L’étrange procès en appel des Balkany, absents ou sans voix
Lui est absent et elle est muette sur les faits: le procès en appel pour blanchiment aggravé des édiles de Levallois-Perret,...

L’étrange procès en appel des Balkany, absents ou sans voix

Lui est absent et elle est muette sur les faits: le procès en appel pour blanchiment aggravé des édiles de Levallois-Perret,...
Public Sénat

Par Sofia BOUDERBALA

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Lui est absent et elle est muette sur les faits: le procès en appel pour blanchiment aggravé des édiles de Levallois-Perret, Patrick et Isabelle Balkany, a débuté mardi à Paris dans une étrange atmosphère.

Quelques échanges secs entre défense et accusation, un aride débat juridique puis le soliloque de la présidente de la cour d'appel livrant son rapport sur l'affaire face à un banc vide: une triste audience, sans prévenus.

Un contraste saisissant avec le procès de première instance où l'ancien baron des Hauts-de-Seine sidérait la salle par sa gouaille, entre coups de sang et bons mots sur "l'esprit suisse" ou "l'enfer fiscal", oubliant parfois d'éteindre son téléphone portable qui bourdonnait soudain de la mélodie des "Tontons flingueurs", le film culte de Georges Lautner.

Après un faux départ - les avocats de la défense ayant obtenu lundi une suspension pour aller manifester contre la réforme des retraites - l'audience d'appel a réellement débuté mardi devant un public clairsemé.

L'après-midi a basculé avec le cri "d'angoisse" d'Isabelle Balkany, tout juste arrivée du parloir de la maison d'arrêt de la Santé où elle venait de voir son époux.

"Il est incapable de tenir seul debout, il n'a pas vu de médecin depuis quatre jours. Il pèse aujourd'hui 75 kg tout habillé, il a perdu près de 30 kg", a-t-elle déclaré, alors que la présidente rappelait que Patrick Balkany pouvait à tout moment décider de venir s'il le souhaitait.

- "En danger" -

"Il est en danger, je vous le dis, à tous", a martelé Isabelle Balkany, 72 ans. "J'ai choisi de ne pas répondre à vos questions (sur le dossier), je suis épuisée".

La présidente a précisé qu'elle avait ordonné une expertise médicale, qui pourrait avoir lieu "d'ici vendredi". La justice avait à nouveau refusé fin janvier une demande de mise en liberté de Patrick Balkany, 71 ans, incarcéré depuis sa condamnation pour fraude fiscale en septembre et régulièrement hospitalisé depuis la mi-décembre.

Les Balkany sont soupçonnés d'avoir caché 13 millions d'euros d'avoirs au fisc entre 2007 et 2014, notamment deux somptueuses villas, Pamplemousse à Saint-Martin et Dar Guycy à Marrakech. S'ils ont reconnu quelques "fautes" et la propriété de la villa antillaise, ils contestent vigoureusement détenir le riad marocain.

Le 18 octobre dernier, le tribunal avait condamné Patrick Balkany à cinq ans de prison pour blanchiment, avec incarcération immédiate, mais l'avait relaxé du délit de corruption. Isabelle Balkany s'était vue infliger quatre ans d'emprisonnement, mais sans mandat de dépôt, eu égard à sa santé fragile.

Tous deux avaient été condamnés à dix ans d'inéligibilité et le tribunal avait ordonné la saisie de leurs biens et avoirs, notamment leur moulin à Giverny (Eure).

Le parquet général a précisé à l'audience qu'il ne poursuivrait pas en appel Patrick Balkany pour "corruption" mais pour "prise illégale d'intérêt", en plus du "blanchiment aggravé".

Une fois ce cadre planté, la cour a entamé les débats: la présidente a expliqué qu'elle donnerait lecture des éléments du dossier et, en l'absence de Patrick Balkany et face au silence de son épouse, qu'elle poserait "les questions auxquelles la cour aurait aimé avoir une réponse" des prévenus.

Face aux questions précises sur l'origine de certains fonds ou la création d'une société offshore, l'avocat du maire Romain Dieudonné a fini par dire: "Je ne peux pas répondre à la place de mon client".

"Si la présence de Patrick Balkany est indispensable, alors on renvoie", a-t-il lâché, agacé. En vain.

L'audience se consacrera mercredi au riad de Marrakech, sans Isabelle Balkany, qui "ne manquerait le parloir pour rien au monde".

Partager cet article

Dans la même thématique

5min

Politique

Soumission chimique : « Il y a une volonté collective d’avancer sur le sujet, il faut maintenant trouver le bon véhicule législatif »

Hier, l’ex-sénateur Joël Guerriau a été condamné à quatre ans de prison ferme, pour avoir drogué la députée Sandrine Josso, en vue de la violer. La sénatrice Véronique Guillotin, à l’origine d’un rapport sur la soumission chimique avec Sandrine Josso, exhorte le gouvernement à mettre en place des « mesures concrètes pour protéger les femmes ».

Le

Voiture auto ecole
7min

Politique

Fin du financement du permis de conduire par le CPF : retour sur un amendement voté en catimini au Sénat

Dans le 49.3 sur le budget, le gouvernement a conservé des amendements issus de sénateurs PS, RDSE et des Indépendants, votés par le Sénat, qui réservent le financement du permis de conduire via le compte personnel de formation aux seuls demandeurs d’emploi. Votée en catimini et de nuit, la mesure a été soufflée par les représentants du secteur du monde de la formation, qui s’alarmaient que les bilans de compétences ne soient plus initialement financés par le CPF.

Le

L’étrange procès en appel des Balkany, absents ou sans voix
2min

Politique

Immigration : « Nous sommes le pays, en Europe, qui reconduit le plus de manière forcée vers les pays tiers », assure Laurent Nunez

Selon les chiffres de la Direction générale des étrangers en France (DGEF), diffusés mardi, le nombre de primodélivrances de titres de séjour a augmenté de 11 % en 2025. Interrogé sur ce sujet par le sénateur RN, Aymeric Durox, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez a mis en valeur la politique très offensive de reconduite forcée du gouvernement.

Le

L’étrange procès en appel des Balkany, absents ou sans voix
2min

Politique

Contrat de Capgemini avec l’ICE : « Une entreprise française ne peut se soustraire de sa responsabilité éthique », rappelle le gouvernement

Lors des  questions d’actualité du Sénat, le gouvernement a été interpellé sur le contrat liant le groupe d’informatique français Capgemini avec la police fédérale américaine de l’immigration (ICE), mise en cause dans la mort de deux citoyens américains et de nombreuses violations de droits humains.

Le