Face à « l’obstination » de Fillon, Juppé s’efface et dénonce un « gâchis »
« Une bonne fois pour toute, je ne serai pas candidat » faute de rassemblement suffisant, a affirmé Alain Juppé. Il dénonce le système de défense de François Fillon « fondé sur la dénonciation d’un prétendu complot ». « Quel gâchis » tacle le maire de Bordeaux.

Face à « l’obstination » de Fillon, Juppé s’efface et dénonce un « gâchis »

« Une bonne fois pour toute, je ne serai pas candidat » faute de rassemblement suffisant, a affirmé Alain Juppé. Il dénonce le système de défense de François Fillon « fondé sur la dénonciation d’un prétendu complot ». « Quel gâchis » tacle le maire de Bordeaux.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Ce sera sans lui. Alain Juppé met fin au suspense. Il ne sera pas le plan B espéré par beaucoup à droite et au centre, face à un François Fillon terriblement affaibli par l’affaire des emplois supposés fictifs de sa femme.

« Je ne suis pas en mesure de réaliser aujourd’hui le nécessaire rassemblement autour d’un projet fédérateur. C’est pourquoi je confirme, une bonne fois pour toute, que je ne serai pas candidat à la présidence de la République » a annoncé solennellement Alain Juppé lundi matin, depuis sa mairie de Bordeaux.

« Prétendu complot »

Alain Juppé n’entend pas se battre d’avantage, d’autant que sa candidature n’apporterait pas que des signes positifs. Pour le recours, « il est trop tard. Les Français veulent un profond renouvellement de leurs dirigeants politiques et à l’évidence, je n’incarne pas ce renouvellement. Et les récentes péripéties ont encore accru cette exigence d’exemplarité » souligne-t-il, « et je ne peux pas répondre à cette exigence, même si la justice, qui m’a condamné, m’a exempté de tout enrichissement personnel ».

S’il ne prend pas la relève, Alain Juppé a des mots très durs sur la situation à droite et au centre. Il laisse François Fillon à son propre sort, non sans lui savonner encore un peu plus la planche… « Quel gâchis » dit-il. Alors que « François Fillon avait un boulevard devant lui » au lendemain de la primaire, « le déclenchement des investigations de la justice à son encontre et son système de défense fondé sur la dénonciation d’un prétendu complot et d’un assassinat politique ont conduit dans une impasse » tacle le maire de Bordeaux.

Accents populistes

La veille, le grand rassemblement au Trocadéro des militants et sympathisants LR en faveur de François Fillon, entouré du dernier carré de ses soutiens, a permis au candidat de jouer le bras de fer avec son propre camp. Même isolé et lâché de toutes parts, il se maintient. Au risque de donner des accents populistes à sa candidature, le candidat joue maintenant le peuple contre les élites. Ses soutiens le présentent comme une sorte de candidat qui résiste face au système.

François Fillon a semblé pourtant sur le fil, ce week-end. Son directeur de campagne l’a lâché vendredi. « Son seul souci, c’est la victoire de son camp et de son projet. Tant qu’il estime qu’il est le meilleur, il restera » affirmait son entourage samedi lors de son meeting à Aubervilliers, devant une salle à moitié vide. Des propos qui laissaient une porte ouverte à un possible retrait. Mais François Fillon, fort du rassemblement du Trocadéro, qu’il peut estimer suffisant pour ne pas sceller le sort de sa candidature, continue encore et encore.

Face à « l’obstination » de François Fillon, Alain Juppé n’a pas l’intention de s’engager dans « des négociations partisanes », alors que Nicolas Sarkozy l’a invité à une rencontre à trois avec François Fillon. Rencontre qui semble maintenant inutile, après les déclarations du maire de Bordeaux. Et même si « les pressions » exercées par les responsables politiques de la droite « l’amenaient à renoncer, le passage de témoin se ferait dans la douleur et laisserait des traces ». Manière de résumer le problème : seul François Fillon peut véritablement décider de lâcher et le candidat a jusqu’ici décidé de se maintenir.

Juppé à « hésité »

Les « très nombreux appels » lui demandant de « prendre la relève » ont fait « hésiter, réfléchir » Alain Juppé. Mais le rassemblement semble « plus difficile encore », entre « une parti du centre » qui a quitté François Fillon et des militants LR « radicalisés », comme l’a montré «  la manifestation d’hier au Trocadéro ».

« Jamais, sous la Ve République, une élection présidentielle s’est présentée dans des conditions aussi confuses » constate-t-il. « La gauche, déboussolée par l’échec du quinquennat de François Hollande, s’est fracturée en plusieurs sensibilités irréconciliables » et « risque d’être éliminée dès le premier tour ». Le FN, dont « le fanatisme anti-européen conduirait le pays au désastre » et « Emmanuel Macron, pourtant inspirateur et acteur de la politique économique de François Hollande, tente d’incarner le renouveau. Mais l’immaturité et la faiblesse de son projet ne feront pas toujours illusion » croit Alain Juppé. Il finit sa déclaration d’un « vive la République et vive la France ». Mais le cœur n’y est pas.

Partager cet article

Dans la même thématique

Face à « l’obstination » de Fillon, Juppé s’efface et dénonce un « gâchis »
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le