Justice: un parlementaire peut bien être poursuivi pour détournements de fonds publics
La cour d'appel de Paris a jugé lundi qu'un parlementaire pouvait bien être poursuivi pour détournements de fonds publics,...

Justice: un parlementaire peut bien être poursuivi pour détournements de fonds publics

La cour d'appel de Paris a jugé lundi qu'un parlementaire pouvait bien être poursuivi pour détournements de fonds publics,...
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

La cour d'appel de Paris a jugé lundi qu'un parlementaire pouvait bien être poursuivi pour détournements de fonds publics, rejetant ainsi les arguments de cinq sénateurs de l'ex-UMP, qui veulent poursuivre le débat devant la Cour de cassation, a-t-on appris mardi de source proche du dossier.

La chambre de l'instruction était saisie d'une question cruciale pour d'autres dossiers, dont l'affaire Fillon. Les parlementaires sont-ils des personnes "dépositaires de l'autorité publique ou chargées d'une mission de service public", seules susceptibles d'être poursuivies pour ce grave délit, passible de 10 ans de prison et un million d'euros d'amende?

Les magistrats ont répondu par l'affirmative lundi, première étape d'un débat qui devrait se poursuivre jusque devant la Cour de cassation. Dans son arrêt, la cour d'appel reconnaît aux parlementaires la qualité de personnes chargées d'une mission de service public dans la mesure où ils exercent "par essence une mission d'intérêt général", selon la source proche du dossier.

"Il s'agit d'une décision plus politique que juridique dans laquelle la chambre de l'instruction a mis de côté de grands principes comme l'application stricte de la loi pénale pour incriminer des personnes qui ne sont pas concernées par un texte", ont réagi Antoine Beauquier et Loïc Epaillard, avocats des sénateurs.

Le débat s'est invité dans l'enquête menée depuis 2012 sur des compléments de revenus versés à des sénateurs de l'UMP (devenue LR) grâce à un système présumé de détournements des enveloppes d'assistants parlementaires.

Cinq sénateurs avaient demandé l'annulation de leur mise en examen pour détournements de fonds publics et/ou recel de délit. Parmi eux, Jean-Claude Carle (LR), ancien trésorier du groupe UMP et l'ancien élu Henri de Raincourt, qui l'avait présidé.

Dans leurs arguments, les avocats des sénateurs excluaient les parlementaires de la liste des personnes visées par ce délit, comme l'avait fait avant eux la défense de François Fillon au début de l'affaire sur les emplois de sa femme à l'Assemblée qui lui vaut d'être poursuivi pour cette infraction.

La loi doit "s'appliquer au plus grand nombre", souligne la cour d'appel. "Il ne résulte pas de la lettre de la loi que le législateur ait entendu dispenser les parlementaires (...) du devoir de probité", écrivent les magistrats.

La cour d'appel s'appuie sur les travaux parlementaires ayant abouti au nouveau code pénal de 1992 et montrant "la volonté de retenir une conception large des personnes dépositaires de l'autorité publique ou chargées d'une mission de service public".

Elle juge aussi que l'autonomie parlementaire mise en avant par les avocats "ne constitue pas un principe d'impunité".

Sur le fond, l'enquête porte sur l'utilisation de l'enveloppe mensuelle de 7.600 euros dévolue à l'embauche d'assistants. Les enquêteurs s'interrogent sur la pratique qui jusqu'en 2014 consistait pour les sénateurs à récupérer pour leur compte une partie des crédits non utilisés qu'ils avaient cédés au groupe UMP.

Les sénateurs soutenaient que le groupe, depuis 1989, avait le libre usage de ces crédits transférés. Pour la cour d'appel, ils devaient au contraire "faire l'objet d'un usage déterminé".

Théoriquement, l'enquête, à l'arrêt depuis le 14 juin en raison de ces recours, devrait pouvoir reprendre mais cette hypothèse risque d'être compromise avec le pourvoi en cassation des sénateurs.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Protests
4min

Politique

Mobilisation du 31 octobre : à quoi faut-il s’attendre ?

Le samedi 31 octobre s’annonce comme une journée sous haute tension en France. Après la mobilisation du 24 octobre qui s’est déroulée relativement dans le calme, la coordination des gilets jaunes et les organisations syndicales des lycéens et des étudiants ont appelé à « un acte III », une nouvelle journée de mobilisation sociale contre la vie chère. Face au risque « très élevé » de débordements, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez prévoit de mobiliser 70 000 forces de l’ordre.

Le

Paris. french socialist parti national council.
15min

Politique

« Je ne veux pas devenir un vieux con » : du mouvement lycéen à Raphaël Glucksmann, David Assouline, l’ancien trotskiste toujours dans les coulisses

Ancienne figure du mouvement étudiant contre la loi Devaquet, en 1986, David Assouline fait aujourd’hui partie de ceux qui œuvrent au succès de la campagne de Raphaël Glucksmann. Formé à l’école trotskiste, cet ancien de la LCR a rejoint le PS dans les années 90, avant de passer 19 ans comme sénateur. « Tacticien et stratège », ce natif d’une famille juive marocaine, naturalisé à l’âge de 13 ans, sait ferrailler dans l’appareil socialiste. Il met aujourd’hui son expérience au profit de Raphaël Glucksmann, prédisant une « recomposition » et « un moment de dépassement » pour le PS.

Le

Nationwide protests over cost of living – Dijon
6min

Politique

Mouvement lycéen : Un « semi mea culpa » du gouvernement sur la gestion de la crise

Interviewé ce mercredi sur la chaîne YouTube Hugo Décrypte, Emmanuel Macron s’est dit « dans le soutien et la compassion » des élèves blessés lors des manifestations et blocus. De son côté, ce jeudi, Edouard Geffray, ministre de l’Education, reconnaît que le gouvernement aurait « dû être plus rapide » dans sa gestion de la crise. A l’approche de la rentrée scolaire, la communication du gouvernement semble vouloir donner des signes d’apaisement.

Le

FRA – ASSEMBLEE – 4 COLONNES
8min

Politique

Après la proposition de primaire de Gabriel Attal, rejetée par le camp Philippe et Retailleau, le blocage perdure

En proposant une « grande primaire des démocrates », Gabriel Attal ne fait qu’un « exercice de communication » pour avoir un « prétexte » pour se maintenir, dénonce-t-on dans l’équipe de campagne d’Edouard Philippe. « Ce ne sont pas les ego qui doivent parler mais bien le sens de la responsabilité », soutient la députée Prisca Thévenot, proche du candidat Renaissance.

Le