« Nous vivons sur un mode d’abattage qui date des années 60 »

« Nous vivons sur un mode d’abattage qui date des années 60 »

En France, les abattoirs ont mauvaise presse : entre des conditions de travail éprouvantes pour les ouvriers et une souffrance animale exacerbée par des cadences infernales, ils semblent aujourd’hui dans l’impasse. Comment peuvent-ils évoluer ? Et si le bien-être animal et la pérennité des abattoirs allaient de pair ? Jérôme Chapuis et ses invités ouvrent le débat, pour Un Monde en docs, sur Public Sénat.
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Par Hugo Ruaud

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« Tous les efforts des éleveurs pour faire de la qualité seront battus en brèche tant qu’on ne traitera pas le problème de l’abattage », analyse Eric Baratay, historien et éthologue. Ces dernières années, alors que le bien-être animal est devenu un sujet de société, de nombreuses vidéos ont révélé le sort cruel réservé aux animaux dans les abattoirs, entassés, maltraités, abattus à la chaîne. Face à ce constat, et aux questions éthiques qu’il soulève, certains éleveurs s’organisent pour contourner la pratique de l'abattage industriel. C’est le cas de Guylain Pageot, membre du collectif Quand l’abattoir vient à la ferme. Plutôt que d’envoyer leurs bêtes être abattues à des kilomètres, ces éleveurs souhaitent faire venir des opérateurs directement chez eux. « L’idée est de pouvoir accompagner jusqu’au bout les animaux qu’on a vu naître, d’être sûr que tout se passe bien », explique l’éleveur en Loire-Atlantique.

« Ne pas faire abstraction des données économiques »

Pour le sénateur socialiste Franck Montaugé ces initiatives sont les bienvenues : « Toutes les formes d’abattages doivent être encouragées tant qu’elles permettent de respecter l’animal, voire d’améliorer son bien-être. Je suis de ceux qui pensent qu’il faut permettre l’abattage à la ferme ». Toutefois, « on ne peut pas faire abstraction des données économiques. Il faut des modèles économiques équilibrés et adaptés au marché ». Or chaque Français consomme en moyenne plus de 85 kg de viande par an. Pour de tels volumes, difficile d’imaginer l’abattage à la ferme adapté. Les abattoirs industriels restent donc nécessaires, mais leur fonctionnement doit être entièrement revu. « Nous vivons sur un mode d’abattage qui date des années soixante », s’étonne Eric Baratay. Franck Montaugé abonde : « Il faut progresser sur les investissements. Je ne peux pas croire qu’on ne soit pas en mesure d’abattre de manière plus correcte qu’on ne le fait aujourd’hui ».

« En matière de productivité, les Chinois feront toujours mieux »

D’autant plus que les exigences sociales sont de plus en plus fortes, qu’il s’agisse de bien-être animal ou de qualité de la viande. « Les industriels eux-mêmes ont intérêt à démontrer que les choses progressent, qu’elles se font mieux, pour leur propre chiffre d’affaires », selon Franck Montaugé. « Faire mieux », mais comment ?

Pour Éric Baratay, la concurrence internationale et la cadence qu’elle impose sont délétères, pour les industriels comme pour les animaux : « L’élevage français ne s’en sortira qu’en abandonnant la productivité au profit de la qualité. En matière de productivité, les Chinois feront toujours mieux… ». Monter en gamme, ralentir le rythme et mieux traiter les animaux, une manière « de ne pas arriver à des situations où il n’y aurait plus d’élevage en France », comme le craint Franck Montaugé.

 

Retrouvez le replay de notre émission Un Monde en Docs, sur notre site internet.

Vous pouvez également retrouver ici le replay du documentaire, « Les damnés, des ouvriers à l’abattoir ».

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