Jour de l’an sous surveillance : « Il y a une infantilisation des Français »
Avec le déploiement de 100 000 policiers et gendarmes et l’interdiction de ventes d’alcool dans certains départements, le réveillon 2020 promet d’être encadré. Si les rassemblements ne sont souhaitables pour personne, certains sénateurs regrettent le caractère « infantilisant » de cette gestion.

Jour de l’an sous surveillance : « Il y a une infantilisation des Français »

Avec le déploiement de 100 000 policiers et gendarmes et l’interdiction de ventes d’alcool dans certains départements, le réveillon 2020 promet d’être encadré. Si les rassemblements ne sont souhaitables pour personne, certains sénateurs regrettent le caractère « infantilisant » de cette gestion.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

4 min

Publié le

A l’instar de cette année 2020, la Saint-Sylvestre n’aura rien de commun avec les précédents réveillons. Cent mille policiers et gendarmes seront déployés sur tout le territoire pour faire respecter le couvre-feu. Certains départements ont interdit la vente d’alcool sur recommandation du ministère de l’Intérieur et les soirées privées sont d’ores et déjà traquées.

Un jour de l’an sous surveillance alors que la situation sanitaire reste critique et que la campagne vaccinale démarre tout doucement. « Ils sont dans une position très martiale, ça ne sert à rien, souffle le sénateur socialiste Rachid Temal. Il y a une infantilisation des Français qui ont pourtant démontré une responsabilité individuelle depuis le début de la crise, que ce soit sur le respect du confinement ou le port du masque. »

Je ne dis pas qu’il faut lâcher la bride mais il ne faut pas trop en rajouter

« Je ne dis pas qu’il faut lâcher la bride mais il ne faut pas trop en rajouter », abonde le sénateur centriste, Loïc Hervé, pour qui l’exécutif rechigne encore trop à faire appelle à la responsabilité individuelle. « Les Français ont vécu une année compliquée, beaucoup d’efforts ont été faits et un retour à la vie normale paraît compliqué, il faut faire attention », prévient le sénateur de la Haute-Savoie.

« Comment le discours du président de la République peut être un discours de responsabilisation si on voit des barrages policiers à tous les coins de rue », s’interroge encore Loïc Hervé. Emmanuel Macron prendra en effet la parole ce soir pour les traditionnels vœux du 31 décembre.

Qu’on empêche les noubas, ça ne me choque pas

« Qu’on empêche les noubas, ça ne me choque pas », réagi pour sa part le sénateur LR des Hauts-de-Seine, Roger Karoutchi. Il souligne par ailleurs que le chiffre de 100 000 policiers et gendarmes est identique à celui du dernier réveillon. Mais comme pour ses collègues, c’est surtout la communication autour du vaccin qui est remise en cause et la lenteur tant décriée au Sénat des premières vaccinations. Une forme de déséquilibre qui est pointée du doigt par les sénateurs. « J’aimerais bien que l’exécutif mette autant de force pour la campagne vaccinale », résume Loïc Hervé.

« Regardez en Italie, il y a des campagnes de communication positives autour du vaccin. En France, il manque un discours fédérateur, on reste sur une posture répressive qui s’avère très anxiogène. Les Français ont bien compris les dangers du virus, ils voient et vivent la crise sociale et économique », rappelle Rachid Temal.

C’est une pandémie, c’est compliqué à gérer on ne le nie pas mais il faut de l’humilité

Éprouvés par des restrictions sanitaires inédites, les Français voient arriver l’année 2021 sous des auspices peu encourageants. Un renforcement du couvre-feu doit être mis en place dans les départements où le taux d’incidence augmente et l’apparition d’un variant plus contagieux du virus, dont un premier cas a été détecté en France, constitue « un risque élevé » pour l’Europe s’il venait à se propager sur le continent, selon le centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).

« C’est une pandémie, ce n’est pas de la faute du gouvernement, c’est compliqué à gérer on ne le nie pas mais il faut de l’humilité », estime Rachid Temal qui rappelle le « fiasco » de la gestion des masques dont le Sénat a pointé les manquements dans un rapport en décembre.

En décembre, on nous disait que la stratégie vaccinale était au point et on voit bien que ce n’est pas le cas aujourd’hui

Un scénario qui se répétera avec le vaccin ? Probable pour le sénateur socialiste : « En décembre, on nous disait que la stratégie vaccinale était au point et on voit bien que ce n’est pas le cas aujourd’hui ».

Durant les débats sur la stratégie vaccinale au Sénat, nombre de parlementaires ont effectivement appelé à davantage de transparence, « le gouvernement n’a pas droit à l’erreur », insistaient-ils. Un débat qui ne manquera évidemment pas de reprendre à la rentrée parlementaire.

Partager cet article

Dans la même thématique

Jour de l’an sous surveillance : « Il y a une infantilisation des Français »
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le