en être "parfois un peu casse-pieds", selon l'un de ses interlocuteurs, suscite aussi de l'impatience.

"Sa méthode, c'est de ne pas parler des sujets qui fâchent", juge Philippe Pihet (FO), qui a boycotté la dernière séance de concertation, "torpillée quand le gouvernement lui a retiré le tapis sous le pied".

"Plus" on le voit, "moins l'on en sait", raillait aussi le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, en avril.

Après l'été, M. Delevoye devrait reprendre les concertations avant que la ministre des Solidarités Agnès Buzyn ne prenne le relais au Parlement.

Au grand dam de la député LREM Corinne Vignon, qui juge "essentiel" qu'il reste à la manœuvre. Selon elle, certes, "ça va tanguer", mais "l'important, c'est d'avoir un capitaine qui tient la route".

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