La question travaille régulièrement les LR. Ce week-end, le président du RN, Jordan Bardella, a remis une pièce dans la machine. Interrogé samedi sur BFMTV sur les municipales de mars prochain, le leader d’extrême droite s’est montré prêt à tendre la main à la droite, en cas de deuxième tour où l’extrême gauche serait en mesure de l’emporter.
« S’agissant du second tour, nous ferons évidemment du cas par cas. […] Maintenant, moi, je ne suis pas fermé à ce qu’il y ait des discussions sur de potentielles listes d’union ou listes de rassemblement au second tour si, évidemment, il y a un danger de voir l’extrême gauche s’emparer d’un certain nombre de municipalités », a avancé Jordan Bardella. « Nous n’excluons rien par principe » assure le président du RN, ajoutant qu’« en fonction évidemment des circonstances, nous tendrons la main à de potentiels alliés qui pourraient eux aussi d’ailleurs être dans une démarche d’union et de rassemblement ».
« Certainement pas » pour Xavier Bertrand
On sait le sujet glissant et sensible pour les LR. Et d’un élu à l’autre, les réponses ne seront pas toujours exactement les mêmes. Appelé à réagir dès ce week-end, sur la même antenne, le président LR des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, prévient qu’il ne faut « certainement pas » accepter la main tendue du RN. « Je suis résolument opposé aux dirigeants du RN, comme aux dirigeants de LFI. Je combats les dirigeants de ces deux extrêmes », prévient celui qui se « prépare » pour la présidentielle de 2027. Interrogé sur LCI, l’ancien premier ministre Michel Barnier a voulu aussi écarter toute éventualité. « Je ne plaide pas et ne plaiderai jamais pour une alliance avec les formations d’extrême droite », a-t-il déclaré sur LCI.
Le président du parti, Bruno Retailleau, n’a pour sa part pas réagi au sujet. On se souvient que lors d’une législative partielle dans le Tarn-et-Garonne, en octobre dernier, qui opposait au second tour une candidate PS face un candidat de l’UDR, le parti d’Eric Ciotti qui a fait alliance avec le RN, l’ancien ministre de l’Intérieur n’avait pas appelé à battre le bloc d’extrême droite. « Pas une voix pour la gauche, c’est notre ligne. Les électeurs se déterminent », avait lancé le sénateur LR. S’il refuse l’union des droites au niveau des appareils, il vise en revanche l’union des droites « dans les urnes ».
« J’ai toujours refusé toute alliance et toute fusion avec le RN », soutient Stéphane Piednoir
Au sein du groupe du sénateur de Vendée, on sait que Mathieu Darnaud, qui lui a succédé à la présidence, ne veut pas de discussion avec le RN pour le second tour. « Notre ligne a toujours été claire, il n’y aura pas d’union des droites », avait-il soutenu en octobre dernier sur Public Sénat.
Une position partagée par Stéphane Piednoir, sénateur LR de Maine-et-Loire. « J’ai toujours refusé toute alliance et toute fusion avec le RN. Pas seulement par principe, mais car on a de vraies divergences sur l’analyse et la prospective du pays. Mais c’est le rêve du RN. Ils voient bien qu’ils atteignent un plafond de verre. Sans la droite de gouvernement, ils n’arriveront pas. C’est le rêve d’effacer la droite de l’échiquier politique », soutient Stéphane Piednoir, à la tête de la fédération LR de son département, qui dénonce « le braconnage du RN sur les terres des LR ». Il dénonce « une tentative d’OPA sur la droite républicaine. Mais je ne suis pas à vendre. On voit que la tentation, c’est d’effacer totalement notre sensibilité politique ». Il ajoute : « C’est la voie prise par Eric Ciotti, ce n’est pas la nôtre. Si on avait souhaité s’allier avec le RN, on serait tous à l’UDR ».
« On n’est pas obligés de répondre aux injonctions de Jordan Bardella », souligne Max Brisson
D’autres préfèrent plutôt ne pas prendre position. « On n’est pas obligés de répondre aux injonctions de Jordan Bardella. Pour l’instant, nous sommes en campagne pour le premier tour et jusqu’à nouvel ordre, les listes du RN ne cherchent pas à faire du bien aux listes des candidats de la droite républicaine et du centre. Elles visent plutôt à la déstabiliser, au risque de faire passer la gauche », pointe Max Brisson, porte-parole du groupe LR du Sénat, qui y voit surtout une intention de nuire. « C’est bien gentil de vouloir nous mettre des cailloux dans notre chaussure, mais pour l’instant, je constate que les listes d’extrême droite se présentent rarement pour gagner, mais éventuellement pour faire perdre des listes de droite et faire gagner les listes de gauche ».
Autrement dit, « ce n’est pas pour nous faire du bien. C’est pour ouvrir un débat théorique », selon Max Brisson, « alors qu’aujourd’hui, les candidats aux municipales parlent lien social, sport, autonomie, personnes âgées ». D’autant que la condition fixée par Jordan Bardella pourrait ne pas arriver. « Dans combien de communes on se retrouvera dans cette situation, avec une liste LFI ? Pourquoi répondre à Monsieur Bardella, qui parle de quelque chose qui n’existe pas ? » demande le porte-parole du groupe, qui conclut : « Si elle se pose, on en reparlera ».
« Pour un membre des Républicains, la hantise absolue, c’est une ville LFI »
Conformément à la ligne de Bruno Retailleau, le sénateur LR Olivier Paccaud, soutient que « pour un membre des Républicains, la hantise absolue, c’est une ville LFI ». Mais le sénateur de l’Oise n’y croit pas non plus : « Honnêtement, je ne sais pas si ce cas de figure arrivera ». L’élu y voit davantage une peau de banane. « C’est bien beau de vouloir susciter des polémiques, ou de tendre des pièges. Mais il faut me donner des exemples. Moi, je n’en vois pas », insiste le sénateur de l’Oise.
« Je ne veux pas rentrer dans ce genre de considération. C’est une façon d’essayer de piéger la droite dans ses contradictions. Mais historiquement, quand j’ai eu un combat politique à mener, c’était soit contre la gauche, soit contre le RN, soit les deux », insiste Olivier Paccaud, qui souligne au passage que « le RN a énormément de mal à faire des listes, je le vois dans mon département ».
« Vous ne pourrez pas être présent au second tour de la présidentielle, s’il n’y a pas un programme commun des droites », soutient le sénateur Etienne Blanc
Plus rares, certains assument au sein des LR de porter l’idée d’une union des droites, à l’image du sénateur LR Etienne Blanc. L’élu du Rhône en défend le principe depuis plusieurs années en réalité. Il portait déjà cette « union des droites » en 2022, sur publicsenat.fr. En décembre dernier, il estimait encore qu’« il n’y a pas d’autre solution que de rassembler toutes les droites ». Mais plutôt que les appareils, il entend unir les droites par les idées. « Il faut être lucide. Vous ne pourrez pas être présent au second tour de la présidentielle, s’il n’y a pas un programme commun des droites, pour que les électeurs qui nous ont quittés, reviennent vers nous. Pour moi, c’est une évidence », soutient ce lundi Etienne Blanc, « pas choqué une seconde, qu’il y ait une grande discussion, des centristes jusqu’à Sarah Knafo ». Quant au parti de Jordan Bardella, il souligne que « le RN n’en veut pas, d’une entente à droite. Là, il vient de faire un petit mouvement, en disant s’il y a un péril d’extrême gauche, il faut qu’on discute. Mais pour la présidentielle, ils n’en veulent pas. Donc il faut arrêter de se flageller ».
Pour les municipales, dans le cas évoqué par Jordan Bardella, pour lui, la solution est « un retrait pur et simple ». « Je pense qu’il faut faire barrage à la gauche. Donc un désistement de la liste la moins bien placée, ça ne me choque pas une seconde », avance Etienne Blanc, qui ne croit pas en revanche dans la fusion des listes.
Mais s’il n’écarte pas un retrait, sur le principe, il pointe aussi les arrière-pensées du leader du RN. « Il ne faut pas être dupe. Quand Jordan Bardella prend cette position-là, évidemment, c’est pour mettre en difficulté les LR. Il sait bien que ce sujet est extrêmement clivant au sein des LR », souligne l’élu du Rhône.
« Je suis ravie de voir que des gens veulent travailler avec les LR »
D’autres semblent aussi ne pas rejeter par principe la main tendue du RN, mais hors micro. « Je suis ravie de voir que des gens veulent travailler avec les LR, parce que Reconquête n’arrête pas de taper sur nous », réagit une parlementaire LR, qui pense que les élus locaux garderont une part de liberté. « Localement, les listes LR auront pas mal de latitudes sur la façon de construire leur majorité. On s’adapte. Mais au niveau du parti, c’est non », rappelle cette responsable LR, qui ajoute : « Si la question se pose, il faudra un débat au niveau des instances du parti. Et est-ce qu’il y aura fusion de listes ou la volonté de faire barrage ? Je ne sais pas. La question se pose. Si la question se pose, on y répondra le moment venu ». Autrement dit, elle ne dit pas un « non » de principe.
Ces sujets n’ont pas fini de poser problème aux LR. A Nîmes, seule ville de plus de 100.000 habitants encore détenue par le parti, une conseillère municipale, Monique Boissière, vient de démissionner ce lundi de la majorité du maire LR, Jean-Paul Fournier, pour rejoindre la liste RN-UDR de Julien Sanchez. Il lui a promis un poste d’adjointe, en cas de victoire. Certains n’ont visiblement pas attendu le second tour pour viser le rassemblement.