Justice : le Sénat encadre les nouveaux pouvoirs d’enquête du parquet
C’est l’un des points clés du projet de loi de la réforme de la justice : les pouvoirs d’enquête renforcés du procureur de la République (écoutes, géolocalisation..). Des atteintes à la vie privée que le Sénat a choisi de mieux encadrer.

Justice : le Sénat encadre les nouveaux pouvoirs d’enquête du parquet

C’est l’un des points clés du projet de loi de la réforme de la justice : les pouvoirs d’enquête renforcés du procureur de la République (écoutes, géolocalisation..). Des atteintes à la vie privée que le Sénat a choisi de mieux encadrer.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Habituellement calme depuis le début de l’examen du projet de loi de réforme de la justice, Nicole Belloubet a cette fois-ci élevé la voix pour défendre la version du gouvernement correspondant à une série d’articles relatifs à la procédure pénale. Ces articles ont en effet été sensiblement réécrits par la commission des lois.

Dans le cadre des enquêtes préliminaires et de flagrance, le gouvernement souhaite permettre au procureur de la République d’avoir recours à des techniques d’intrusion, jusque-là utilisées par les services de renseignements et dans le cadre de l‘Etat d’urgence.

Dans le cadre de délits punis d’au moins 3 ans d’emprisonnement, le parquet pourrait autoriser les enquêteurs à procéder à des écoutes, de la géolocalisation, avoir accès à des données électroniques ou encore correspondre sous pseudonyme avec un suspect sur Internet. Des techniques autorisées par le parquet sous le contrôle du juge de la détention et de la liberté (JLD). Sauf en cas d’urgence, où l’autorisation du JLD ne serait qu’a posteriori, dans la limite des 24 heures.

Dans la version votée par le Sénat, le seuil du délit engendrant de telles techniques d’investigation est élevé à 5 ans. Et quant à l’urgence qui peut motiver a posteriori le contrôle du JLD il est restreint « en cas d’atteinte grave aux personnes ».

Un vote qui n’a pas satisfait la ministre de la justice. Le changement de seuil ne permet plus de réaliser des écoutes lors d’infractions « telles que la soustraction d’un mineur par un parent, des vols ou des abus de confiance portant sur des sommes importantes » « mais nécessitera d’ouvrir une information judiciaire qui viendra inutilement encombrer les cabinets des juges d’instruction » a-t-elle estimé.

« J’ai été choquée que M. le président Bas évoque l’absence de contrôle utile du JLD. Comment peut-on dire ça ? »

Nicole Belloubet n’a pas non plus apprécié les critiques des sénateurs concernant le contrôle « formel » du JLD. « J’ai été choquée que M. le président Bas évoque l’absence de contrôle utile du JLD. Comment peut-on dire ça ? (…) Alors que le JLD est un juge statutaire exclusivement centré sur ces questions-là de contrôle de la liberté et de la détention, qui a donc le temps et les moyens d’opérer les vérifications nécessaires » s’est-elle emportée avant de rappeler que le contrôle du procureur était effectif. « L’article 39-3 de la procédure pénale dit clairement que le procureur instruit à charge et à décharge » a-t-elle cité.

« Aujourd’hui, on nous propose de faire un saut considérable »

Pouvoirs renforcés du procureur: "on nous propose de faire un saut considérable" s'inquète Philippe Bas
01:20

Le président LR de la commission des lois, Philippe Bas a effectivement émis de fortes réserves sur le texte dans sa version gouvernementale. « Le Sénat a été aux avant-postes pour que les moyens donnés à la police soient aussi donnés à la justice. Mais il s’agissait de terrorisme et de grande criminalité » a-t-il martelé en référence la loi du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre le terrorisme et la grande criminalité. « Et aujourd’hui, on nous propose de faire un saut considérable (…) Il se trouve que nos rapporteurs ont très longuement discuté avec les représentants des juges des libertés et de la détention. Ils en ont retiré la conviction absolue qu’ils ne seraient pas en mesure d’exercer un contrôle utile sur l’exercice par les procureurs des pouvoirs que vous voulez leur donner » a-t-il poursuivi.

Le vice président socialiste de la commission des lois, Jean-Pierre Sueur a également observé que le seuil de 3 ans d’emprisonnement déclenchant ces nouvelles techniques d’enquête dans la version du gouvernement, « inclut la presque totalité des délits de droit commun à l’exception des infractions routières, des dégradations légères et des délits d’outrage et de rébellion » raison pour laquelle le Sénat est passé à un seuil de 5 ans.

En ce qui concerne les enquêtes sous pseudonyme, le Sénat a également fixé un seuil correspondant à une peine de prison de 3 ans alors que le projet initial prévoit de l'élargir à tous les délits punis d’une peine d’emprisonnement. Un retour en arrière dangereux, selon Nicole Belloubet, qui a pris l’exemple d’affaires d’acquisition ou consultation d’image pédopornographique, délit puni d’une peine de 2 ans d’emprisonnement. « J'en appelle à votre responsabilité (...) Nous avons à prendre en charge des crimes de nature pédopornographique. Nous ne pourrons plus le faire avec l'amendement de la commission des lois » a-t-elle regretté.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Justice : le Sénat encadre les nouveaux pouvoirs d’enquête du parquet
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le