Juppé, Mézard et Pillet nommés au Conseil constitutionnel : trois hommes, trois profils
Aux côtés de l’ancien premier ministre Alain Juppé, deux sénateurs vont être nommés au Conseil constitutionnel, Jacques Mézard et François Pillet. L’un a été ministre d’Emmanuel Macron, l’autre, discret, n’en a pas moins marqué la Haute assemblée par son travail.

Juppé, Mézard et Pillet nommés au Conseil constitutionnel : trois hommes, trois profils

Aux côtés de l’ancien premier ministre Alain Juppé, deux sénateurs vont être nommés au Conseil constitutionnel, Jacques Mézard et François Pillet. L’un a été ministre d’Emmanuel Macron, l’autre, discret, n’en a pas moins marqué la Haute assemblée par son travail.
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Trois hommes pour remplacer trois hommes. Emmanuel Macron, Richard Ferrand et Gérard Larcher ont respectivement nommé au Conseil constitutionnel le sénateur Jacques Mézard, le maire de Bordeaux Alain Juppé et le sénateur François Pillet. Leur nomination sera effective après consultation, pour avis, des commissions des lois de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Jacques Mézard, un Radical au caractère bien trempé

Deux sénateurs vont siéger aux côtés des autres Sages et du président de l’institution, Laurent Fabius. Le nom de Jacques Mézard, 71 ans, circulait depuis quelques semaines pour faire son entrée rue de Montpensier. Le sénateur Radical (issu du PRG) du Cantal avait récemment fait son retour au Sénat après être sorti du gouvernement Philippe. D’abord ministre de l’Agriculture, après l’élection d’Emmanuel Macron, il avait ensuite occupé le poste de ministre de la Cohésion des territoires. Il avait rejoint Emmanuel Macron assez tôt. Dès janvier 2017, il lance « un appel » aux radicaux de gauche pour rejoindre le futur Président. Sous François Hollande, il s’était battu bec et ongles contre le non cumul des mandats.

Sur Public Sénat, Jacques Mézard a donné sa première réaction. Il compte « utiliser le mieux possible (sa) double expérience » de « juriste » et d’« homme de terrain ».

« Il coche les cases car il a la capacité juridique, il a été avocat. C’est un républicain, attaché à la laïcité et fervent défenseur des libertés » souligne Jean-Claude Requier, président du groupe RDSE, que Jacques Mézard a lui-même présidé. Cet Aurillacois, défenseur de la ruralité, gardait évidemment contact avec ses amis radicaux quand il était ministre.

Celui qu’il remplace au Conseil constitutionnel n’avait pas coupé les ponts avec la Haute assemblée. « Michal Charasse avait été membre aussi du groupe RDSE. Des fois, il venait au groupe ou à la buvette discuter avec les sénateurs et boire un canon » raconte un sénateur, « ils ne sont pas dans un microcosme, ni en quarantaine ! » L’histoire ne dit pas ce que fera Jacques Mézard.

L’homme a du caractère. Bien trempé diront certains. François Laborde, sénatrice Radicale de Haute-Garonne qui le connaît bien, disait de lui en juin 2017 : « Il a parfois un côté grognon, fermé ou préoccupé. Mais c’est parce qu’il est dans la réflexion. Il est toujours en train de réfléchir. Mais quand il arrive à se poser, il a quand même le sens de la convivialité, de l’amitié. C’est quelqu’un que j’estime beaucoup et quand on pratique la vraie personne, il est à l’écoute et agréable » confiait la sénatrice, « mais de temps en temps, on a parfois envie de lui dire « Jacques, il faut rire plusieurs fois par jours pour être en bonne santé ! » ». Au Conseil constitutionnel, il sera à sa place pour apporter sa réflexion. Mais certains pointent le recasage par Emmanuel Macron d’un de ses anciens ministres.

François Pillet : comité de déontologie, Benalla, Constitution et Aquarius

François Pillet, sénateur rattaché LR du Cher de 68 ans, est inconnu du grand public. Avocat de profession, il est président du comité de déontologie du Sénat. Il avait aussi présidé le groupe de réflexion transpartisan de la Haute assemblée sur la réforme constitutionnelle. Il avait débouché sur 40 propositions. Lors de l’annonce du report de la réforme, pour prendre en compte l’issue du grand débat, François Pillet avait estimé qu’elle se présentait « sous de très mauvais auspices »…

En octobre 2017, il avait aussi été nommé par le Sénat juge à la Cour de justice de la République. Vice-président de la commission des lois, il avait présenté en décembre dernier un rapport sur les fichés S, intitulé « Les fiches S en question, réponse aux idées reçues ».

Cet ancien maire de Mehun-sur-Yèvre a aussi participé à la commission d’enquête sur l’affaire Benalla. En juillet dernier, il pointait du doigt les manquements qu’Alexandre Benalla sur sa déclaration d’intérêts. « Nous nous sommes aperçus que ces collaborateurs (les chargés de mission de l’Élysée) n’avaient pas fait ces déclarations. C’est très ennuyeux parce que la déclaration d’intérêts pouvait avoir un intérêt pour vérifier si en particulier Monsieur Benalla pouvait avoir des relations avec des sociétés de sécurité privée » déplorait François Pillet (voir la vidéo ci-dessous), rappelant que ne pas faire cette déclaration était « un délit ». Des propos tenus avant les dernières révélations sur les contrats russes d’Alexandre Benalla.

Affaire Benalla : Ne pas faire la déclaration d’intérêts et de patrimoine, « c’est un délit » souligne François Pillet
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Auteur du livre « Le Sénat, gardien des libertés », paru en 2017, il avait clairement critiqué l’attitude de la France lors de l’affaire de l’Aquarius, que le gouvernement n’avait pas accueilli avec ses migrants. François Pillet avait ainsi déclaré à Public Sénat (voir la vidéo ci-dessous) :

« Je le regrette beaucoup, je n’accepte pas que l’on oublie un problème humain dramatique qui est à nos portes. Humainement je ne le supporte pas » (François Pillet sur l’Aquarius)

Aquarius : le sénateur François Pillet « regrette beaucoup » l'attitude française
00:58

Les larmes d’Alain Juppé

Alain Juppé, lui, est la surprise du chef. On évoquait Didier Migaud, président de la Cour des comptes. Le président LREM de l’Assemblée, Richard Ferrand, a finalement nommé le maire de Bordeaux, 73 ans. Le perdant de la primaire de la droite pour la présidentielle de 2017 s’était rapproché du panache d’Emmanuel Macron, dont la fibre européenne lui sied bien davantage que la ligne droitière de Laurent Wauquiez. Il n’avait pas repris sa carte au LR. Ce chiraquien historique avait été condamné à 14 mois de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. L’ombre au tableau d’un riche parcours.

Ce mercredi, l’ancien premier ministre a eu un dernier mot pour les Bordelais qu’il quitte. Lors d’une conférence de presse dans la cité bordelaise, il a avoué que « quitter cet hôtel de ville est pour (lui) un crève-cœur ». Il ne s’attendait pas à cette proposition – « j’ai dû me décider en 24 heures ». Il a révélé qu’il avait décidé « depuis plusieurs semaines » de ne « pas se représenter aux municipales », ne voulant pas faire « le mandat de trop ». Il comptait l’annoncer après les élections européennes.

Clairement pris par l’émotion, Alain Juppé n’a pu s’empêcher de lâcher des larmes quand il a évoqué le « vieux couple » qu’il forme avec Bordeaux. Lui qu’on disait raide et droit dans ses bottes, laisse paraître, au moment où sa vie politique d’élu s’arrête, sa part sensible. « Je fends l’armure. Il n’en reste plus grand-chose. Je suis en réalité un sentimental qui se cache bien » dit-il.

Il énumère les nombreux postes et mandats qu’il a occupés en plus de 30 ans de vie publique : premier ministre, plusieurs fois ministre, député, maire… Le genre de carrière de professionnel de la politique, très ancien monde, qu’on ne verra peut-être plus. Au Conseil constitutionnel, il pourra retrouver Laurent Fabius. Les deux hommes partagent des ambitions présidentielles contrariées.

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