L’antisémitisme s’estompe au FN qui cible d’abord « l’islamisme »
Dédiabolisé le Front national ? L'antisémitisme du parti d'extrême droite s'est estompé sous la présidence de Marine Le Pen,...

L’antisémitisme s’estompe au FN qui cible d’abord « l’islamisme »

Dédiabolisé le Front national ? L'antisémitisme du parti d'extrême droite s'est estompé sous la présidence de Marine Le Pen,...
Public Sénat

Par Anne RENAUT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Dédiabolisé le Front national ? L'antisémitisme du parti d'extrême droite s'est estompé sous la présidence de Marine Le Pen, tandis que l'ennemi numéro un est devenu "l'islamisme", au risque de dérapages anti-musulmans, selon des spécialistes.

Avec la marche blanche contre l'antisémitisme la semaine dernière, à laquelle a participé Marine Le Pen, "on a cassé le rétroviseur. C'est le contrepoint de ce qu'a pu être le +point de détail+ de Jean-Marie Le Pen", le cofondateur du FN, quand il parlait des chambres à gaz, assure le porte-parole du FN Sébastien Chenu. "Désormais, on ne pourra plus associer Front national et antisémitisme".

Marine Le Pen "n'est ni antisémite, ni négationniste", admet le politologue Jean-Yves Camus.

Quand elle accède à la tête du FN en 2011, elle souhaite être accueillie en Israël, où se rend son compagnon Louis Aliot. Le parti exclut la même année des cadres de l'Oeuvre française, dont Yvan Benedetti, qui se définissait comme "antisioniste, antisémite et anti-juif", rappelle l'historien Nicolas Lebourg.

L'été 2014, Marine Le Pen plaide même en faveur de la Ligue de défense juive, un groupe radical qui existe car "il y a un grand nombre de juifs qui se sentent en insécurité", selon elle.

Elle va jusqu'à exclure en 2015 son propre père du parti qu'il lui a légué, après ses propos polémiques sur la Shoah.

"Il y a eu une forme de ménage", reconnaît M. Camus. Pour autant, "la rupture n'est pas complète" car beaucoup d'élus au Conseil national (parlement du parti) ont adhéré du temps de Jean-Marie Le Pen et des proches de Marine Le Pen au passé sulfureux sont toujours au FN.

Les réflexes antisémites semblent persister: selon une étude de 2014 de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol), d'obédience libérale: 49% des électeurs de Mme Le Pen en 2012 déclaraient vouloir éviter un président de la République juif, contre 21% dans l'ensemble de l'échantillon.

La dirigeante frontiste a été accueillie par des huées à la marche blanche organisée par le Conseil représentatif des institutions juives, qui n'avait pas souhaité sa venue.

- Vote juif -

Il reste pour le Crif "des points de contentieux" dans le programme du FN, qui veut interdire le port de la kippa dans l'espace public et l'abattage rituel, "deux mesures attentatoires aux libertés des Français juifs", explique Jean-Yves Camus.

Mais ces désaccords n'ont pas empêché l'électorat de confession juive de progresser dans le vote FN, de 4,5% en 2007 à 13,5% en 2012, voyant dans ce parti un "bouclier" face aux agressions qui se multiplient dans les années 2000, rappelle Jérôme Fourquet (Ifop).

"Les juifs se sont sentis délaissés alors qu'ils voient que ce ne sont plus les +fachos+ qui les agressent mais des jeunes issus de l'immigration arabo-musulmane", ajoute-t-il. Le climax est atteint avec la tuerie de Mohamed Merah dans une école juive en 2012.

Le Crif "se trompe d'ennemi depuis des années", estime Marine Le Pen, pour qui "l'islamisme" est devenu l'ennemi prioritaire, bien que l'islam ait été longtemps considéré jusqu'aux années 80-90 par le FN comme un allié contre "l'ordre américano-sioniste".

La présidente du FN n'a de cesse de dénoncer "l'islamisation de la France", au nom de la République et de la laïcité. Au congrès de Lille, elle dénonce "l'islamisme, cet épouvantable totalitarisme".

Au risque de dérapages. Marine Le Pen a été poursuivie en 2010 pour incitation à la haine -puis relaxée- après avoir comparé les prières de rue de musulmans à l'Occupation nazie.

Aux législatives, le FN a dû faire le ménage et retirer l'investiture à des candidats ayant tenu des propos islamophobes et antisémites. Comme Samuel Potier, en Loire-Atlantique, qui avait comparé une femme voilée à une dinde. Il a pu pourtant être candidat au Conseil national mais n'a pas été élu.

Pour Nicolas Lebourg, "la question de l'antisémitisme se mêle à celle de l'islamophobie", qui est devenue "un mythe mobilisateur venant amplifier la perception galopante d'une France en voie de fragmentation en communautés hostiles".

Partager cet article

Dans la même thématique

Illustrations – SUPERMARCHE – CARREFOUR EXPRESS
7min

Politique

Des produits sains vendus sans marge en grande surface : Que contient la proposition de loi de la sénatrice écologiste Antoinette Guhl ?

Face à la hausse du carburant et de l’inflation, les Français font des économies. Mais « la seule variable d’ajustement est aujourd’hui l’alimentation », alerte la directrice de Famille Rurale, Nadia Ziane. Pour lutter contre la précarité alimentaire, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl propose une loi visant à garantir l’accès de denrées alimentaires saines à prix coutant, soit sans marge des distributeurs.

Le

Paris : French far-right Rassemblement National (RN) parliamentary session
3min

Politique

Sondage : Marine Le Pen creuse l'écart et s'installe en grande favorite à quelques mois de la présidentielle

Selon le dernier baromètre Odoxa-Backbone et Public Sénat, la candidate du Rassemblement national recueille 37 % des intentions de vote au premier tour, soit près de deux fois plus que ses deux poursuivants, Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe. Au second tour, elle l’emporterait largement face au leader insoumis (68 %) et plus modestement face à Édouard Philippe (53 %).

Le

L’antisémitisme s’estompe au FN qui cible d’abord « l’islamisme »
5min

Politique

« J’ai bien peur du cauchemar » : Sébastien Lecornu pointe le contre-budget du RN et dénonce l’effort de « 18,4 milliards d’euros en 2031 » demandé aux collectivités

« Ces deux mandats macronistes nous lèguent 1300 milliards d’euros de dette supplémentaire », soit « plus de 400 millions d’euros par jour », a dénoncé la nouvelle présidente du groupe RN/UDR du Sénat, Edwige Diaz. Le premier ministre a pointé en retour l’effort demandé aux collectivités par le Rassemblement national. La sénatrice RN a démenti les chiffres, pourtant bien inscrits dans le contre-budget du RN.

Le