« Nous vivons sur un mode d’abattage qui date des années 60 »
En France, les abattoirs ont mauvaise presse : entre des conditions de travail éprouvantes pour les ouvriers et une souffrance animale exacerbée par des cadences infernales, ils semblent aujourd’hui dans l’impasse. Comment peuvent-ils évoluer ? Et si le bien-être animal et la pérennité des abattoirs allaient de pair ? Jérôme Chapuis et ses invités ouvrent le débat, pour Un Monde en docs, sur Public Sénat.

« Nous vivons sur un mode d’abattage qui date des années 60 »

En France, les abattoirs ont mauvaise presse : entre des conditions de travail éprouvantes pour les ouvriers et une souffrance animale exacerbée par des cadences infernales, ils semblent aujourd’hui dans l’impasse. Comment peuvent-ils évoluer ? Et si le bien-être animal et la pérennité des abattoirs allaient de pair ? Jérôme Chapuis et ses invités ouvrent le débat, pour Un Monde en docs, sur Public Sénat.
Public Sénat

Par Hugo Ruaud

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

« Tous les efforts des éleveurs pour faire de la qualité seront battus en brèche tant qu’on ne traitera pas le problème de l’abattage », analyse Eric Baratay, historien et éthologue. Ces dernières années, alors que le bien-être animal est devenu un sujet de société, de nombreuses vidéos ont révélé le sort cruel réservé aux animaux dans les abattoirs, entassés, maltraités, abattus à la chaîne. Face à ce constat, et aux questions éthiques qu’il soulève, certains éleveurs s’organisent pour contourner la pratique de l'abattage industriel. C’est le cas de Guylain Pageot, membre du collectif Quand l’abattoir vient à la ferme. Plutôt que d’envoyer leurs bêtes être abattues à des kilomètres, ces éleveurs souhaitent faire venir des opérateurs directement chez eux. « L’idée est de pouvoir accompagner jusqu’au bout les animaux qu’on a vu naître, d’être sûr que tout se passe bien », explique l’éleveur en Loire-Atlantique.

« Ne pas faire abstraction des données économiques »

Pour le sénateur socialiste Franck Montaugé ces initiatives sont les bienvenues : « Toutes les formes d’abattages doivent être encouragées tant qu’elles permettent de respecter l’animal, voire d’améliorer son bien-être. Je suis de ceux qui pensent qu’il faut permettre l’abattage à la ferme ». Toutefois, « on ne peut pas faire abstraction des données économiques. Il faut des modèles économiques équilibrés et adaptés au marché ». Or chaque Français consomme en moyenne plus de 85 kg de viande par an. Pour de tels volumes, difficile d’imaginer l’abattage à la ferme adapté. Les abattoirs industriels restent donc nécessaires, mais leur fonctionnement doit être entièrement revu. « Nous vivons sur un mode d’abattage qui date des années soixante », s’étonne Eric Baratay. Franck Montaugé abonde : « Il faut progresser sur les investissements. Je ne peux pas croire qu’on ne soit pas en mesure d’abattre de manière plus correcte qu’on ne le fait aujourd’hui ».

« En matière de productivité, les Chinois feront toujours mieux »

D’autant plus que les exigences sociales sont de plus en plus fortes, qu’il s’agisse de bien-être animal ou de qualité de la viande. « Les industriels eux-mêmes ont intérêt à démontrer que les choses progressent, qu’elles se font mieux, pour leur propre chiffre d’affaires », selon Franck Montaugé. « Faire mieux », mais comment ?

Pour Éric Baratay, la concurrence internationale et la cadence qu’elle impose sont délétères, pour les industriels comme pour les animaux : « L’élevage français ne s’en sortira qu’en abandonnant la productivité au profit de la qualité. En matière de productivité, les Chinois feront toujours mieux… ». Monter en gamme, ralentir le rythme et mieux traiter les animaux, une manière « de ne pas arriver à des situations où il n’y aurait plus d’élevage en France », comme le craint Franck Montaugé.

 

Retrouvez le replay de notre émission Un Monde en Docs, sur notre site internet.

Vous pouvez également retrouver ici le replay du documentaire, « Les damnés, des ouvriers à l’abattoir ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Service National Universel
7min

Politique

SÉRIE D’ÉTÉ - Emmanuel Macron, 10 ans après, quel bilan ? Le Service national universel (SNU), enterré avant d’avoir été généralisé

Que reste-t-il des promesses électorales d’Emmanuel Macron ? Alors que le second quinquennat s’achève, Public Sénat profite de la pause estivale pour passer au crible les principaux engagements pris par le chef de l’Etat lors de ses deux campagnes présidentielles, en 2017 et 2022. Au menu de ce premier épisode : le Service national universel (SNU), un programme d’engagement au service de la nation, à l’attention des jeunes, et directement inspiré du service militaire.

Le

Documentaire Paris le mystère du palais disparu de Stéphane Jacques
5min

Politique

Paris, le mystère d’un palais disparu

Les promeneurs, touristes ou Parisiens qui déambulent sur le parvis de Notre-Dame, s’imaginent-ils qu’à quelques pas de là se dressait au Moyen Âge, l’une des plus somptueuses résidences d’Europe ? Et surtout, comment, six siècles plus tard, le tout premier palais de nos rois, bâti sur l’île de la Cité, au beau milieu de la capitale, a-t-il pu devenir ce fantôme de l’Histoire ? Dans son documentaire Le mystère du palais disparu, Stéphane Jacques retrace l’enquête menée par un trio de scientifiques spécialistes de la reconstitution numérique.

Le

« Nous vivons sur un mode d’abattage qui date des années 60 »
2min

Politique

Mazarine Pingeot sur François Mitterrand : « J'étais insolente avec mon père »

Grandir dans l’ombre du pouvoir oblige à se construire autrement, a fortiori lorsque votre existence relève du secret d’Etat. Mazarine Pingeot, « fille cachée » de François Mitterrand y est parvenue. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, la philosophe publie ces jours-ci Inappropriable (ed. Climats Flammarion), un essai ambitieux sur la relation entre l’homme et l'intelligence artificielle. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur une enfance hors du commun.

Le