L’arrivée de François Bayrou au Commissariat général au plan fait jaser au Sénat
Le gouvernement a nommé le numéro un du MoDem comme haut-commissaire au plan. Le retour de cette institution est accueilli de manière contrastée au Sénat. Le choix de l’incarnation politique suscite en revanche beaucoup plus de railleries, certains y voyant l’ombre de la présidentielle de 2022.

L’arrivée de François Bayrou au Commissariat général au plan fait jaser au Sénat

Le gouvernement a nommé le numéro un du MoDem comme haut-commissaire au plan. Le retour de cette institution est accueilli de manière contrastée au Sénat. Le choix de l’incarnation politique suscite en revanche beaucoup plus de railleries, certains y voyant l’ombre de la présidentielle de 2022.
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Créé en 1946 et disparu en 2006, le Commissariat général au plan fait son retour en ce début de mois de septembre. Selon le décret instituant sa création, il sera chargé « d'animer et de coordonner les travaux de planification et de réflexion prospective conduits pour le compte de l'Etat et d'éclairer les choix des pouvoirs publics au regard des enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques et culturels ». Ce mercredi, c’est François Bayrou, actuel président du MoDem, qui a été nommé en Conseil ministres comme Haut-commissaire au plan.

Le retour à un poste d’envergure nationale de l’éphémère garde des Sceaux en 2017, contraint de quitter son poste à cause de l'affaire des assistants parlementaires du MoDem au Parlement européen, suscite des réactions plus ou moins bienveillantes au Sénat.

« Je suis sévère avec ce qu’il se passe. On est en train de nommer un directeur de campagne pour écrire le programme d’Emmanuel Macron en 2022 », s’exclame Sophie Primas, la présidente (LR) de la commission des affaires économiques au Sénat. « On n’est pas du tout dans une vision stratégique, mais dans une vision purement politique voire politicienne, de type très ancien monde, où on récompense François Bayrou, pour services rendus, ou pour services à rendre dans les prochains mois. »

« Le président de la République a plutôt cédé à un caprice »

Convaincue des besoins en « lisibilité » et en « anticipation » pour préparer l’avenir, la sénatrice des Yvelines s’étonne de la résurrection du Commissariat général. « Il y a France Stratégie, rattachée au Premier ministre, qui est dans cet objectif », rappelle-t-elle.

Même doutes pour son collègue Jean-François Husson, sénateur membre de la commission des finances, peu convaincu par le retour au goût du jour d’une institution qu’il juge anachronique. « L’histoire bégaye. Ça a un goût de Quatrième République, et cela fait penser au Gosplan […] Ce commissariat me paraît un peu hors du temps et décalé par rapport à la gravité de la situation. Je n’ai pas le sentiment que ça réponde aux craintes des Français », lâche le sénateur de Meurthe-et-Moselle, tout en laissant le « bénéfice du doute » quant à l’avenir de cet outil. Le choix de l’incarnation ne l’enchante pas vraiment, en revanche. « J’ai l’impression qu’il fallait récompenser François Bayrou, lui donner un statut particulier. Le président de la République a plutôt cédé à un caprice, à un besoin de reconnaissance. »

« Un hochet donné au MoDem »

Au centre, on attend de voir « si la montagne va accoucher ou non d’une souris ». « Sur le principe, le retour d’un haut-commissaire au plan n’est pas nécessairement une mauvaise chose. On a besoin d’essayer de planifier, d’avoir une vue globale des choses, que des perspectives soient mises en évidence », considère Hervé Marseille, le président du groupe Union centriste. Quant à François Bayrou, le sénateur des Hauts-de-Seine jugera aux actes. « On verra à l’usage. Je ne fais pas partie de ceux qui manifestent une approbation ou une opposition de principe. Je connais évidemment bien François Bayrou, j’ai du respect pour lui, mais on verra à l’usage et ce qu’il apporte. »

À gauche, Rachid Temal (PS) se montre aussi sévère que certains de ses collègues des Républicains. « L’incarnation, c’est une blague. Que quelqu’un travaille sur une stratégie à long terme soit un président d’un parti de la majorité présidentielle et participe aux dîners avec le chef de l’État, on ne peut pas dire que soit d'intérêt général […] Cela donne le sentiment que c’est un hochet donné au MoDem. » L’ancien coordinateur national du Parti socialiste y voit même « une officine pour 2022 ». « Cela peut être un outil simplement pour préparer la campagne d’Emmanuel Macron ».

Néanmoins le sénateur du Val-d’Oise se dit « favorable sur le principe » à un commissariat du plan. « Il faut avoir un organisme en capacité de penser le futur, pluridisciplinaire, ouvert », imagine-t-il, « mais cela suppose des moyens ».

« Je préfère François Bayrou qu’un technocrate sorti du chapeau »

L’ancienne socialiste Marie-Noëlle Lienemann (Gauche républicaine et socialiste) est satisfaite du retour de cette structure sur le papier, mais reste dubitative sur ses chances de succès. « Je suis très favorable au retour de cet organisme. Mais je ne suis pas sûre que la manière dont le gouvernement et le président de la République l’imaginent soit à la hauteur d'une vision rénovée de la planification », s’inquiète-t-elle. Dit plus clairement, l’ancienne ministre déléguée au Logement doute que la ligne politique de la majorité présidentielle soit compatible avec le retour d’un État stratège et de l’intervention de la sphère publique dans la planification. « Il faut reconstruire un ministère de l’Industrie digne de ce nom, avec une administration autonome », réclame-t-elle.

Le choix du maire de Pau lui inspire en revanche plus de sympathie que d’inquiétudes. « Je préfère François Bayrou qu’un technocrate sorti du chapeau. Je n’ai pas d’a priori, je n’imaginais pas qu’Emmanuel Macron allait choisir un gauchiste qui n’avait pas sa ligne politique », réagit-elle.

La sénatrice, rattachée au groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste du Sénat (CRCE), espère par ailleurs que le plan sera « validé par le Parlement ». Une demande que porte également son collègue socialiste Rachid Temal. « La feuille de route doit être débattue par les assemblées. Il faut un débat devant la représentation nationale. »

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