L’équation réussie entre l’Ecole polytechnique et les zones prioritaires
Depuis 10 ans, l’Ecole polytechnique envoie quelques-uns de ses étudiants en stage de première année dans des lycées des zones d’éducation prioritaires. Nous avons rencontré deux d’entre eux, Damien et Jean-Eudes, qui vivent depuis le 28 septembre en immersion au lycée Robert Doisneau de Corbeil-Essonnes. Reportage.

L’équation réussie entre l’Ecole polytechnique et les zones prioritaires

Depuis 10 ans, l’Ecole polytechnique envoie quelques-uns de ses étudiants en stage de première année dans des lycées des zones d’éducation prioritaires. Nous avons rencontré deux d’entre eux, Damien et Jean-Eudes, qui vivent depuis le 28 septembre en immersion au lycée Robert Doisneau de Corbeil-Essonnes. Reportage.
Public Sénat

Par Cécile Sixou

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« Rien ne me prédestinait à être polytechnicien ». A 21 ans, Damien a les pieds sur terre. Issu d’un milieu social défavorisé et rural, le jeune homme n’a pas le profil type des étudiants retenus à l’Ecole polytechnique : ils sortent pour la plupart des classes prépas parisiennes, et sont issus de milieux favorisés.
Pourtant, en août dernier, il a été reçu au concours de cette grande école d’ingénieur. Un parcours qu’il doit à sa scolarité : « Mes parents ne sont pas du tout CSP +, l’école m’a permis de réussir ». Aujourd’hui, il compte rendre à l’école ce qu’elle lui a apporté, « j’estime qu’elle doit permettre la même chose à tous », confie le jeune homme.


Six mois en immersion

Damien a fait le choix de faire son stage de première année, non pas à l’armée comme la plupart des autres diplômés de l’X, mais dans un lycée de zone d’éducation prioritaire. Avec un autre étudiant de sa promo, Jean-Eudes, ils ont été envoyés au lycée Robert Doisneau de Corbeil-Essonnes. Pendant six mois, ils vivent immergés dans le lycée. Logés sur place, ils assistent les enseignants de maths pendant leurs séances, donnent des cours de soutien mais surtout suivent tous les mercredis après-midi une dizaine d’élèves de Terminale sélectionnés sur critères sociaux, motivation et appétence pour les sciences.

 

« Ça nous donne l’occasion de faire des choses que l’on ne pourrait pas faire avec notre famille »

Un tutorat et un vaste programme. Il s’agit de sensibiliser les lycéens aux matières scientifiques, mais aussi d’organiser des sorties culturelles, des rencontres avec des personnalités ou encore des visites d’entreprises. « Ça nous apporte de la culture générale » explique Alexandre, lycéen de terminale, « et ça nous donne l’occasion de faire des choses que l’on ne pourrait pas faire autrement avec sa famille comme aller à l’opéra ou faire des visites de domaines scientifiques ». L’autre objectif pour les deux polytechniciens : pousser ces lycéens à être plus ambitieux que ce qu’ils avaient imaginé. Pour Jean-Eudes, « ce stage est une chance », « ça me permet de véhiculer les valeurs qui me sont chères, de me rapprocher des élèves, leur montrer que l’on est comme eux et leur dire que n’importe quel profil peut à la fin réussir un concours et faire une grande école ».


« Pouvoir travailler avec d’autres personnes »

 

« Une grande école, pourquoi pas moi ? », c’est le nom de ce programme lancé par l’Ecole polytechnique il y a dix ans. Aujourd’hui, comme le lycée Robert Doisneau de Corbeil Essonnes, 46 établissements de zones défavorisées accueillent ces étudiants qui feront l’élite de demain. Pour Alice Carpentier, la responsable de ce programme à l’Ecole polytechnique, les futurs ingénieurs aussi y trouvent leur compte : « Ces jeunes demain vont devoir accompagner et travailler avec d’autres personnes qui n’ont pas forcément eu leur formation scientifique, donc l’idée, c’est de comprendre où est la richesse ou est l’intelligence pour pouvoir manager mais aussi travailler avec d’autres personnes ».

 

« En banlieue, il faut juste un coup de pouce pour révéler les talents »

 

Un mélange des genres gagnant-gagnant auquel a participé Youssef Hissou il y a 10 ans dans un lycée des Ulis. Aujourd’hui ingénieur en informatique, il est persuadé que cette expérience a joué un rôle majeur dans sa carrière professionnelle. « On voit des futurs ingénieurs et on se rend compte qu’ils sont comme nous, on se dit, nous aussi on peut devenir ingénieur, nous aussi on peut accéder à ce genre de métier, donc c’est vraiment un boost ». S’il a évolué socialement, il vit toujours dans son quartier. Au détour d’une partie de foot avec les jeunes de la cité, il essaye à son tour de les motiver pour réussir : « J’essaye de les coacher quand ils ont des entretiens sur la posture à adopter, moi on m’a aidé donc j’essaye de transmettre cette aide. En banlieue, il y a énormément de talent, il faut juste un coup de pouce pour les révéler ».

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