« L’État agit comme si la Sécurité sociale était devenue son porte-monnaie »
Les sénateurs ont adopté ce 10 novembre un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2021 afin de pousser l’État à compenser intégralement à la Sécurité sociale le manque à gagner d’exonérations sociales décidées avant la crise, comme sur les heures supplémentaires.

« L’État agit comme si la Sécurité sociale était devenue son porte-monnaie »

Les sénateurs ont adopté ce 10 novembre un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2021 afin de pousser l’État à compenser intégralement à la Sécurité sociale le manque à gagner d’exonérations sociales décidées avant la crise, comme sur les heures supplémentaires.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

C’est un combat qui resurgit tous les ans au Sénat. Mais dans un contexte de crise sanitaire qui a entraîné des « comptes durablement déficitaires » pour la Sécurité sociale, selon les mots du sénateur centriste Jean-Marie Vanlerenberghe, la demande répétée des sénateurs (à majorité de droite et du centre) prend une nouvelle dimension. Ce 10 novembre 2020, ils ont adopté l’un des amendements déposés au nom de la commission des affaires sociales, visant à remettre en cause les dérogations au principe de compensation à la Sécurité sociale. Les exceptions sont devenues trop fréquentes selon eux. En effet, certaines décisions prises avant la pandémie, favorisant le pouvoir d’achat ont entraîné une baisse de recettes pour la Sécurité sociale. C’est le cas de la suppression du forfait social dans les PME (pour encourager l’intéressement), du taux intermédiaire de CSG s’appliquant à certaines pensions ou encore de l’exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires.

Or, l’État n’a pas voulu compenser aux organismes de Sécurité sociale ce manque à gagner, ce qui est contraire à l’esprit de la loi Veil de 1994. Selon les calculs du rapporteur général de la commission des affaires sociales, Jean-Marie Vanlerenberghe, ces décisions ont privé les comptes sociaux de quatre milliards d’euros, dans une année où le déficit de la « Sécu » devrait avoisiner les 50 milliards d’euros. Le sénateur membre du MoDem a reçu au cours des débats un soutien à gauche, notamment de la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly, qui s’est exclamée : « L’État agit comme si la Sécurité sociale était devenue son porte-monnaie et qu’il pouvait agir comme bon lui semble. »

« Nous pensons qu'il n'est pas souhaitable de rigidifier les relations entre l’État et la Sécurité sociale »

Conséquence de l’amendement sénatorial, s’il était retenu à la fin de la navette parlementaire : l’État devrait compenser à la Sécurité sociale le coût de ces différentes mesures. Le gouvernement a signifié qu’il était défavorable à l’amendement déposé par Jean-Marie Vanlerenberghe. Selon Olivia Grégoire, secrétaire d'État chargée de l'Économie sociale, solidaire et responsable (représentant le ministre des Finances et de l’Économie), la doctrine « a évolué », pour « davantage de solidarité financière entre la sphère État et la sphère Sécurité sociale ». « Sans nier l’existence de deux sphères distinctes, nous pensons qu'il n'est pas souhaitable de rigidifier les relations entre l’État et la Sécurité sociale », a-t-elle expliqué, ajoutant que les contribuables de l’un, et de l’autre, étaient « bien souvent les mêmes ».

Comme l’expliquaient déjà les sénateurs lors des exercices budgétaires précédents, la « poche » est peut-être la même, mais les finalités de ces recettes sont différentes. Selon la sénatrice communiste Laurence Cohen, ne pas compenser intégralement toute carence subie par la Sécurité sociale reviendrait à la « déstabiliser », et potentiellement à « restreindre les dépenses de santé ».

Partager cet article

Dans la même thématique

« L’État agit comme si la Sécurité sociale était devenue son porte-monnaie »
3min

Politique

Hausse de TVA sur les abonnements de Canal+ : la ministre de la Culture « vigilante sur les conséquences de cette évolution » pour le financement du cinéma français

Auditionnée dans le cadre du budget 2027, la ministre de la Culture, Catherine Pégard est revenue sur une mesure polémique qui vise à doubler le taux de TVA de 10 % sur les abonnements aux télévisions payantes comme Canal +. Une disposition rejetée par les députés et qui pourrait subir le même sort au Sénat car elle pourrait se répercuter sur le financement du cinéma français, comme avait prévenu le patron de Canal +, Maxime Saada.

Le

2026 Municipal Elections – Vote Counting – Lyon
6min

Politique

Election présidentielle : pourquoi les dates choisies font débat ?

Raphaël Glucksmann s’interroge à son tour sur les dates de l’élection présidentielle, fixées les 18 avril et 2 mai, soit le lendemain du 1er mai, où les syndicats défilent. Il rejoint les critiques déjà formulées par le candidat LR, Bruno Retailleau, et Louis Aliot, vice-président du RN. Mais le gouvernement n’entend pas changer le calendrier.

Le

Rochette
6min

Politique

« Je n’ai jamais signé chez Edouard Philippe » : le sénateur Pierre-Jean Rochette quitte le groupe Les Indépendants, à majorité Horizons

« Je pars en amitié, sans amertume », assure le sénateur de la Loire, Pierre-Jean Rochette, qui ne voulait pas paraître affilié à Edouard Philippe, à l’approche de la présidentielle, en restant dans un groupe à majorité Horizons. Il siège maintenant chez les non-inscrits, aux côtés du seul sénateur LFI.

Le