Bruno Retailleau chef des Republicains (LR ) du groupe parlementaire du parti Senatorial qui participe aux Journees parlementaires du parti de droite Les Republicains a Annecy le 12 septembre 2024 //ALLILIMOURAD_SIPA.29567/Credit:MOURAD ALLILI/SIPA/2409131132
Journées parlementaires LR : la nomination de Michel Barnier va-t-elle bouleverser le travail de la droite sénatoriale ?
Après 12 ans dans l’opposition, Les Républicains se retrouvent de manière inattendue au pouvoir au sein de ce qui devrait ressembler à une coalition. Aux journées parlementaires du parti à Annecy, les sénateurs ont prôné un travail législatif « constructif » avec leurs nouveaux alliés macronistes et philippistes. « On était en mort clinique. Et on se réveille du coma », se réjouit un sénateur.
« Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu députés et sénateurs s’asseoir ensemble, se mélanger à table et discuter dans une aussi bonne ambiance », confie une sénatrice lorsqu’on l’interroge sur le dîner des journées parlementaires LR à l’abbaye de Talloires sur le lac d’Annecy, jeudi soir. Max Brisson, sénateur des Pyrénées-Atlantiques confirme. « Pour avoir organisé les journées parlementaires de Biarritz il y a deux ans, je peux vous dire que ça n’a plus rien à voir avec la grande tension qui régnait entre députés et sénateurs ».
La nomination d’un des leurs à Matignon, Michel Barnier et son engagement, hier aux journées parlementaires d’Annecy, de s’inspirer de leur pacte législatif, a plongé députés et sénateurs dans une sorte d’euphorie. « On était en mort clinique. Et on se réveille du coma », résume le sénateur Patrick Chaize.
Une comparaison avec les grandes heures de l’UMP sous Nicolas Sarkozy, où la droite était majoritaire à l’Assemblée et au Sénat, est toutefois abusive. Car si les LR sont de retour au pouvoir, ils n’ont pas la majorité. Même si certains, comme Bruno Retailleau, le président du groupe LR, présentent le rapport de force sous un jour favorable. « Pour ce qui concerne le Parlement français, nous sommes le premier groupe. Quand vous additionnez les députés et les sénateurs, nous sommes pratiquement 180. C’est une force indispensable », calculait-il, hier, devant les journalistes, escamotant le fait que seuls les députés ont le pouvoir de renverser le gouvernement par une motion de censure et le groupe de Laurent Wauquiez ne comporte qu’une quarantaine de députés.
« Ce qui posait problème jusqu’à présent, c’était l’arrogance des macronistes »
Dans cette configuration inédite sous la Ve République, comment va se dérouler le travail parlementaire à la chambre haute, où la droite avec ses alliés centristes, eux-mêmes alliés depuis les Européennes, avec les macronistes, sont majoritaires ? « Il va y avoir un travail collaboratif plus fort avec les députés. L’urgence de la situation fera que tout le monde devra faire un pas. Une leçon de démocratie serait de trouver une voie de passage qui satisfasse tout le monde, en sortant du dogmatisme. Ce qui posait problème jusqu’à présent, c’était l’arrogance des macronistes qui pensaient avoir raison contre tout le monde. Ça m’a marqué lors du dernier budget. Nous avons fait des propositions objectives pour faire des économies. Tout a été balayé avec le 49.3 et on se retrouve dans la situation actuelle », insiste Patrick Chaize.
« Nous allons forcément moins réécrire les textes. Je pense que le futur gouvernement sera à l’écoute du Parlement. Pour nous, ce sera une façon différente de travailler, de faire des amendements en collaboration avec l’équipe gouvernementale », appuie la sénatrice des Yvelines, Sophie Primas.
Le président de la commission des lois, François-Noël Buffet émet lui quelques doutes sur ce changement à venir. Il se souvient que même lorsque la droite avait tous les pouvoirs, certaines réformes, comme celle de la carte judiciaire par exemple, n’étaient pas passées comme une lettre à la poste à la chambre haute. « Je ne crois pas à un travail d’allégeance. Mais à un travail de construction. C’est le rôle de l’institution sénatoriale. Elle ne peut pas se départir de sa fonction », insiste-t-il en posant les choses de la façon suivante : « Loyauté au Premier ministre et indépendance du Sénat ».
« Je pense que ce sont plutôt les macronistes qui vont devoir travailler avec nous »
La joie de retrouver le pouvoir fait aussi peut être oublier à certains qu’ils vont devoir composer dans une majorité plurielle au sein de laquelle ils sont loin d’être en position de force au Palais Bourbon. « Il appartient au Premier ministre de définir le socle sur lequel il compte s’appuyer. Et si les textes s’inspirent des travaux qui sont les nôtres, de nos marqueurs, il n’y aura pas de difficultés. Même si nous ne demandons pas la stricte application de nos propositions », consent Max Brisson.
« Je pense que ce sont plutôt les macronistes qui vont devoir travailler avec nous. C’est plutôt dans ce sens-là (que ça va se passer) », prévient Sophie Primas.
Jeudi devant les élus, le Premier ministre a cité les travaux récents du Sénat stoppés par la dissolution, notamment les apports de la chambre haute au projet de loi d’orientation agricole qui avait été largement remanié en commission des affaires économiques du Sénat par le sénateur LR Laurent Duplomb.
« Laurent Wauquiez s’accroche pour avoir Beauvau, mais les macronistes n’accepteront jamais »
L’atmosphère de franche camaraderie retrouvée au sein de la droite ne fait pas oublier les ambitions concurrentes. Les parlementaires LR ont bien conscience que les places vont être chères au gouvernement et qu’une dizaine de portefeuilles grand maximum leur sera réservée. « Trouver une place aux poids lourds va être le plus compliqué, car on ne peut pas leur proposer un ministère de seconde zone. A la rigueur, ça va être plus simple pour les poids plumes », nous confiait hier un conseiller du groupe.
« Laurent Wauquiez s’accroche pour avoir Beauvau, mais les macronistes n’accepteront jamais. Alors que pour Bruno Retailleau, on parle de Bercy. Un poste où il sera moins gênant politiquement », explique un sénateur.
A en croire le sénateur Laurent Duplomb, proche de Laurent Wauquiez, la concurrence entre les deux présidents de groupe serait saine. « Ces deux hommes s’entendent à merveille. On n’a pas une feuille de papier qui sépare leurs visions. Ils arriveront à trouver une solution pour un partage des postes ou pour exercer au mieux leurs responsabilités ».
Une sénatrice tique quand même à l’idée de voir Laurent Wauquiez intégrer le gouvernement. « Je ne suis pas sûr que ce soit dans son intérêt. Il a déjà occupé des fonctions ministérielles. Il vient tout juste d’être réélu député, et il préside le groupe. Nous allons aussi avoir besoin de lui pour refonder notre famille politique », met-elle en avant.
Plus que quelques jours d’attente pour voir si cette belle union de la droite résiste aux ambitions contrariées.
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