L’ex-garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas mis en examen par la Cour de justice
Soupçonné d'avoir transmis au député Thierry Solère des éléments sur une enquête le visant, l'ex-garde des Sceaux socialiste,...

L’ex-garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas mis en examen par la Cour de justice

Soupçonné d'avoir transmis au député Thierry Solère des éléments sur une enquête le visant, l'ex-garde des Sceaux socialiste,...
Public Sénat

Par Benjamin LEGENDRE et Mehdi CHERIFIA

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Soupçonné d'avoir transmis au député Thierry Solère des éléments sur une enquête le visant, l'ex-garde des Sceaux socialiste, Jean-Jacques Urvoas, a été mis en examen mardi par la Cour de justice de la République.

Il est poursuivi pour "violation du secret professionnel", a indiqué mercredi à l'AFP une source proche de l'enquête, confirmant une information du Monde.

"Je conteste avec détermination une quelconque violation, dans l'exercice de mes fonctions ministérielles, d'un secret protégé", a réagi M. Urvoas dans un communiqué envoyé à l'AFP par son avocat, Me Emmanuel Marsigny.

"Ce reproche est une blessure alors que j'ai agi, comme je l'ai toujours fait en ma qualité de garde des Sceaux, pour la défense de l'autorité judiciaire et son indépendance", a-t-il ajouté.

La commission des requêtes de la CJR, seule instance habilitée à juger des ministres pour des faits commis dans l'exercice de leurs fonctions, avait émis en janvier "un avis favorable" à l'ouverture d'une enquête dans cette affaire.

Elle avait été révélée en décembre par le Canard enchaîné. Selon l'hebdomadaire satirique, M. Urvoas avait envoyé à M. Solère (ex-Les Républicains qui a rejoint La République en Marche) une note de la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) sur une enquête le concernant, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2017.

- Disparition programmée de la CJR -

Cette synthèse aurait été demandée à ses services par le garde des Sceaux, comme le lui permettait son statut, puis transmise au député par la messagerie WhatsApp, d'après le journal.

Depuis le 6 septembre 2016, M. Solère est visé par une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Nanterre pour "fraude fiscale, blanchiment, corruption, trafic d'influence et recel d'abus de biens sociaux".

Dans le cadre de cette procédure, une perquisition au domicile du député, qui a dû renoncer fin 2017 à son poste de questeur de l'Assemblée nationale, avait été menée par les policiers de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), qui avaient alors trouvé le message de M. Urvoas.

La procureure de Nanterre avait confirmé que des éléments "susceptibles d'engager la responsabilité pénale de Jean-Jacques Urvoas" avaient été saisis lors d'une perquisition, puis transmis le 5 décembre au procureur général près la Cour de cassation.

Cette mise en examen de l'ancien locataire de la place Vendôme intervient alors que la suppression de la Cour de justice de la République est prévue dans le projet de loi de réforme constitutionnelle.

Depuis sa création en 1993, la CJR, composée de six députés, six sénateurs et trois juges de la Cour de cassation, est régulièrement critiquée pour sa trop grande indulgence à l'égard des responsables politiques.

Sur les sept membres du gouvernement qu'elle a jugés, quatre ont été condamnés à des peines légères, voire dispensés de peine. En décembre 2016, la Cour a ainsi condamné l'ex-ministre de l'Economie Christine Lagarde pour "négligence" dans l'affaire Tapie, mais l'a dispensée de peine, suscitant un flot de critiques.

François Hollande, lorsqu'il était candidat à l'Elysée, avait déjà promis de faire disparaître cette institution, mais il n'avait jamais pu mener à bien la révision constitutionnelle nécessaire.

Dans un autre dossier, Jean-Jacques Urvoas, qui n'a aujourd'hui plus de mandat, est également visé par une enquête préliminaire ouverte fin janvier par le parquet de Lorient sur des soupçons de détournement de fonds publics.

Elle vise l'achat puis la mise en vente par l'ex-député du Finistère de sa permanence parlementaire à Quimper.

Partager cet article

Dans la même thématique

L’ex-garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas mis en examen par la Cour de justice
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le

Hearing of French billionaire and majority shareholder of the Canal+ media group Vincent Bollore at National Assembly
7min

Politique

L’offensive de Vincent Bolloré sur le septième art

À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, une tribune signée par près de 600 professionnels du cinéma dénonce l’extension de l’influence de Vincent Bolloré dans le septième art. L’entrée de Canal+ au capital d’UGC ravive les craintes autour de la concentration des médias et d’une possible emprise idéologique sur la création culturelle française.

Le