Juppé, le recalé de la primaire devenu recours de la droite
Sèchement battu à la primaire, et pourtant toujours là: Alain Juppé, longtemps impopulaire, condamné par la justice puis absous par ses années...

Juppé, le recalé de la primaire devenu recours de la droite

Sèchement battu à la primaire, et pourtant toujours là: Alain Juppé, longtemps impopulaire, condamné par la justice puis absous par ses années...
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Par Déborah CLAUDE

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Sèchement battu à la primaire, et pourtant toujours là: Alain Juppé, longtemps impopulaire, condamné par la justice puis absous par ses années bordelaises, est prêt à s’offrir en recours si François Fillon se retire et à renouer ainsi avec son rêve présidentiel.

Entré en politique en 1976, repéré par un Jacques Chirac, alors Premier ministre, qui cherche "un normalien sachant écrire", Alain Juppé fait une large partie de sa carrière dans les ombres et les lumières de l'ancien président.

Juppé, qui a aujourd'hui 71 ans, c'est "le fils préféré" de celui qui l'a imposé comme "probablement le meilleur d'entre nous", une phrase qui lui colle à la peau.

Comme Mitterrand, petit, Alain Juppé voulait être pape.

Originaire de Mont-de-Marsan (Landes), il a cravaché à l'école, sous les yeux d'une mère exigeante, qui donne parfois quelques "coups de parapluie", a-t-il raconté, et l'a condamné à la réussite.

Après une enfance heureuse et une adolescence assez solitaire, à lire ou écouter Bach ou Beethoven dans sa chambre, c'est le parcours complet du premier de la classe: Normale Sup, l'agrégation de lettres classiques, l'ENA.

Jacques Chirac (c) avec Alain Juppé (d) et Nicolas Sarkozy (g), le 4 septembre 1988 à La Baule, en France
Jacques Chirac (c) avec Alain Juppé (d) et Nicolas Sarkozy (g), le 4 septembre 1988 à La Baule, en France
AFP/Archives

Ce surdoué longiligne au crâne dégarni se taille rapidement une réputation de belle mécanique intellectuelle et de technocrate froid. Cela lui vaut le surnom d'Amstrad, marque d'ordinateur des années 80.

Prénom de collaborateur oublié, ex-ministre pas salué, député jamais rappelé... Il manquerait à celui parfois qualifié d'arrogant cette pâte humaine dont sont faits les présidents, dit-on.

"Je suis orgueilleux, c'est-à-dire que j'ai une certaine idée de ce que je suis et ça me joue parfois des tours", résume ce pudique, qui "n'aime pas l'introspection".

"C'est un homme qui n'exprime jamais de doute, d'où son air de grand sage. Et, très habile, il attend pour réagir d'avoir vu comment tourne l'opinion", critique un de ses adversaires locaux.

En politique, il a gravi tous les échelons, traversant le RPR et l'UMP qu'il a présidés. De conseiller technique, il est devenu député (1986), puis ministre du Budget pendant la première cohabitation, des Affaires étrangères pendant la deuxième, et Premier ministre de Jacques Chirac entre 1995 et 1997.

- droit dans ses bottes -

C'est l'époque du "plan Juppé" de réforme de la Sécurité sociale, qui entraîne des manifestations massives, puis la défaite de la droite aux législatives.

Vingt ans après, il vante pourtant toujours sa réforme de l'assurance maladie. Mais, dans l'imagerie collective, reste le souvenir d'un Premier ministre "droit dans ses bottes", sourd aux millions de manifestants, l'éviction des "Juppettes", ses femmes ministres, et la ristourne de loyer sur l'appartement de son fils ...

Alain et Isabelle Juppé à Bordeaux, le 26 novembre 2016
Alain et Isabelle Juppé à Bordeaux, le 26 novembre 2016
AFP/Archives

Côté vie privée, c'est aussi l'époque de son remariage avec une journaliste, Isabelle, et de la naissance de leur fille Clara. Il a deux autres enfants d'un premier mariage.

Vient ensuite une deuxième chute, avec en 2004 la condamnation en appel à 14 mois avec sursis et un an d'inéligibilité pour l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, dont il a géré les finances pendant des années. "L'épreuve la plus terrible de sa vie", selon son fils.

Après un exil professoral au Québec, il reprend en 2006 du service à Bordeaux, dont il a déjà été maire et député. Une expérience qui l'a "humanisé".

A droite comme à gauche, on loue son sens de l'Etat. Ephémère ministre de l'Ecologie en 2007 -il doit rendre son portefeuille après une claque aux législatives-, il réintègre le gouvernement de 2010 à 2012 (Défense puis Affaires étrangères).

Depuis Bordeaux, cet impatient chronique a attendu son heure. Fin août 2014, sans prévenir personne, il annonce sur son blog sa candidature à la présidentielle. "Il sait que c'est la dernière fois", expliquait un proche.

Pendant la primaire de la droite, il mène campagne en faisant de Nicolas Sarkozy, qui le moque en "septuagénaire de gauche", son principal rival. Mais, après avoir été pendant deux ans le favori des sondages, il est, à la surprise générale, très nettement défait par François Fillon.

Il repart à Bordeaux et lui qui a déjà eu "la tentation de Venise" en 1997 médite alors un livre intitulé... "Les Vertus de l'échec".

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